PARTIE V, CHAPITRE IX
même temps que spéculateurs habiles, établissent une conciliation entre l'individualisme, — lequel est excellent dans une certaine mesure, — et la sociabilité, — laquelle est non moins excellente dans une certaine mesure aussi, — et économisent ainsi ces frais généraux si considérables dans la vie d'isolement de l'ouvrier. D'autre part, on répète que les quartiers d'ouvriers sont mauvais, c'est-à dire, sans doute, que mauvaise est cette construction simultanée de 50, 60, 100 maisons pour loger à peu près exclusivement des ouvriers. Le blâme retombe du haut du principe sur ce qui reçoit en fait l'approbation de celui qui pose le principe.
La réalité, c'est qu'il ne peut y avoir ici rien d'absolu et qu'à moins de construire sur le papier des villes imaginaires, tout ce qu'on peut demander, nous le répétons, aux entrepreneurs, c'est de sauvegarder le plus possible l'individualité de chaque famille. Ce ne serait pas même trop d'une entente parmi les théoriciens pour décider les entrepreneurs à se porter de ce côté. Ce n'est pas en effet malheureusement de telle ou telle règle relative au logement des ouvriers que la spéculation se préoccupe, quand elle substitue des constructions nouvelles aux masures qui tombent. L'édification do demeures splendides, destinées à d'opulents locataires et si nombreuses qu'elles dépassent à peu près toujours les besoins des locations, voilà le cours que, malheureusement pour les ouvriers, et peut-être sans un calcul bien judicieux des bénéfices probables, suivent jusqu'ici les capitaux ayant pour objet le bâtiment.
Que faudrait-il donc faire pour détourner vers le logement des classes laborieuses la partie mal engagée de ces capitaux? Quel moyen employer concurremment pour leur assurer ensuite le bénéfice auquel ils ont droit? Pour nous, nous sommes convaincu qu'après avoir heureusement servi de point d'appui pour l'abaissement du prix des objets de consommation, les sociétés de secours mutuels se prêteraient à cette nouvelle et si importante amélioration : l'abaissement régulier du prix des logements d'ouvriers. Nous sommes convaincu que cette œuvre, encore aujourd'hui reconnue par tous si difficile, les unions locatives, pourrait être singulièrement facilitée par ces groupes déjà si consistants d'intérêts et serait ainsi mise à même de réa-
liser cette sécurité dans le payement du loyer et cette stabilité dans la location qui seules amèneront une solution du problème.
Mais, dans l'exposition rapide de ces milles faces de l'expansion dos sociétés de secours mutuels, nous ne voudrions pas nous exposer à l'accusation de système. Nous sommes donc trop heureux de trouver ici sur notre route une autorité dont personne, nous le pensons, ne peut contester la modération et la compétence.
Dans son bel ouvrage sur les Populations ouvrières et les industries de la France^ M. Audiganne, étudiant avec détail cette question des logements d'ouvriers, si importante partout, et principalement à Paris, en arrive précisément à cette conclusion, que pour réagir efficacement contre toutes les causes d'inaction qu'elle rencontre, soit de la part des capitaux peu aventureux, soit de la part des ouvriers, et pour mieux garantir, au moins sous le rapport de l'exemple, le succès de l'entreprise, il faudrait prendre un point d'appui « sur ces groupes d'intérêts représentés par une institution déjà éprouvée, » qu'on appelle les sociétés mutuelles. Cette institution, dit-il, « se prêterait à merveille au rôle indiqué, et deux pensées utiles se donneraient ainsi un mutuel soutien. »
340 sociétés comprenant plus de 40,ÛD0 membres, et possédant près de 5 millions de francs; 400,000 journées d'hôpital, économ.isées par an à la ville de Paris ; 1,400 convois funèbres qui, sans les sociétés de secours mutuels, auraient été gratuits, ces chiffres servent d'abord à M. Audiganne d'argument décisif en faveur de la vitalité très-énergique qu'ont acquise, dans la seule ville de Paris, les associations réciproques. L'article 8 du décret du 26 mars 18o2, qui permet aux sociétés de prendre des immeubles à bail, est le point de départ de la combinaison qu'il propose. Ici nous devons citer :
'< Df quolquos {garanties (ravenir que soient entourées les entreprises aolueiles pour la tonsUuclion des lofiemculs d'ouvriers, il est évident, surtout Kous le rapport de l'influence qu'elles doivent exercer au deliors, que le succès serait encore plus assuré, si quelques-unes au moins des maisons nouvelles pouvaient être prises à bail par des sociétés de secours mutuels. La spéculation jirivéc entrerait [dus facilement dans la même voie; car alors disiiaruitraiuul tous les incuiivcnicnls redoutés des capitalistes. Le propriétaire