PARTIE V, CHAPITRE VII
et les patrons, les visites à l'atelier, les distributions de prix, les encouragements décernés avec une solennité qui a son avantage, constituent les côtés saillants de ces patronages divers. Les contrats d'apprentissage, notamment sont l'objet d'une attention particulière. Le patronage a mille formes. Une lettre écrite par le représentant d'une société à un juge d'instruction a suffi souvent pour qu'un enfant, retenu comme vagabond et qui allait grossir l'effectif des colonies pénitentiaires, fût rendu à sa famille. A Marseille, ce fait s'est maintes fois produit.
Mais nous devons borner là ces exemples. — « Voulons-nous sans grands frais, sans grand appareil, relever et féconder l'apprentissage?... a dit M. Modeste. —Voulons-nous fonder sur notre sol autant d'écoles professionnelles, sérieuses, pratiques, et de tous les jours, qu'il y a parmi nous d'ateliers?... Eh! mon Dieu, n'entrons pas dans le système des secours, non; mais tous les ans et partout, donnons quelques prix, publiquement décernés après concours, pour les meilleurs travaux d'apprentis dans chaque profession ', si la localité est assez importante ; entre toutes les professions, si le concours n'est pas autrement possible. Que les prix soient à la fois des récompenses utiles pour les enfants, des marques honorifiques pour les patrons, et, j'en réponds, cette publicité, cette désignation des meilleures maisons de travail, ces paroles prononcées , ces éloges reçus dans une assemblée solennelle, aviveront une émulation, des intérêts, un point d'honneur, exerceront une influence dont on peut beaucoup attendre.)^ — M. Modeste, dans les lignes qui précèdent, n'avait certainement pas en vue les sociétés de secours mutuels; ces lignes ne sont-elles pas cependant applicables à leur manière de procéder en cette matière?... Effets magiques et mille fois répercutés d'une idée juste!
ouvriers qu'occupe un atelier, demande qui incrimine avec raison un abus, mais un abus qui est dans le droit des patrons). Il est évident que ces 150 apprentis doivent être rangés parmi ces ouvriers à 7ô c. ou 1 fr., dont parle la chnmbre du commerce, remplaçant, tant bien que mal, de vrais ouvriers, mais nullement appliqués à apprendre leur profession.
' La Société de Lunéville déjà citée (président, M. Cobus) engage les apprentis à confectionner avec tout le soin possible un ou plusieurs objets relatifs à leur profession, et ces « cbefs-d'œuvre » de l'enfance aident à connaître les plus méritants et les plus capables.
A Brest et dans d'autres villes, les apprentis et les jeunes ouvriers se sont eux-mêmes constitués en associations, moyennant une cotisation mensuelle proportionnée à la modicité de leurs ressources. Us sont annexés à une société de secours mutuels de la même ville, dont le bureau les administre et les guide.
« Rien de plus moral que les assemblées générales, où les fils siègent ;\ côté des pères, et reçoivent d'eux, en récompense de leur bonne conduite, des livrets de la caisse d'épargne ou de la caisse des retraites. Déjà, dans plusieurs parties de la France, s'organisent de semblables institutions ; et à Paris, des œuvres, depuis longtemps consacrées à maintenir la jeunesse dans l'amour du devoir et la pratique de la religion, n'ont pas cru pouvoir mieux assurer la persévérance de leurs protégés qu'en les unissant entre eux par les liens de la mutualité '. »
Il est inutile de dire, en terminant, que le patronage si important des apprentis et des enfants des sociétaires ne nécessite à peu près aucun frais à la caisse sociale. La libéralité des membres honoraires et le dévouement de tous suffisent pour réaliser une pensée dont l'application généralisée aurait des résultats incalculables. Songez, en effet, qu'il ne s'agit pas ici de deux, de trois, de dix, de cent comités de patronage, plus ou moins bien organisés et administrés par des personnes bienveillantes, mais qu'il s'agit, qu'il s'agira de milliers d'associations fortement agrégées, où tel membre rend aujourd'hui un service qu'il attendra demain pour lui-même; où, dans tous les cas, les meilleurs et les plus intelligents, suppléant ou complétant l'action des pins faibles et des moins aptes, entoureront l'enfant, au moment oii il va devenir homme, de cette sollicitude attentive, sans être minutieuse, dont l'absence le perdrait peut-être, dont la salutaire influence se fera toujours sentir sur lui.
Le patronage de la société mutuelle, c'est le patronage du père et de ses amis naturels, tâche difficile et à laquelle présentement, tous les ouvriers ne sont pas individuellement préparés. L'enfant l'accepte moralement, ce patronage, comme si son père était seul à l'exercer; il l'accepte, il ne le subit pas. Cet enfant sera un homme, et un jour, il suffira seul sans doute à l'éducation et à la direction de ses propres enfants.'
Rapport de lu commission supérieure, en 185G.