PARTIE V, CHAPITRE IX. 37l
En dehors ou à côté du système des cités ouvrières, il s'est produit, surtout autour des manufactures et à l'avantage exclusif des ouvriers qu'elles emploient, un certain nombre d'essais pour les habitations ouvrières. En Angleterre, à Bradfort, une seule manufacture a vu s'élever autour d'elle sept cents maisons d'ouvriers (cottages) '. En France, la grande manufacture de Saint-Gobain possède depuis deux siècles une véritable cité ouvrière dans l'intérieur même de la fabrique. Elle y forme une rue tout entière de maisonnettes alignées et isolées les unes des autres, pourvues d'un jardin '^ et habitées chacune par une seule famille ; c'est là évidemment le mode à tous égards préférable. La manufacture de tissage mécanique de xMarquette près de Lille, la filature de laine des Yeuteaux près de Reims; nombre d'usines de l'Alsace, et surtout la grande fabrique de Munster, dans la vallée de Saint-Grégoire, et celle de Wesserling, voient rayonner autour d'elles des constructions analogues.
Ces sortes de cités manufacturières, en tant surtout que les maisons en sont isolées, sont tout à fait dignes de l'appui des chefs d'industrie. Elles n'amèneront toutefois que des résultats partiels. C'est vers le logement de la population ordinaire de nos cités qu'il convient surtout de diriger les plans de réformes. Vastes maisons à plusieurs étages ou habitations séparées, le choix doit dépendre des circonstances locales et des habitudes des populations. On ne peut arrêter de programme fixe. Si le second mode a pu être apphqué sur certains points, à Mous, à Gand, à Mulhouse, par exemple; si, à Paris même, il n'est pas
chouart; l'autre à Marseille. Le premier auquel on devait d"abord consacrer G,000,000 ('. a dû se réduire à l'emploi de G5U,000 l'r. ; le deuxième a coûté 130,000 fr. Peut-être les créations de ce genre pourront-elles être utiles à des situations intermédiaires, à des célibataires jouissant d'un petit revenu. Ce que nous avons dû constater, c'est qu'elles ne portent pas en elles, pour le but si louable qui les avait inspirées, le principe de vitalité et d'expansion qui généralise une idée,
* Un très-grand nombre de fabricants anglais ont donné le aaéme exemple {Ailolment System).
2 A Sheffield, de grands industriers,MM.Dixon, décernent deux fois par an des prix d'horticulture à ceux de leurs ouvriers qui ont produit dans le jardin attenant à leurs cottages, les plus belles fleurs et les 'meilleurs légumes. Chaque mercredi tout le personnel a une demi-journée de congé « pour aller travailler au jardin. » Les 52 congés de l'année pour GOO ouvriers, font 15,000 journées, qui, a raison de 2 fr. .JO en moyenne, ri'présentent 39,000 fr. Nous sommes convaincus que MM. Dixon n'y perdent pas.
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impossible d'en faire çà et là, et surtout dans la banlieue annexée, une application étendue ', il sera difficile de le mettre à exécution dans l'intérieur det' grandes villes. Dans tous les cas, du reste, on devra s'abstenir, pour les distributions intérieures, non-seulement des aménagements communs, mais des longs corridors qui donnent aux bâtiments une ressemblance trop évidente avec la caserne. Sauvegarder l'individualité de chaque famille, telle est la principale règle à suivre par l'entrepreneur, par l'architecte ^.
L'entreprise récemment exécutée avec succès comme spéculation par M. le comte de Madré , et généralement louée aussi comme système % a revêtu la première forme. Une centaine de maisons de trois ou quatre étages, chaque étage contenant de deux à quatre logements, couvrent aujourd'hui, dans l'intérieur même de Paris, 435,000 mètres de superficie (sur une façade de 1,981 mètres), et logent une population de près de 5,000 âmes''. Dans une des cours est établie une série d'ateliers pour les ouvriers locataires qui travaillent à façon, et qui désirent avoir leur atelier à proximité de leur habitation ^ Un lavoir, un établissement de bains et un ouvroir pour les femmes des locataires complètent cet ensemble. Le loyer est de 210 à 240 fr. pour les logements de deux chambres.
Mais, pourra dire tout d'abord le lecteur, vous approuvez, en principe, le système qui mêle de plus en plus l'ouvrier au reste de la population, et, en fait, vous approuvez des établissements qui le parquent dans des quartiers à part comme dans une sorte de
' La cil6 Millaud, à Paris, a été établie d'après ce type.
2 C'est là la pensée dominante du système qu'ont préconisé, au milieu de beaucoup d'autres publications, deux ouvrages spéciaux récemmcTt mis au jour ; le premier sous le titre ii' Hahitntions ouvrières et a(jricolex, bains et lavoirs, par M. Muller; le deuxième sous celui de : La nécessite d'une double réforme de l'architecture domestique en l'rance, par M. Félix Abate. «La réforme de l'arcliitecture domestitiue, lit-on dans ce dernier ouvrage, est contemporaine du mouvement réformiste qui agite le mcmde économique. »
' M. J. Simon, nolainment, en a parlé ainsi cpi'il suit : « Je ne dirai pas, comme je pourrais le dire des maisons de Mulliouse, que je voudrais y demeurer:— non, — je m'y trouverais mal logé. Mais l'ouvrier, avec ses liabiludes modestes, peut s'y croire trèsagréablement logé. »
* Hue de la t^lliopinettc, derrière le C.lifltcau-d'Kau.
' Le» ateliers se louent i^ raison de 1 1 fr. le mètre réel <le superdcie.