CHAPITRE IX
LES LOGEMENTS d'oUVRIERS ET LES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS.
Importance de la question. — Ses précédents. — Les faits. — Les habitations anciennes, — dans les villes manufacturières, — à Paris. — Sommaire des améliorations effectuées. — Les logements de Mulhouse. — Accès fiicile à la propriété. — Conséquences. — Statistiques diverses des loyers d'ouvriers à Paris. — Les principes. — Examen des divers modes. — Les cités ouvrières. — Les maisons distinctes. — Ce qui est désirable. — Ce qui est possible. — Tendance des capitaux dans l'industrie du bâtiment. — Les attirer et les éclairer sans leur demander l'irréalisable. — La sécurité dans le payement du loyer et la stabilité dans la location assurée par les sociétés mutuelles. — Combinaison proposée et immédiatement possible. — Les améliorations éventuelles. — Les Benefit buidling societies. — La mutualité rendant elle-même l'ouvrier propriétaire. — Résumé.
(c J'ai étudié avec une religieuse sollicitude, la vie privée d'une foule d'ouvriers, et j'oac affirmer que l'insalubrité de leurs habitations est le point do départ de toutes les misères, de tous les vices, de toutes les calamités de leur état social, » (M. Blanqui).
Niitritum, vestittim, lectiim : la nourriture, le vêtement, l'abri. Telles sont les conditions indispensables de l'existence ; mais la dernière de ces conditions a ceci de particulier, qu'elle ne met pas seulement en péril l'existence matérielle, mais l'existence morale de la famille; tandis que, s'il y est réellement satisfait, un progrès considérable suit sans retard l'amélioration physique. La nourriture et le vêtement, objet, en ce qui concerne le minimum nécessaire, de toutes les préoccupations de l'économiste, ne deviennent décisivement matière à observation pour le moraliste que par l'abus. La question du logement, de quelque manière qu'elle soit posée, raffinement ou privation, s'empare au contraire immédiatement de l'esprit du philosophe. Tectum, l'abri, s'est appelé chez tous les peuples le foyer domestique, le centre permanent des affections de la famille; et si ce centre n'existe qu'incomplètement et ne répond pas, même
dans les situations les plus infimes, à certaines nécessités de Tordre immatériel, la famille ne peut exister dans son intégrité. Quelque sommairement que doive être envisagée ici cette question du logement des ouvriers sur laquelle tout a été dit, mais peut-être pas partout dans ces derniers temps, avec une netteté pratique suffisante, il nous semble utile de distinguer soigneusement les faits et les principes, de préciser, d'une part, ce qui a été et ce qui est; d'autre part, ce qui est désirable et ce qui est possible. Ce qui a été, nul ne l'ignore et notre époque en a frémi.
« Il y a, à Lille, disait en 1S28, M. de Villeneuve-Bargemont, préfet du Nord, 3,087 personnes logées dans des caves privées d'air et de jour, où règne la malpropreté la plus dégoûtante et où reposent sur le même grabat, les parents et les enfants et quelquefois des frères et des sœurs adultes. » — « S'il existe un lit, disait en 1832, une commission où figuraient notamment M. Lestiboudois, longtemps député de Lille et M. Kulmann, aujourd'lmi président de la Chambre de connncrce, ce sont quelcjucs planches sales et grasses, c'est de la paille humide et pulvescente, c'est un drap grossier dont la couleur et le tissu se cachent sous une couche décrasse; c'est une couverture semblable à un tamis. Les meubles sont disloqués, vermoulus, tout couverts de gaieté. Les ustensiles sont jetés sans ordre à travers l'habitation. Les fenêtres toujours closes sont garnies de papiers et de verres, mais si noirs, si enfumés que la lumière n'y saurait [lénétrer; et, le dirons-nous? il est certains propriétaires qui font clouer les croisées pour qu'on ne casse pas les vitres en les fermant ou les ouvrant... Quant à leurs enfants, ils sont décolorés, ils sont maigres, chétifs, vieux, — oui vieux et ridés. Ces petits malheureux sont tourmentés, dévorés par les insectes. »
« J'ai mesuré des caves, disait en 1835 M. Villermé, qui avaient à peine 9 pieds de cùté, sur l\ pieds 4 pouces de hauteur à l'endroit le plus élevé. »
Vingt ans s'étaient écoulés depuis l'appel de M. Villeneuve- Bargetnoiit; survient la courageuse, la bienfaisante enquête de M. lilanqui. Qui oubliera jamais ces descriptions impossibles à croire d'abord à force d'être vraies : «C'est un spectacle vraiment effrayant que celui de ces ombres humaines, dont la tête arrive à peine à la hauteur de nos pieds, quand le demi-jour qui les éclaire permet de les apercevoir du haut de la riic?» — Qui oubliera l(!s h(trribles descriptions des Courettes du quartier Saint- Sauveur et (le lu ru(! (les Klaques à Lille, des bouges infects du quartier .Marlainville à Uoiien, de ceux du Courgain à Calais, du Barbatre k Reims, des forts de Roubaix, des couvents de Saint-