‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 197 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE IX

prêteurs ou plaçants {investing) sans sortir de leurs cadres actuels ' . Insistons en terminant, et pour éviter toute équivoque, sur le caractère de notre pensée en matière de logements d'ouvriers. Les groupes de maisons à plusieurs étages, mais ne ressemblant pas plus à des casernes que les maisons quelconques à plusieurs étages (système de M. de Madré, par exempte), sont préférables quand ils ont été. sainement compris sous le double point de vue du confort et de la liberté du locataire, aux habitations anciennes, sans air et sans lumière, des ouvriers ^ ; à

' Il convient de mentionner ici une application très-intéressante de la mutualité dans cette question des logements. La caisse de secours mutuels organisée dans la maison de MM. Steinheil et Dieterlen, à Rolhau (Vosges) et semblable à celles qui existent dans beaucoup d'établissements industriels, emploie une partie de son capital de réserve, qui est d'une quarantaine de mille francs, à des prêts, consentis aux associés pour les aider à faire construire de petites maisons d'habitation. Le prêt est garanti par une hypothèque prise au profit de la caisse sur la maison construite. L'intérêt est de 5 pour 100. Depuis 15 ans que ce système fonctionne, il a été consenti plus de 60 prêts, formant une somme de 50,000 environ.

Ce système diffère sensiblement, on le voit, de celui de Mulhouse. Ici l'ouvrier est aidé par la mutualité même, et c'est un avantage moral réel ; mais il ne pi'ofite pas de l'économie de frais généraux qu'obtient, quand elle fait construire, une collectivité qui vend à prix de revient. De plus il nous semblerait préférable que de même qu'à Mulhouse, la dette de l'ouvrier fût en quelque sorte confondue avec son loyer. On éviterait ainsi qu'il se reposât jamais, une fois le premier élan amorti, sur cette idée qu'à la rigueur la caisse reprendra le gage, et, qu'il se bornât à payer les intérêts, au lieu de chercher à payer le capital. 11 serait intéressant, du reste, de savoir dans combien de cas cette reprise a pu avoir lieu.

Il faut remarquer enfin que le système décrit fonctionne dans une caisse d'usine et on sait que ces caisses, plus ou moins dirigées en réalité par un patron qui les subventionne, ne sont pas placées dans les conditions des associations ordinaires. Au surplus, et en admettant même que le capital disponible des sociétés actuelles, fut plus considérable qu'il ne l'est, ce n'est pas avec ce capital, qui doit subvenir à tant d'autres besoins, mais avec un fonds spécial, spécialement amassé que ces sociétés arriveront à des résultats sérieux en matière de logements. Du fait de Rothau, on pourrait cependant tirer une induction favorable à des prêts qui seraient faits dans des cas déterminés par des sociétés à tel ou tel de leurs membres, et quand le capital accumulé aurait quelque importance, non peut-être pour couvrir le prix entier de construction ou d'acquisition, mais pour compléter des ressources déjà réunies. Il y aurait là un bon placement pour la société et un service considérable rendu aux sociétaires.

- C'est ainsi que l'aiiiclioration a été comprise par nos très-prati(iues voisins les Anglais. Les séries demaisonsà quatre étages, construites dans Dethnal-Green.gràce à la bienfaisance ds Miss Bui'dett-Couts, le quartier de Peabody à Spitalfields, les cités dues à l'alderman Waterlow et à lord Stanley, celles que la municipalité a fait établir elle-même, celles de Georges-Street Bloomsbury, construites en 1847, etc., etc., ont apporté au cœur des quartiers les plus pauvres des améliorations appréciées de tous. Si

plus forte raison doit-on préférer à ces anciennes habitations les «Daisons mixtes, a Là, entouré de locataires de tous les rangs, de toutes les conditions, l'ouvrier peut oublier les labeurs et la discipline de l'atelier; il rentre dans la condition commune, et se ressaisit en quelque sorte de son individualité. S) Mais toutes les fois qu'il sera possible, il faudra appliquer le système des maisons isolées, le seul qui puiss.e faciliter, dans un avenir donné, cette immense amélioration économique : les classes travailleuses arrivant .à la propriété, c'est-à-dire en réalité à la famille, c'est-à-dire en réalité au salut ; y arrivant par le paiement en fractions de loyer considérées comme un remboursement du capital engagé dans la construction ; en d'autres termes, le nouveau propriétaire se libérant au moyen d'annuités. Dans cette sorte de mise en circulation des maisons, pourquoi ne pas espérer que le rôle de l'association aura une importance proportionnelle à la grandeur de l'idée 4 réaliser ^?

on avait prétendu « cfFacer immédiatement, comme on le dit, toute distinction entre les pauvres et les riches, » on n'aurait rien fait du tout et la mort aurait continué ses coupes somBres ; tandis qu'en 1859, dans une des cités nouvelles, c'est-à-dire dans une populalion ultra-pauvre, sur 1,585 locataires, il n'y a eu que 30 décès. La moyenne de la mortalité à Londres est de 1 sur 45, ou de '2Î, 2 p. 1000. Ici, sur un point autrefois particulièrement insalubre, elle n'a donc été que de 20 p. 100.

* M. Odilon Barrot, rapport à l'Institut, ub. sup., p. 34.

'^ Les faits marchent vite dans les questions traitées par le présent livre ; et, ce qui est un vœu pour l'auteur quand il commence un chapitre devient quelquefois un fait quand il le finit. Nous apprenons que les présidents des sociétés de secours mutuels de Lyon étudient le projet suivant : 10,000 ouvriers au moins font partie de !ces sociétés. On augmenterait la cotisation annuelle de 3 fr. et on aurait ainsi un revenu de 30,000 fr. Des terrains seraient achetés dans de bonnes conditions, payables par annuités; on construirait des maisons de deux étages (quatre pièces à chaque étage). Deu.x pièces seraient attribuées à un ménage, avec la jouissance du jardin. Le logement serait accorde graliiilement aux vieillards sociétaires. Tel est le projet à l'étude.

Il est éviilent (ju'il n'y aurait pas bien loin à aller pour compli'ler l'idée et ponsuivre en faveur de l'ouvrier sociétaire ce qu'on destine ici seulemenl aux vieillards. La mnlualité résoudrait ainsi directement le problème aucpiel se sont déjà appliqués çà et là la philanthropie bien entendue des iiatrons ou la spéculation intelligente.

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