‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 193 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE IX

ghetto. C'est ici qu'arrive la distinction qui nous semble devoir être établie franchement, ouvertement, entre le désirable et le possible. Ce qui importe, a-t-il été dit, « ce n'est pas tant d'aménager un quartier que d'aménager une maison, c'est moins encore d'aménager une maison que d'aménager un étage *. » Nous irons plus loin : le désirable, c'est que chaque famille ait sa maison séparée et en soit propriétaire ; le désirable, c'est que la coutume de prendre les habitations à loyer disparaisse, même dans les grandes villes et dans toutes les classes; le désirable, c'est que la propriété du foyer domestique soit acquise à chacun ; c'est que l'isolement complet de l'habitation sauvegarde strictement toutes les convenances morales. Assurément, dit M. Le Play, raisonnant d'après l'exemple des Anglais et notamment celui de Londres, oîi, malgré le prix du sol, « les moindres bourgeois et souvent de simples ouvriers ^ occupent chacun une maison séparée, » « assurément ces petites façades, où il n'existe souvent qu'une fenêtre par étage, ne se prêtent pas au tracé des rues monumentales que nous nous plaisons depuis quelque temps à multiplier dans nos villes ; mais les Anglais ne sont point touchés de cette prétendue infériorité signalée par des touristes peu réfléchis ; ils aiment l'aspect de leurs villes, où se conserve le respect des lois de la famille; ils se persuadent d'ailleurs que les habitations privées n'ont pas pour fin principale de charmer l'œil des promeneurs et des curieux, mais d'abriter des femmes chastes, des enfants soumis, des serviteurs laborieux, et, ce qui résume tout, des citoyens jouissant de leurs foyers en toute souveraineté ^. » Le désirable, voilà donc ses principaux traits. Ce désirable, on le sent bien, c'est, dans nos grandes villes françaises, un idéal pur et simple ; c'est une admirable utopie; et, à quelques vœux que l'on se livre, la « maison moderne de Paris, même destinée à des familles de condition médiocre, » ne semble pas être au moment de ne plus se voir « subdivisée par cinq planchers principaux, en six étages, que des escaliers splendides mettent

' M.J. Simon, discussion de l'adresse, séance du 19 janvier 1864. 2 Voir les Ouvriers européens, p. 189.

' La Réforme sociale, t. I, p. 175.

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en coitimunication avec une cour intérieure, diverses dépendances et la voie publique, en sorte que chaque étage comprend plusieurs appartements prenant jour sur la cour ou sur la rue, et habités par autant de familles distinctes ainsi enchevêtrées, nonseulement par cette contiguïté et par l'usage commun des escaliers, mais encore par le fractionnement même de chaque habitation en deux ou trois parties. » Quelle que soit « l'atteinte profonde que cette sorte de promiscuité porte aux mœurs de la famille et à l'autorité des maîtres et des parents, » cette « promiscuité est tellement dans les faits qu'il faut % arranger dans cette situation médiocre avec le moins d'inconvénients possibles.

Quand la question du logement est si imparfaitement résolue au point de vue des principes, même parmi les classes possédantes, il conviendrait donc peut-être de ne pas établir, entre les faits d'amélioration relative , qu'on loue avec raison * , et les expositions doctrinales, qui ne sont que des abstractions, un écart aussi considérable. D'une part, — et nous ne parlons ici que de l'appréciation des esprits modérés et hbéraux'^, — d'une part, on dit avec raison que les ouvriers devraient être mêlés aux patrons et aux personnes riches; d'autre part, on semble, en parlant aux premiers, les détourner de ce logement « qu'on daigne leur ouvrir au sixième étage de quelques maisons nouvelles : )> (si on veut que les ouvriers ne quittent pas tous le centre de Paris, peut-on exiger pratiquement qu'on les loge au premier étage.) D'une part, on loue les efforts intelligents de quelques particuliers qui , philanthropes dignes d'éloges en

* Les constructions de M. le comte de Madré, par exemple.

2 Quant aux esprits extrêmes qui refusent de s'occuper de toute amélioration progressive en disant que « i'iulérèl social leur paraissant résider dans la suppression de toutes les distinctions entre les pauvres cl les riches, » ils ne sont pas d'avis qu'on parfiuc li;s pauvres daiis des (piarlitrs exclusifs et dans des maisons ad hoc, — ce qui, en allant au fond, si[,'nifie sans doule que la spéculation ne doit pas choisir, pour des loyers modestes, les rues et les quartiers où les terrains sont à des prix relativement modérés, on ne peut que leur repondre : l'avis est cxcelluni, mais |iroduisez vos moyens. La vraie question pourtant, n'est pas de savoir si, dix familles ouvrières occupant, jiar exemple, une (l»s maisons de M. de Mailre ne seraient pas logées dans de meilleure' conditions, le jour où chacune d'clh soccnp(;rail d.iiis une maison distincte et même dans un quartier de luxe nn a|)parlenienl convenable. La (picslion est de savoir hi ces dix familles ne sont pas mieux logées ainsi que sous le régime de l'inBalubrilé meurtrière et de la honteuse promiscuité des ancienneA habitations.

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