PARTIE V, CHAPITRE XI
et d'améliorer leur situation financière' . Ils n'en sont pas moins pourtant compris, par la plupart, au nombre des établissements de bienfaisance '^. Loin de désirer, avec quelques personnes, qu'ils en arrivent, comme dans l'origine, à faire des prêts absolument gratuits, ce qui serait plutôt une altération qu'un progrès, ce qui enlèverait à l'institution un de ses caractères essentiels ^, ne désirons que l'abaissement progressif de l'intérêt réclamé des emprunteurs. Ne cherchons pas en outre la justification du monopole du prêt sur gage, ailleurs que dans les difficultés extrêmes d'exercer une police rigoureuse sur ce prêt. Sans cette difficulté, la liberté complète des transactions, jointe à une répression efficace, vaudrait certainement mieux que le monopole, avec les abus qu'il entraîne, et qu'il semble publiquement consacrer. Quoi qu'il en soit, la statistique des objets annuellementlaissés en nantissement, et annuellement retirés*, indique, sans parler de la durée des monts-de-piété, que leurs services ne sont pas absolument illusoires ; au moins pour cette partie de leur cHentèle qui fait des emprunts modiques. Bien autrement considérables serait même, peut-être, sans eux, la triste cKentèle des bureaux de bienfaisance *.
Quelques années avant l'ouverture des monts- de-piété de Paris, Turgot écrivait : « La seule sûreté vraiment solide contre l'homme pauvre, est le gage. » Certainement, vis-à-vis du prêteur ordinaire, il n'est pas un esprit pratique qui puisse contester la justesse générale de ce mot. Le crédit personnel du pauvre n'existe pas : le prêteur ordinaire ne se décide guère d'après des raisons de sentiment, et on aurait mauvaise grâce à lui imputer à crime de faire crédit seulement aux choses. Il appartenait à
' Voir notamment, à cet égard, une délibération du conseil d'administration du mont-de-picté de Paris du 9 juin 1848.
2 Classement erroné en principe.
* Il y a en France quelques monts-de-piété gratuits : la société du prêt charitable de Grenoble par exemple. Dans ces établissements, le nombre des objets non retirés s'élève beaucoup plus haut que dans les autres.
■* Dix-neuf déposants sur vingt-six parviennent à rembourser, s'acquitter et rentrer en possession de leur bien.
5 Sur 1,050,000 engagements faits au mont-de-piété de Paris en 1861, il y en a plus de 1,100,000 faits par des ouvriers. On a calculé qu'en supposant qu'il y ait 5 ou 6 engagements pour un ouvrier (correspondant à l'époque des termes et à la morte-saison), il y aurait 200 à 250,000 ouvriers parisiens emprunteurs au raont-de-piété.
notre époque de créer, ou du moins de vulgariser de? institutions de prétijui, sans reposer en rien sur l'assistance, cherchent leur sécurité et la trouvent uniquement dans la parole de l'emprunteur, dans le développement des instincts de délicatesse et de fidélité à remplir les engagements contractés.
c( La banque des prêts iV honneur, disait éloquemment un document officiel publié en 1850, crée un nouveau signe du crédit. Ce signe, ce n'est pas le capital, c'est l'honneur : l'honneur dans le travail! l'honneur dans la famille ! l'honneur dans le respect des engagements ! La mission de la banque des prêts d'honneur n'est, en quelque sorte, que l'esprit de la famille étendu, agrandi, élevé à la dignité de l'esprit social. Pour que ce caractère soit bien constaté, son administration se compose précisément de toutes les influences tutélaires, morales et légitimes ; et son capital se forme avec des mises volontaires qui ne sont que le placement des épargnes du riche sur la probité et sur le travail des classes nécessiteuses, affranchies ainsi des tentations de la misère et des étreintes de l'usure. »
Un conseil nommé par les fondateurs, se réunissant périodiquement et décidant s'il y a lieu d'accorder le prêt demandé ; l'engagement verbal pris par l'emprunteur, accompagné de sa femme et de ses enfants, ou de ses père et mère, afin de donner à cet engagement une véritable solennité morale, et, suivant une heureuse expression, d'hypothéquer ainsi la dette sur l'honneur de toute une famille ; l'ouverture de deux registres : « l'un le grand-livre de l'estime publique de la commune, » oii s'inscrivent les noms de ceux qui ont tenu leur parole; l'autre (seule, mais bien efficace sanction), sur lequel figurent les noms des débiteurs de mauvaise foi : telle est en quelques mots l'économie du prêt d'honneur. L'usure, qui dévore si audacicusement nos campagnes et nos petites industries, efficacement combattue ; la propriété conservée, et les morcellements destructeurs des petits héritages entravés; le chcplel complété ; un utile essai dti culture rendu possible; l'expropriation désastreuse, le chômage forcé, l'épizootie et autres accidents de même nature, prévenus ou réparés; une dt,'tt(( impérieuse payée; un procès juste soutenu', tels sont quelques-uns des inappréciables bien-
' On le voit, il iiu s'agit pas ici d'un besoin gcncrui de nourriture ou de vêlements,