PARTIE V, CHAPITRE VII
plus d'inconvénients que la division du travail en augmentant l'habileté spéciale de l'ouvrier, le diminue un peu au point de vue intellectuel, — que l'apprentissage n'existe réellement pas', que partout, en agriculture comme dans l'industrie, nous trouvons à la base, la routine, l'ignorance, le préjugé; n'entendezvous pas aussi cette remarque, presque ce cri : « Les ouvriers sont trop abandonnés à eux-mêmes à partir de l'âge de puberté. Ceux qui ont reçu quelques leçons de morale dans leur enfance les oublient promptement au contact de l'atelier, et c'est même un fait digne de remarque, que l'on trouve encore tant de bons instincts et des sentiments généreux dans ces hommes incultes exposés sans défense à toutes les séductions du vice et aux mauvais conseils de la misère ^ . »
Oui, l'État — à qui l'on demande beaucoup trop pour qu'il puisse remplir à lui tout seul, quant àl'enseignement sous toutes ses formes, une tâche immense, des devoirs absolus s'imposant en réalité à la conscience publique, — l'État pourra perfectionner le système de son enseignement primaire, multiplier ses écoles, former des maîtres nombreux et instruits. Sans doute aussi, il pourra, revenant sur de fâcheux errements, ou entrant plus vivement dans une voie profitable, introduire l'enseignement agricole dans ses écoles normales, et même dans l'enseignement secondaire, répandre ses écoles d'agriculture, comme ses écoles d'arts et métiers, instituer enfin un enseignement professionnel à tous les degrés. Mais ce grand bien effectué, cette instruction offerte sous ses faces multiples, il faudra déterminer l'ouvrier à y faire participer ses enfants, il faudra lui prouver que quelques années employées à acquérir une aptitude suffisante pour l'atelier ne sont pas du temps perdu et se retrouveront sur
élèves de 3,296, à 90,000 (vingt-sept fois plus). L'élève qui coûtait à l'État 78 fr. ne coûte à l'école libre que 13 fr. L'Irlande elle-même a ses écoles de dessin. Dans certaines petites villes anglaises, 127 habitants sur mille fré(iuentent les écoles de dessin. M. Natales Rondot calcule qu'avant dix ans, plus d'un million d'ouvriers anglais auront acquis la connaissance pratique du dessin.
Nous avons montre la voie, et nos écoles parisiennes valent mieux que celles de nos voisins, mais comme vulgarisation, nous sommes singulièrement dépassés.
' Ce ne sont pas les lois sur l'apprentissage qui font l'apprentissage.
^ Blanqui, Des classes ouvrières en France.
toute la vie. Or, que peut l'État pour cette initiation, pour cette impulsion?... Ce n'est pas tout : la stérilité ou l'insuffisance des efforts tentés par l'État en faveur de l'instruction d'un grand nombre d'enfants ne fût-elle pas constatée, qui démontrera qu'il n'est pas impuissant pour l'éducation de tous?... A la place de cette simple instruction élémentaire aujourd'hui offerte à ces enfants destinés à appliquer toutes les conquêtes de l'industrie, vous serez arrivé à leur enseigner enfin véritablement le travail; mais le grand problème de l'éducation, de l'éducation morale, de l'éducation sociale aussi, ne restera-t-il pas encore à résoudre?...
Chargé, il y a quinze ans, par l'Académie des sciences morales et politiques, de parcourir les principales régions manufacturières de la France, pour y vérifier la situation exacte des classes ouvrières, constater le mal et étudier le remède, M. Blanqui, après avoir demandé, autant en vue de l'immoralité que de la mortalité, une législation spéciale sur les logements, concluait ainsi : « Cette immense question de l'éducation des enfants d'ouvriers renferme tout l'avenir de la société actuelle... Il faut s'emparer des enfants et ne les point quitter avant qu'ils aient échappé au travail criminel et prématuré de l'atelier, qui les démoralise et les tue. Telles sont les réformes les plus urgentes *.» La réforme des tarifs elle-même, avec raison si appréciée par les économistes, était placée, par M. Blanqui, à un rang bien inférieur dans l'ordre des améliorations désirables. « Qui donc, s'écriait-il enfin, remplira désormais les hautes fonctions de moralisateur dans notre société industrielle, à ce point de la vie oii l'eufant échappe à l'instituteur, au prêtre et à sa propre famille ?... »
Qui? — 11 n'y a pas deux réponses; il n'y a pas deux puissances capables de supporter de pareilles tâches, d'accomplir en dix mille lieux à la fois de pareils devoirs : ces tâches et ces de-
* Les conclusions de M. Hlanqiii datent de quinze ans ; mais les enquêtes les plus S récentes sont loin de les inlirmcr. Vnir notamment les Popnlaiinns nuvrinres do M. Audi^aiinc.
o Le travail industrit^l, l( I (pi'il est orj:anisé, Iciiil à dissoudre la raiiiille, c'est-à-dire à ruiner la kysc. même du monde moral. » (l)iic. de l'adoue, ministre de l'intùricur. Moniteur du .'iO septemlire Ibô!)).