PARTIE V, CHAPITRE VII
voirs incombent à l'initiative privée, à l'action individuelle, la plus féconde, la plus sûre, la plus forte de toutes les puissances, la plus inépuisable et la plus invincible, quand elle est unie à l'association. Elles incombent à la sympathique intervention de tous en faveur de chacun ; dans une mesure déjà appréciable et qui s'agrandira chaque jour, elles appartiennent à Tintervention de la société de secours mutuels en faveur de chacun de ses membres, en faveur de la famille entière de ce membre. Elle a fait beaucoup déjà, cette société mutuelle; elle fera plus encore ; elle a l'émulation du bien, elle aura l'émulation du mieux. Nous ne voulons nullement nier bien entendu l'utilité des comités de charité exclusivement fondés en vue du patronage des apprentis. On peut en citer qui font un bien considérable ; le patronage de Nancy, par exemple', qui est calqué fidèlement sur la maison paternelle ; celui de Mulhouse pour les jeunes filles, qui fournit le coucher et la nourriture en laissant toute liberté pour le travail extérieur. A Paris, on doit citer V association des fabricants et artisans pour le patronage des orphelins des deux sexes ^, qui s'adresse aussi aux enfants considérés comme orphelins par suite de leur misère. Depuis 32 ans, cette institution, par des placements chez les fabricants associés ou chez des ouvriers d'élite, par son souci efficace de la moralisation de ses jeunes adeptes, a rendu les plus grands services. Ces trois citations sont bien loin d'épuiser les exemples. Toutesles fois qu'au lieu de chercher à emprisonner les apprentis dans une surveillance qui serait censée leur enlever, même matériellement, la faculté de faiUir, les institutions dont il s'agit se constitueront vis-à-vis d'eux en école de la volonté ; toutes les fois que faisant appel à l'âme même, elles leur apprendront à ne pas tomber, le pouvant , elles ne mériteront que des éloges. Mais le nombre de ce-s comités sera toujours restreint, et ils ne pourront jamais approcher des besoins de la population ^.. Auront-ils, en outre, l'efficacité pratique et la valeur morale de ces
' Diri{;é par M. E. Baille, président de la chambre de commerce, par M. Werllie.
2 Présidé |)arM. Charles Dujjin.
3 Le patronage religieux a créé en Allemagne des associations d'apprentis (Gcssellenvereine).
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collectivités d'iudividus surveillant en corps leurs propres enfants?... On a remarqué, d'ailleurs, que, vers seize ou dix-sept ans, les jeunes gens, soit par amour-propre, soit pour tout autre motif, échappent au patronage un peu exclusif de quelques-uns des comités '. Les sociétés mutuelles, qui les annexent à ellesmêmes ou qui les agrègent entre eux à un moment donné, éviteront cet inconvénient.
Laissons parler les faits : « Dans un grand nombre de villes, disait, dès 1856, la Commission supérieure, les sociétés ne se préoccupent plus seulement de la santé des enfants des sociétaires : elles exercent sur leur éducation l'action la plus dévouée et la plus salutaire; elle les envoient aux écoles, les placent chez des maîtres sûrs et habiles, les visitent dans leurs ateliers, récompensent leurs efforts, encouragent leur bonne volonté, et leur font faire l'apprentissage de la prévoyance, de la sagesse et du travail. » N'est-ce pas là le programme tout entier?... Est-il possible de dire plus en moins de mots ?
Voulez-vous des exemples précis?... La Société de Lunéville surveille les jeunes gens dès l'école jusqu'à l'âge de 18 ans, époque où, en leur qualité de fils de sociétaires, ils peuvent être reçus membres participants; jusque-là, elle donne des conseils à tous, et des encouragements aux plus dignes, soit dans le cours de l'année, soit à sa réunion annuelle. Une commission composée de 12 membres, moitié participants, moitié honoraires (estil un meilleur emploi de l'intervention de ces derniers, une application plus excellente du patronage général que nous avons déiini?) est chargée d'exercer une surveillance active sur les enfants qui lui sont désignés. Afin de s'éclairer plus sûrement, cette commission s'est divi.sée eu trois groupes correspondant aux div(;rses catégories de professions indiquées par le conseil des prud'hommes. Chacun des membres suit un certain nombre de jeunes gens, les visite à l'atelier, allégeant ainsi la charge des parents et des patrons, créant des rapports affectueux qui durent plus longtemps que leur mission à terme fixe. La Société amicale de Metz visitait, dès 1858, 645 enfants divisés en
' Voir KUr celte stérilité relative iJos comitésde jiatrona^e un rapport de M. le vicomte A. Lemercier (Uevue de la Soc. d'économ. chrétienne, mai IblJi, p. 133).