PARTIE V, CHAPITRE VIII
résoudra ; un jour ou l'autre l'association rétablira le niveau. Voyez, antérieurement à Tapplicatiou du mode spécial que nous allons exposer tout à l'heure, ce que l'action individuelle a fait à ce sujet. Nous ne parlerons pas des fourneaux si connus de la Société philanthropique de Paris et de ceux des Sociétés de saint Vincent de Paul. Les premiers fournissent notamment des rations de riz et de légumes qu'ils distribuent contre des bons de dix centimes ; les seconds, d'un usage beaucoup plus étendu, remplissent un office analogue. Mais ces œuvres sont surtout des œuvres de charité, et c'est la question économique qui est ici enjeu. Parmi les institutions spéciales où chacun paie les objets qu'il consomme, figurent les sociétés formées en Prusse d'abord \ puis dans d'autres parties de l'Allemagne, en Belgique, en Suisse, sous le nom le plus généralement usité de Sociétés d'épargnes pour V achat des provisions d'hiver. Un contrat formé entre tous les associés, l'appropriation de la quotité des versements aux conditions les plus infimes et l'encaissement obligatoire des versements à époque fixe, pour produire chez le déposant l'habitude générale de l'économie, voilà la triple base sur laquelle reposent ces institutions. L'année se partage en deux périodes : l'une d'épargne, l'autre de consommation. La société reçoit, chaque semaine, pendant la période d'été, la somme que le souscripteur s'est engagé à mettre de côté; elle accumule les dépôts, les place à intérêt et achète eu gros en temps opportun, et au comptant, des objets de consommation, qui, pendant l'hiver, sont distribués aux déposants au prorata des économies qu'ils ont faites pendant l'été. Quelquefois, à Bruges par exemple, ces associations admettent des membres honoraiies ^. La Société de Berlin est une des plus remarquables parmi les sociétés d'épargnes.
Les ouvriers de certaines de nos manufactures, ceux de l'u-
' Dès 1816, une association se forma à Elbcrfeld, sons le nom de la Hanse du bW. Le souvenir en a été perpétué par la construction d'un hôpital élevé au moyen d'un reliquat de hénélices.
■^ A Malines, à Ostende, à Gand, les sociétés d'épargnes sont liées à une société do secours mutuels. Il est à désirer que, contrairement à ce (|ui s'est passé pendant cpnlque temps en Belgique, les sociétés d'épargnes n'admettent (pie les individus ayant réellement besoin du rabais qu'elles procurent. A Vienne, la société n'admet (pie les ouvriers ù petits moyens.
sine de Terre-Blanche, à Hérimoncourt, par exemple \ ont formé entre eux des associations pour abaisser le prix des denrées. Un gérant, chargé des acquisitions, un comité de surveillance pour contrôler les opérations du gérant, la retenue sur la paie mensuelle de l'ouvrier du montant des livraisons qui lui ont été faiteset qui sont portées sur son carnet, l'avance sans intérfits par les patrons des fonds nécessaires aux achats, tel est le mécanisme très-simple de ces associations '^.
En dehors des efforts faits par les classes laborieuses ellesmêmes, il faut citer les essais tentés dans l'intérêt de ces classes par l'industrie ou le patronage. Plusieurs pays de l'Europe et des États-Unis ' renferment des sortes d'unions à capital fixe qui livrent à peu près à prix coûtant aux ouvriers les objets nécessaires à la vie. Dans nombre d'usines françaises : à Wesserling, à Lille, à Mulhouse, les chefs, au moyen d'un fonds de roulement formé par eux, et en retenant seulement 2 à 3 p. 100 pour couvrir les dépenses annuelles d'exploitation , obtiennent les mêmes résultats. Depuis 1836, la Compagnie des chemins de fer du Midi a ouvert des « magasins de comestibles » oti les ouvriers et agents de toutes ses lignes ont la faculté de se pourvoir de fournitures jusqu'à concurrence du tiers des salaires acquis au jour du visa de leur livret pour les ouvriers, du tiers des appointements mensuels pour les employés et agents payés au mois *. La compagnie d'Orléans a aussi fondé deux services de
• Voir une intéressante notice de M. Charles Robert, dans les Ouvriers des deux mondes, t. II, p. 270.
2 Plusieurs villes, Lyon et Lille notamment, ont possédé pendant les années qui ont suivi 1848 des sociétés d'achats collectifs qui, malheureusement, n'existtnt plus pour la plupart. (Voir M. Audiganne, ubi sup.,l- I, !>. 30 et 269.)
' Dans ce dernier iiays, le seul État de Massachusetts compte plus de cent de ces Unions prolectrices.
* Cette orf,'anisalion est duc au directeur si distingué des chemins de fer du Midi, M. Surcll. Ce qui la caractérise au milieu de beaucoup d'autres analogues et la met à i'ahri de tout inconvénient, c'est que la fourniture est pour l'agent une simple faculté. On sait à quels abus en était arrivé en Angleterre le système de troc ou d'échange (truck System, ci)lta;je sijstem), au moyen duquel certains manufacturiers se constituant li;s fournisseurs généraux de tous les objets nécessaires à leurs ouvriers, et payant leur travail en inarcbandiscs au lieu de It; payer en argent, réduisaient indirectement le taux des salaires. (Voir notamment les Éludes sur i'Afij/t'tcrre, de Léon Faucher, I. I, p .ih'.i )
Une grande compagnie industrielle ne concevra jamais la pensée de pareilles fraude»