PARTIE V, CHAPITRE VII
quatre catégories : la première, comprenant les ouvriers patronnés, c'est-à-dire les enfants des sociétaires qui, sortis d'apprentissage et n'ayant pas encore l'âge exigé pour le sociétariat, avaient désiré conserver le patronage ; la deuxième, comprenant les apprentis; la troisième, les écoles; la quatrième, les asiles. Le chiffre de 645 enfants se décomposait ainsi : 24 ouvriers patronnés, 107 apprentis, 407 enfants suivant les écoles, 107 enfants dans les asiles. Des prix nombreux, consistant notamment en livrets de la caisse des retraites ou de la caisse d'épargne (ces livrets encourageant quelquefois des dépôts déjà effectués *) étaient distribués par la société ^.
« Les enfants de fa société, disait quelques années pfus tard fa même association, tiennent un exceilent rang dans fes diverses écoles, et on peut dire des apprentis, qu'ils se sont fait une bonne réputation dans la ville.
* « Une banque à un sou, formée pour réunir les épargnes des enfants de soixante écoles d'enfants en haillons, a réuni dans un an seulement la somme de 50,000 fr. » (Discours de lord Shaftesbury devant The social science conferrence. 3* année, novembre 1859).
C'est ici le lieu de mentionner l'idée soutenue par quelques personnes d'établir de petites caisses d'épargne jusque dans les écoles primaires pour que les premières impressions puissent assurer la prévoyance de l'avenir (voir notamment Dictionnaire d'Économie politique, t. I, p. 251). Depuis 1852, cette idée a été appliquée, en Suisse par exemple, sur une grande échelle. L'auteur de ce long travail sur la prévoyance ne croit pas pouvoir être accusé de ne pas attribuer à cette vertu le rang qui lui convient: il doit dire cependant que dans sonopmion, ce n'est pas sans réserve et sans distinctions, qu'on doit encourager un tel mode. M. le pasteur Spyri, déjà cité, dit au sujet du succès presque inattendu de ces caisses : « On ne saurait guère contester qu'à ces caisses d'épargne pour la jeunesse se rattache un certain danger par la destruction des sentiments du jeune âge, et le développement d'une tendance matérialiste et des spéculations contre nature. Il en résulte pour les promoteurs de ces sortes de caisse, la lâche de prévenir le danger. La bonne voie est selon nous, facile à trouver, si l'on ne permet pas aux petits enfants, qui n'entendent rien à l'argent et n'y doivent rien entendre, de faire des dépôts, mais si on commence par ceux qui économisent quelque chose sur leur propre gain et qui, par le travail et l'économie, ont appris à connaître l'importance morale de la puissance de l'argent. » Nous sommes heureux de donner à cette opinion, qui est la nôtre, l'autorité de l'honmie qui a été le premier, en Suisse, à suggérer l'idée des caisses d'épargne pour la jeunesse. Nous ne sommes pas fanatique de l'assistance, mais nous n'aimerions pas un enfant qui mettrait en pratique à son sujet les théories scientifiques ([ue les économistes ont formulées, et nous ne voudrions pas que chacun des sous du très-petit enfant vînt grossir obstinément son pécule. Avons-nous tort, et introduisons-nous le sentiment là où la raison seule doit régner? le lecteur jugera.
^ Un membre de cette société a fondé, en 1859, des primes à perpétuité en faveur des apprentis les plus méritants.
que les chefs d'ateliers les recherclient, et que la qualité d'enfant de la société amicale est un titre qui les tait admettre dans les meilleurs établissements de l'industrie... Nos enfants se font honneur d'appartenir à la société amicale: ils sentent si bien l'utilité de son patronnage qu'ils s'en glorifient près de leurs petits camarades. »
La forme et les procédés de la Société de Metz, ce sont des livrets qu'elle délivre aux apprentis à l'ouverture de l'apprentissage, et sur lesquels les maîtres déposent tous les quinze jours des notes qui, examinées et visées aux mêmes époques par le père, dépouillées et contrôlées par les commissaires de la société dans leurs visites périodiques, tiennent l'apprenti en éveil et la famille, comme la société, au courant de sa situation. La société qui exerce depuis près de quinze ans déjà cet intelligent patronage, a eu la curiosité de vouloir se rendre compte de la projection de son patronage une fois la majorité des patronnés arrivée. 60 p. 100 des livrets de caisse d'épargne qu'elle avait délivrés comme récompenses, continuaient d'être ouverts plusieurs années après la majorité. Sur les 40 p. 100 soldés, un certain nombre des titulaires était décédé, les autres n'avaient guère commencé à les réaliser que vers la trentième année, c'est-à-dire à l'époque où ils font un établissement, « et que ces premières avances de la société, qui leur a servi de mère, deviennent pour eux une dot ou un capital d'exploitation. » « Y a-t-il beaucoup de semences qui soient plus fécondes, ajoute la Société de Metz, ou qui tombent dans des sols qui leur fassent rapporter davantage? Le semeur de l'Évangile n'attendait pas tant du blé qu'il répandait sur sa terre ; il consentait à en perdre une bonne partie, pourvu que le reste levât et portât ses fruits. »
La Société du neuvième arrondissement de Paris a organisé, elle aussi, un patronage des écoliers et des apprentis, qu'on pourrait offrir comme modèle. La recherche d'un bon apprentissage, la protection de l'apprenti au point de vue des abus dont il peut quelquefois être victime •, les bons rapports entre les apprentis
' Il arrive lr(t|i souvent, on l'a rcniiu<iiié, que l'apprenti passe son temps à l'aire dcB courses, à nettoyer l'atelier et à rendre des serviees tout à lait inutiles à son instruction.Les sociétés inntuellesdoivent veiller, et elles veillent à ce (pie ra|iprentissa},^e soit séiieux. On a cité certains patrons jiarisiens qui ont 100 ouvriers maîtres pour 150 apiirentis (cela a même occasionné de la part d(;s fondeurs sur métaux, une demande leudaul à ce que la lixatiun du nombre des apprentis suit l'ailu d'après le nombre des