‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 205 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE XI

faits que rendrait l'institution si elle parvenait à s'étendre. Cette création si féconde, si moralisatrice, si utile, existe depuis longtemps en Italie; l'expérience en a été plus que satisfaisante. 11 n'y a rien à craindre des hommes, quand on fait, dans certaines conditions, un appel à leur probité. Dans notre France si loyale, qui vibre si vivement à l'expression de tous les sentiments généreux, l'expérience a pourtant à peine été tentée'. La fondation de M. le baron de Damas, à Hautefort; celle de M. Paul Dupont, à Saint-Assier ; celles de Chervais et de Tourtoirac (Dordogne), de Saint-Maixent (Deux-Sèvres), et de Beaumont (Nièvre), représentent la plus grande partie des efforts faits exclusivement en vue de ce but. A nos sociétés de secours mutuels, qui grandiront autant par la religion de l'honneur que par l'utilité des services rendus, il sera donné de vulgariser une pensée aussi éminemment remarquable par le but poursuivi que par les moyens employés, par les sentiments mis en jeu que par les résultats pratiques probables.

Dans les conditions actuelles de la vie rurale, on comprend l'échec de l'idée. Cette réunion de quelques hommes aisés, nécessaire pour former le capital, arrêter les bases de l'institution, régler les rapports financiers à établir, d'une part, entre l'institution et les emprunteurs ; d'autre part, entre l'institution et les prêteurs; déterminer le taux de l'intérêt ^, etc cette réunion n'était pas sans difficultés, en présence de l'esprit de routine qui étouffe dans nos campagnes les meilleures inspirations. Mais ce groupe indispensable d'hommes d'intelligence et de cœur, voyant les plaies sociales, et dans l'affranchissement du plus grand nombre, comprenant leur propre affranchissement, il existe dans nos sociétés de secours mutuels; il existe, et il sera seulement nécessaire de faire appel aux dévouements éclairés dont il se compose. Combien de membres honoraires vou-

mais de circonstances tout à fait autres : des embarras de la petite propriété, une détresse momentanée occasionnée par un accident, etc.

' Les efforts de la presse et du pouvoir sont demeurés à peu près stériles. Une circulaire ministérielle du iO février 1850 n'a été suivie d'aucun effet.

2 Le projet officiel de 1850 tenait compte aux fonds déposés de 3 fr. C5 p. 100, et exigeait des emprunteurs 5 p. 100; la différence de 1 fr. 35 p. 100, venant servir à couvrir les frais divers de registres , correspondances, etc. Le maximum des prêts était fixé à 200 fr.

dront ainsi, sans s'imposer d'ailleurs autre chose qu'un trèsminime sacrifice', contribuer à apporter des éléments sérieux au crédit populaire, basé sur la moralité de chacun, sur le travail et l'estime publique !

Dans un grand nombre de sociétés financièrement bien assises, nous ne verrions même pas d'inconvénients absolus à ce qu'on prélevât sur le fonds social la faible somme nécessaire à la mise en œuvre du prêt d'honneur. Une contribution spéciale, là où elle serait possible, serait cependant à tous égards préférable.

Quelle efficacité souveraine n'aurait pas, pour ces sociétaires déjà si avancés dans la pratique supérieure de la probité '^^ ce registre de honte, destiné à afficher l'homme qui n'aurait pas tenu sa parole! Et ne peut-on entrevoir, avec quelques-uns, le moment oii le seul refus de recevoir un prêt arriéré serait une sanction pénale suffisante?

Les sociétés de Figeac (Lot), de Pézenas (Hérault), de Raismes (Nord), et un assez grand nombre d'autres, sont déjà entrées dans la voie du prêt d'honneur.

Il y a là une mine féconde pour ceux qui comprennent les obUgations morales de la fortune, et qui ont foi dans la loyauté de leur pays .

• Voir j'n/'rà, partie 5% chapitre xvni. — Il pourrait même n'y avoir aucun sacrifice.

3 Pour les détails d'exécution, nous renvoyons au Projet de statuts de la banque des prêts d'honneur— annexé à la circulaire ministérielle déjà citée,— et au Bulletin des sociélés mutuelles, p. 173 et 271, année 185G; p. 25et302, année 1857.

La société de Figeac a prélevé sur son fonds de réserve le capital destiné à l'institution, Ce mode ne peut être conseillé à la généralité des sociétés. Dans la même société, la caisse des secours et celle du prêt d'iionneur sont gérées chacune par un trésorier ; le maximum du prêt est de 30 fr. ; la somme empruntée est remboursable par dixième. Nous citons ces détails pour prouver que l'institution est susceptible de s'adapter aux besoins les plus modestes.

Les prêts d'honneur sont organisés dans la société typographique parisienne. Ils ne peuvent déliasser •"jO fr. On exclut, après examen de moralité, celui qui a failli au remboursement. L'intérêt payé à 5 p. lUO et appelé impôt de bienfaisance est affecté à une caisse de secours aux veuves, aux orphelins, vieillards infirmes et incurables.

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