PARTIE V, CHAPITRE IX
nomie est capable l'ouvrier qui est parvenu à acheter une parcelle de terrain et qui a l'ambition d'y construire une petite maison ' ; ceux qui réfléchiront simplement à la manière dont travaille, dans le globe entier, le paysan devenu propriétaire du sol qu'il cultive, ne seront pas étonnés du succès, qu'après certaines hésitations, a fini par avoir, parmi les ouvriers alsaciens, la Société de Mulhouse. C'est l'introduction de la passion dans l'épargne et la prévoyance ; c'est l'accès de la propriété, c'est-àdire de la chose de ce monde qui contient à la fois le plus d'éléments de moralité en même temps que de bien-être, facilité par la plus puissante des excitations ; c'est la maison paternelle devenue une réalité pour l'enfant de l'ouvrier ; ce serait, si la généralisation de l'idée pouvait être obtenue, une révolution sociale '^. Nul, du reste, ne pouvait mieux que la Société de Mulhouse elle-même, caractériser cette grande œuvre : «Procurer à l'ouvrier une habitation où l'air et l'espace ne lui font pas défaut, lui procurer la facilité de devenir propriétaire, afin de sortir de cette condition de prolétaire qui rend l'ouvrier nomade, indifférent, peu économe ou imprévoyant; l'attacher au sol où il gagne son pain, et provoquer enfin chez lui et dans sa famille l'esprit d'ordre, d'économie et de persévérance au travail qui, seul, est la réelle base de tout son bien-être. » Bien qu'un homme très-éminent se soit fait, en quelque sorte, l'apôtre de l'idée mulhousienne, elle n'a pas encore produit, en dehors de Mulhouse, tous les fruits qu'elle contient. Cependant l'initiative individuelle des patrons s'est déjà marquée sur plusieurs points par des exemples analogues. Une société notamment formée en 48o3, àLille,par MM. Scrive frères, au capital de 300,000 fr. et avec un subside de 180,000 fr., avait déjà bâti, à la fin de 1859,
* Tout le monde connaît aussi la persévérance de l'émigration limousine dans l'épargne: l'amour de la propriété foncière, l'espoir d'acheter ou d'agrandir des parcelles de terre, est le stimulant de cette persévérance.
2 Spécifiquement, c'est une véritable caisse d'épargne où le chllFre des dépôts doit atteindre une certaine somme dont la quotité est fixée en vue d'un objet déterminé, avec cette différence en faveur de la caisse d'épargne mulhousienne, que les maisons sont offertes au prix de revient : les actionnaires ne prélèvent que 4 p. 100 d'intérêt et renoncent à tout autre bénéfice. La société, pour augmenter ses ressources, a emprunté sur les maisons bâties pour en bâtir de nouvelles. Des capitalistes de Bade et le Crédit foncier lui ont ainsi permis d'étendre ses opérations à près de '-' millions.
23-i maisons. Le prix mensuel du loyer y est de 10 fr. par maison, 30 centimes par jour '. Quelle que soit la lenteur des imitations, M. Jean Dolfus peut être fier de l'œuvre dont il a pris Finiliative ; cette œuvre a sa date dans les améliorations sérieuses de notre temps.
Quelle est maintenant la situation à Paris? Consultez les statistiques spéciales auxquelles a donné lieu la transformation que Paris subit depuis douze années; elles vous montreront le nombre des propriétés bâties dépassant à la fois la proportion des démolitions et celle de l'accroissement de la population ; elles vous donneront la satisfaction de présumer que la superficie habitable suit une progression beaucoup plus rapide que le nombre même des habitations. Consultez non-seulement la voix publique, qui dans toutes les classes a fait de cette question du loyer une question menaçante pour chacun ; mais bien les enquêtes générales sur la classe ouvrière à Paris, elles vous fourniront les indications suivantes :
En 1861, dit la Chambre de commerce, il y avait encore 75,000 ouvriers logés en garni; environ 36,000 logés chez leur patron ' et 286,000 logés dans leurs meubles. A quelles conditions ces 286,000 derniers. logements? D'après le relevé des contributions directes et la statistique du département de la Seine, il n'y avait à Paris en 1851 que 55,000 maisons pour 1,700,000 habitants, — 30 personnes par maison, — et il n'y avait que 129,439 loyers de 250 à 500 fr. ^ Londres en 1861 avait 362,000 maisons pour 2,800,000 habitants — 8 personnes par maison , ou deux ménages. — La superficie habitable a donc une bien autre étendue proportionnelle à Londres, qu'à Paris *.
Combien y a-t-il d'habitants par maison? la statistique générale de 1851 répond : en France 4 ; dans les villes 9; à Paris
' On a aussi construit en 1804, dans la banlieue de Bordeaux, une cité contenant, dès son déltul, t i(j maisons et l'iO niéna^'es.
^ Les céWbataires et le {groupe de l'alinienlation.
3 Dans les '2», 3° cl 11* arrondissements, il y a 150,000 ouvriers.
* La somme payée par l'industrie parisienne, en loyers, s'élève à 107,3U0,OOO l'r. nombres ronds. C'est plus de 3 p. 100 du cbilTre des afTaircs. Les trois premiers urrondisKcmcnts en liaient ù eux seuls plus du tiers.