PARTIE V, CHAPITRE IX
Quentin, des entassements de maisons d'Amiens et de Lyon, de tous ces quartiers où, suivant le mot saisissant de M. Villermé, le jour se levait une heure plus tard et finissait une heure plus tôt?... Qui oubliera « ces petites cours mal pavées, ces flaques pestilentielles, ces escaUers en spirales, sans garde fou, sans lumière, hérissées d'aspérités produites par des ordures pétrifiées...» Pour Paris, qui ne se souvient des rapports dos commissions spéciales pour l'assainissement des logements insalubres? « Il y a des chambres garnies qui contiennent jusqu'à neuf lits séparés par de petites ruelles, suffisant à peine au passage des habitants, et ces lits sont bien souvent occupés par deux personnes qui ne se connaissent même pas. » (1843.) Qui ne se souvient de ces conclusions, toutes identiques, surle défaut d'air et de lumière, l'humidité, la stagnation des eaux ménagères, la malpropreté caractérisant la presque totalité des logements occupés par les ouvriers?...
S'agit-il ici de renouveler ces tableaux qui deviennent tout au moins inutiles dès le moment que l'opinion publique, saisie de la question, en a fait une de ses préoccupations les plus vives? Non, à coup sur; on a voulu seulement marquer par quelques traits le point de départ, pour faire mieux ressortir les résultats obtenus. Aujourd'hui, les lois sur les logements insalubres*, les efforts des municipalités et des classes aisées ont fait à peu près justice de toutes ces monstruosités homicides. A Lille, en 1860, sur 3,600 caves, plus de 3,000 avaient éié comblées. Il en reste aujourd'hui à peine quelques échantillons. La ville et les particuliers ont cru leur honneur intéressé, et leur louable énergie a porté ses fruits. Dans les autres villes de fabriques, de grands progrès ont été pareillement obtenus ^, et
' Loi du 13 avril 1850. Pou de lois ont reçu un accueil plus sympathique. Tout individu a certainement le droit de s'arranger chez lui dans les conditions plus ou moins bonnes qu'il lui plaît de choisir ; mais l'annonce de l'intention où l'on est de louer sa maison au public justifie l'intervention de l'autorité, sans être en opposition séi-ieuse avec les principes économiques de non intervention dans les affaires privées. Ce sont, du reste, les mimicipalilés, « la police en famille, » d'après l'heureuse expression de M. Horace Say, qui ont la grande part d'action dans cette tutelle le plus souvent de persuasion, et dont le but, il ne faut pas l'oublier, est d'éioigner les chances de mort et d'allonger la vie des populations.
2 D'après M. Louis Heybaud cependant (enquête sur la condition des ouvriers en
les manufacturiers comprendront de plus en plus qu'ils sont personnellement intéressés à ne pas laisser la spéculation poursuivre sans conseils et en se plaçant à son point de vue exclusif, une réforme aussi essentielle. Mais ici ne convient-il pas de signaler, avant tout, cette institution si connue maintenant en France de tous ceux qui s'occupent des questions sociales : la Société des cités ouvrières de Mulhouse?
Fondée en 1853, sous l'inspiration de M. Jean Dolfus, au capital de 300,000 fr. ' ; encouragée par un don de l'État de 300,000 fr., fait à la condition que les dépenses s'élèveraient à 900,000 fr. au moins ^, cette société a déjà bâti 630 maisons, dont o60 sont vendues et 50 entièrement payées; dont chacune est entourée d'un jardin. Ces maisons valent de 2,650 à 3,300 fr. Elles sont attribuées à l'acquéreur contre un premier versement de 300 à 400 fr. ^, auquel s'ajoutent ultérieurement des versements réguliers de 18 à 25 fr. par mois pendant 13 à 14 ans: c'est 4 ou 5 fr. de plus que ce que coûterait le loyer. L'acquéreur a un livret* sur lequel sont portés tous les àcomptes qu'il paie, et l'intérêt lui- est compté à raison de 5 p. 100 sur tous les versements, de telle sorte que sa dette est diminuée d'autant, et pour le principal, et pour les intérêts. Ceux-là seuls qui ont vu, par exemple, dans certains faubourgs de nos grandes villes de quels incroyables miracles de travail et d'éco-
laine, 18G3),il existerait encore à Elbeuf de vastes dortoirs où la population ouvrière la plus pauvre trouve un misérable gîte pendant la nuit, sans aucune distinction de sexe ni d'àt-'e et dans une complète obscurité '
' Divisé en 00 actions de 500 francs, appartenant au début à 12 actionnaires.
'■^ La subvention de l'Ëtat a été employée pour des usages d'utilité générale : salles d'asile, bains et lavoirs, éclairage au gaz, trottoirs, égouts. Il y a un reslaurant qui reçoit les célibataires et vend aux ménages d'ouvriers des aliments qu'ils consomment chez eux; il y a aussi une boulangerie spéciale. Le mot de cités ouvrières ne doit pas faire confondre des choses dissemblables : les cités ouvrières de Mulbousc, comme toutes celles qui seront conçues d'après les mêmes idées, sont plutôt des villages qu'une cité ouvrière suivant le sens qu'on a donné à ce mot.
' Les contrats de vente stipulent que l'acipiérour ne pourra pas vendre l'immeuble, ni le sous-louer, .«ans l'autorisation de la société, autorisation qui n'est pas accordée si la revente ou la sous- location n'ont pas lieu au profit d'un autre ouvrier.
♦ pAigé plutôt pour couvrir les ilroits de mutation, que pour prouver la moralité des acbi'teurs ; mor.dité (jui pourrait être attestée par les patrons. Aussi a-t-on ex|)rimé le désir de voir alTrancbir de tout droit de mutation les ouvriers qui, dans certains cas bien spécifiés, se rendent acquéreurs d'une maison.