‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 186 sur 331 · PARTIE V, CIIAI'ITIIE VlU · texte numérisé non relu

PARTIE V, CIIAI'ITIIE VlU

consommation : 1° un réfectoire tenu aux ateliers d'Ivry et qui sert chaque jour à 1,200 ouvriers, un repas pour 65 centimes avec faculté de le consommer sur place ou de l'emporter ; 2" des magasins de denrées et de vêtements procurant une écjuouiie de 30 p. 400 et sur certains articles de 100 p. 100 '. Ces magasins sont établis à Paris, Orléans, Tours et Bordeaux. Les achats annuels montent à 1 million pour les denrées etSOO, 000 fr. pour les vêtements '^. Cette organisation a été appliquée aussi aux 3,000 ouvriers des chantiers de la Seyne, près Toulon. Qui ne connaît enfin l'expérience des sociétés alimentaires, et surtout de la célèbre Société de Grenoble *? Qui n'a entendu constater leurs avantages : la bonne qualité des aliments et leur bon

rendues, du reste, bien difficiles par la libre concurrence et les associations spontanées d'ouvriers. Mais on ne peut que féliciter une organisation qui, tout en étant avantageuse pour l'ouvrier, n'annule pas son indépendance et ne lui fait pas perdre la salutaire habitude de disposer lui-même de son salaire.

< On peut affirmer, du reste, que sur ce dernier point, et d'une manière générale, le développement de l'industrie a amené déjà des progrès énormes et qui se rapprochent chaque jour de plus en plus d'une solution satisfaisante. Chez les populations rurales, — que M""" de Sévigné nous dépeint encore vêtues de peaux de moutons et de chevreaux, — les bonnes étoffes de laine et de toile, jadis si rares et si chères, sont devenues d'un usage général. Pour les articles de coton, d'après le rapport de M. Slichel Chevalier, sur les Produits de V économie domestique à l'exposition de 1855, ils coûtent présentement avec une exécution supérieure 4 fois, 10 fois, et dans certains cas 20 fois moins qu'il y a 3/4 de siècle et « la femme de l'ouvrier peut, sans excéder ses moyens, se vêtir d'étoffes, dites indiennes, dont les duchesses du temps de Louis XV avaient le privilège de se parer, parce que cela coûtait un louis l'aune; on le paie aujourd'hui 1 fp. le mètre, et quelquefois la moitié. »

- La Compagnie a eu du reste des procès à soutenir contre les détaillants dont elle froisse les intérêts, mais les tribunaux lui ont donné gain de cause.

3 Fondée en 1851 par M. Taulier et imitée à Lyon, Marseille, Rouen, Bordeaux, Uôle, Bourges, etc.. la société de Grenoble distribue chaque jour plus de 3,000 rations consommées sur place ou à domicile. Le nombre des jetons représentant les valeurs consommées s'est élevé de 882,000 en 1851, à 1,310,000 en 1856; il aété de 1,052,529 en I8G2, de 1,112,935 en 1863. Les rations, ou plutôt les jetons qui les représentent, sont ainsi taxés : soupe, 1 litre, 10 centimes; viande, 130 grammes, ou 200 grammes de poisson, 20 centimes; légumes, 10 centimes ; pain, 132 grammes environ, 5 centimes. Le ([uartde litre de vin, de même que le dessert, est à 10 centimes. Un sociétaire ne peut consommer plus d'un demi-litre de vin par repas. On devient membre par le paiement dune faible cotisation ou droit d'entrée. La société songe à ajouter à la vente des aliments préparés la vente en détail à ses membres des denrées les plus usuelles. Voir sur son fonctionnement une notice.de M. Rivier ; une notice de M. de Boidenerets ; un article du Journal des économistes de 1855, la brochure de M. Casimir Périer les Sociétés de coopération, etc.

marché ; leurs inconvénients pour les ouvriers mariés : le réfectoire commun, la suppression des lepas en famille et l'abandon du foyer; inconvénients qui, bien vite du reste, ont fait préférer par leurs fondateurs la distribution pour être consommée à domicile à la consommation sur place '.

Certes, toutes ces créations sont très-ingénieuses, et la plupart méritent d'être fort encouragées. Mais nous croyons que l'application de leur idée-mère par les sociétés de secours mutuels produira, le jour où elles le voudront, des résultats autrement décisifs. « Les ouvriers n'ont pas d'aptitude à établir leur budget économique, a dit M. Ducpétiaux ^, leur esprit est complètement étranger à ce travail. » Cette observation est très-juste, et c'est précisément cette inaptitude momentanée qui, combinée avec le peu de pratique que nous avons encore en France de l'association, pourrait, surtout en dehors des centres, où les idées circulent aisément dans les masses, empêcher beaucoup d'ouvriers de se réunir dans des sociétés spéciales ayant pour but exclusif les achats en commun. L'idée de ces achats se présente au contraire d'elle-même et sans efforts aux ouvriers réunis en sociétés de secours mutuels. Ici encore, le cadre est tout trouvé ; ici encore l'expérience va nous fournir sinon un type absolu, du moins un excellent modèle. ^

L'honorable M. Vée, dont le lecteur peut constater maintenant l'action prépondérante et la haute perspicacité dans toutes ces innovations pratiques, a pris, dès 1856, l'initiative d'une mesure que nous avons déjà mentionnée plus haut, et dont le résumé peut être présenté en bien peu de mots : assurer la clientèle de toute la société à chacun des fournisseurs et obtenir une diminution de 5, de 10, de 15 p. 100, etc Chaque sociétaire reçois une carte à l'aide de laquelle il obtient la diminution convenue entre le fournisseur et le bureau de la société. « Chacun, a dit à ce sujet le rapport officiel de 1856, s'est prêté de bonne grAce à cette mesure, dont il devait tirer si grand profit. La société n'a couru aucun risque, n'a engagé ni sa res-

• Dans cette dernière hypothèse, on .i dil poser en principe lu sé|i:ir;itioii des sexes ou la réunion des familles.

^ Uud'jct des classes ouvrihcs en Belgique.

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