ARTIE V, CHAPITRE IX. 3G
35 ; — en 1861, àParis, 30 *. — D'après le recensement opéré en 18G3 par l'administration générale de l'assistance publique sur la population indigente, la hausse des loyers s'est fait sentir dans lesménages inscrits sur lescontrôles des bureaux de bienfaisance, comme elle s'est fait sentir partout. Sur 40,056 ménages inscrits '^, 10,636 occupent des logements de 100 fr. (100 fr. !) Les locations de 101 à 200 fr. reçoivent 19,312 ménages ; celles de 201 àSOOfr. n'en reçoivent plus que 2,223. Au-dessus de 300 fr. on n'en a trouvé que 238. En 1861 les ménages indigents payant moins de 100 fr. étaient dans la proportion de 33 p. 100 ; il n'y en a plus, en 1863, que 26 p. 100, tandis que le nombre des loyers de 100 à 200 fr. a monté de 41 à 48 p. 100 et ceux de 200 à 300 fr. de 4,84 à'5,55 p. 100 « On voit, fait observer M. Ilusson, que 7 p. 100 environ des ménages logés le plus misérablement se sont vus obligés dans l'espace de deux ans, de prendre sur leurs faibles ressources pour ajouter aux charges de l'habitation ^. »
Voilà donc, par rapide aperçu, où en est cette question des logements d'ouvriers ; voyons, non moins rapidement, ce qui est désirable, ce qui est possible.
Ce qui est désirable, il ne peut guère y avoir aujourd'hui qu'une opinion à ce sujet. Pendant quelque temps, deux types d'architecture ont été en présence : l'un consiste à grouper les familles dans de vastes bâtiments construits suivant le principe de l'économie des forces et renfermant des aménagements com-
* Combien de personnes par ménages? en France 3; dans les villes, 3,50; à Paris 3, « chiflVes douloureux, a dit à ce sujet M. Cocliin, car ils prouvent que la population s'entasse et que la famille diminue. »
- Profitons de cette occasion pour compléter des chiffres produits, t. I, p. 20, sur la population indigente à Paris, et afférents à l'année 1861. De 1861 à 1863, il y a eu un accroissement de 3,343 ménages et de 11,283 individus; mais cet accroissement est en proportion exacte avec celui de la po|)ulation générale de Paris. La proportion esi en 1863 de l indigent sur 16,43. Le secours annuel de cha((ue ménage est de 86 fr. 17c. et par personne de 33 fr. 98 c. (en réalité, et vu les allocations exceptionnelles à des indigents non classés, de 32 fr. 45 c). Dans le quartier de la Bourse et de l'Opéra, le rapport est de 1 indigent sur 49 et 53 habitants. Près des Gohelins et de Montparnasse il varie de 1 à 5, 50 à 9. Dans l'ensemble de la ville, l'élément parisien figure pour 22, 36 p. 100 ; les ménages venus des départements, pour 69, 37 p. 100.
3 Un rapport adressé en 1827 à M. de Chabrol dit qu'à celte époque la raortalilé. qui est de l sur 52 dans les beaux quartiers, est de 1 sur 20 dans les quartiers pauvres, juste le double.
muns, tels que bains, lavoirs, cuisines, et même salle de lecture, lieux de récréation, etc.; l'autre consiste en maisons réservées au moins grand nombre possible de ménages et propres à faire prédominer la vie privée sur la vie en commun. Les inconvénients du premier type ont été fréquemment énumérés : il arrive à des résultats plus économiques peut-être, à des logements plus commodes, plus confortables que le dernier. Malgré ces avantages, malgré les encouragements puissants qu'il a reçus à un moment donné sous la forme de cités ouvrières, il a subi un échec véritable et vraisemblablement définitif. Au point de vue moral cemme au point de vue politique, quelques-uns avaient vu des inconvénients de diverses natures dans de telles agrégations d'individus. Fondées ou non, ce ne sont pas ces objections qui ont déterminé l'insuccès des habitations en commun. Le charbonnier veut être maître dans sa maison. La masure de torchis du Dauphiné, où il n'y a d'autre ouverture que la porte ; la hutte de branchages ou l'espèce de terrier dans lequel un certain nombre d'êtres humains couchent encore en France sur des amas de paille ou de fougère sèche ; enfin le taudis misérable et sans air du chiffonnier parisien plaisent plus à ceux qui y gîtent que ne leur plairaient des palais de famille, oti ils seraient nécessairement soumis à une sorte de subordination, où en dépit de leurs intérêts matériels satisfaits, ils croiraient avant tout, ne fût-ce que par suite d'inévitables servitudes de voisinage, se voir administrés, contrôlés, surveillés. L'idée de règle qui, dans le régime de nos grands ateliers, est l'obsession continuelle de l'ouvrier pendant toute la durée de sa journée de travail, augmente encore cette répugnance.
Les dispositions particulières des classes laborieuses, leur sentiment profond d'indépendance, voilà donc la cause la plus générale de l'échec que nous constatons. Pour l'économiste, pour l'architecte, ils doivent d'autant njoins essayer de réagir contre cet échec que ce système de semi-communauté ne laisserait pas, en effet, l'individu en possession de lui-même, de sa liberté et de sa spontanéité, et irait par conséqueut à l'encontre des véritables tendances de l'esprit moderne '#
' Deux essais de cilés ouvrières ont été tentés en France : l'un ii Paris, rue Iloclic