‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 179 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE VII

nous sommes un peuple de producteurs. Les arts et métiers ne sont plus une routine mécanique. Au travail matériel sous toutes ses formes, il faut unepréparation, un enseignement technique, — qu'on appelle un enseignement professionnel, — c'est-à-dire un apprentissage mieux dirigé. La nécessité de cet apprentissage est universellement reconnue et a aujourd'hui une place importante dans les préoccupations publiques. La dernière enquête de la Chambre de commerce de Paris n'a pu que rendre plus saillant ce besoin. Le nombre des apprentis qui, en 1851, et dans l'ancien Paris, était de 19,114, n'est dans le Paris nouveau et si agrandi que de 19,742 (14,161 garçons, 5,381 filles). Il y a des professions où il n'existe pas plus d'un apprenti sur 200 ouvriers. Ainsi, sur 8,627 ouvriers mécaniciens répartis entre 353 étabHssements, il y a 179 apprentis.

On voit si les écoles d'apprentissage sont indispensables, si l'enseignement professionnel soit supérieur, soit élémentaire, est urgent. A un avenir prochain il appartient de décider sous quelle forme doit se donner cet enseignement. L'industrie qui a introduit parmi les peuples des rapports économiques nouveaux, devrait-elle avoir pour effet de changer d'une manière générale l'instruction des peuples? Ne serait-ce pas au contraire la plus profonde des erreurs que de vouloir réduire l'éducation nationale aune sorte d'apprentissage universel? L'enseignement professionnel devrait-il avoir pour objet immédiat l'exercice d'une profession déterminée? ne doit-il pas s'ajouter aux autres enseignements sans avoir la moindre prétention à les remplacer? L'établissement de classes industrielles dans les collèges, cette trifurcation, comme on a dit immédiatement *, n'aurait-elle pas pour résultat d'abaisser encore le niveau intellectuel? Des écoles professionnelles qui prétendraient préparer les enfants à tous les métiers, ne seraient-elles pas aussi inutiles

de 80 ou 100 milliards, des échanges annuels de 5 milliards 500 millions (18GI), tels sont sur ce point des chiffres relatés dans un document ofliciel récent.

' Le mot n'a plus d'ohjet aujourd'hui, la bifurcation ayant vécu.

2 D'autre part, et aujourd'hui que l'industrie a c!i:in!.,'é le monde, 'i'ensci','nement des lycées ne doit il pas contenir à côté de ces études littéraires dont l'affaiblissement diminuerait la France un enseignement moins général, moins désintéressé? L'esprit exclusivement latin convient-il à l'industriel et à l'agriculteur"?

que seraient utiles de bonnes écoles d'horlogerie, de tissage, de dessin d'ornementation, d'ébénisterie d'art, etc.? Dans un tout autre courant d'idées , la meilleure école d'apprentissage n'est-elle pas encore l'atelier ? l'art des ateliers n'est-il pas en général fort supérieur à la partie technique de la science des écoles? La persistance des Américains du Nord, des Anglais, des Hollandais, à ne considérer leurs écoles professionnelles que comme des accessoires de leurs institutions commerciales et industrielles, aidant la jeunesse déjà admise dans les ateliers plutôt qu'ils ne l'y acheminent, cette persistance, n'est-elle pas un fait considérable? Ces graves questions posées à l'opinion publique devaient être indiquées ici. Ce qui est certain, c'est que, quelle qu'elle soit, leur solution ne laissera pas moins grande, moins impérieuse et moins indiquée à tous les efforts individuels, une certaine tâche toute morale.

Si tout le monde s'accorde à dire que l'enfant ne va pas assez à l'école primaire, ou n'en profite pas sérieusement; que d'un autre côté, l'éducation professionnelle manque * — avec d'autant

* Au moins, si en présence des résultats d'eflorts admirables mais isolés, on réfléchit à l'immensité de la population ouvrière. Quelque doive être un jour le développement de l'enseignement populaire supérieur et de l'enseignement technique, il faudra toujours citer avec honneur leurs glorieux débuts : l'école Turgot (M. Marguerin), les associations polytechniques (M. Perdonnet), et philotechuiqucs (M. Lionnct), la première datant de 1830, la seconde de 1848; l'écoled'Ivry (M. Pompée), les coursspéciaux de dessin, ctc.,elc. (M. Lequien, M. nelloc.cte., etc.). Nous ne parlons jins des grandes institutions publiques, le Conservatoire, l'école des Arts-et-Métiers. En province et parmi les écoles d'adultes, dues à l'initiative privée (les diverses écoles de Mulhouse, par exemple), il faut citer tout de suite les écoles de la Société pliilomatique de Bordeaux, laquelle, par sus expositions régionales, par ses cours de toute nature, en dernier lieu par des cours d'économie politique (M, Frédéric Passy), s'est créé une place hors ligne parmi les établissements libres. Il convient aussi de citer diverses écoles spéciales, telles que l'école de tissage de Nimes, l'école dentellière de Dieppe, etc., etc.

Pour l'instruction professionnelle des femmes, si Irislemeal négligéejusqu'ici, l'école professionnelle de la rue delà Parle, à Paris dirigée parM"° de Marchcf de Girard, et patronnée par qucl(|iies femmes de cœur, M"'" Jules Simon, M'"°Lemonnier, M"" Trélat, M"" Iloiland, résultat d'cfforls dont on ne .sait comment louer la libéralité et le mérite, cette école est un type qui appelle l'imitation. Il en est de même de l'école de la rue Val-Sainte-Callierine, ouverte pareillement par lu Société pour l'enseignement professionneldes femmes. D'une manière générale, lus progrès accomplis depuis dix ans par les Anglais, en rnalieri! de gnnt, progrès ipii sont dus à la vulgarisiilinn des bons modèles et au prodigieux liéveloppement de l'enseignement populaire du dessin (témoignage de MM. Mérimée, Dusommerard, etc., etc.), indi(|uenl ce ipie peut ici l'initiative |trivée: de 18ol à 18G2, le nombre des écoles d'art anglaises s'est élevé de 17 à 90; celui des

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