‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 206 sur 331 · MUTUELS · texte numérisé non relu

MUTUELS

L'éducation de l'ouvrier doit se continuer toute la vie. — Le livre.— Les bibliotlrèques populaires. — Comment elles doivent être co.'n[iri5es. — Prudence excessive : stérilité de l'er^seigncment. — La vérité se défend d'elle-même. — Il y a des livres virils et d'une morale inflexible. — Le point de vue littéraire — Besoins intellectuels du peuple. — Les Américains. — Résumé des tentatives faites en faveur des bibliothèques populaires; dans l'ordre spéculatif; dans l'ordre des faits. — Part de l'État, des communes, des associations privées. — Future part des dernières. — Les bibliothèques de sociétés mutuelles. — La partie mobile de la bibliothèque. — Les caisses circulatoires. — La société Franklin. — Coup d'oeil sur l'étranger. — Les Working men clubs. — Aspirations. — Les lectures du soir. — Les privilégiés. — Le possible actuel dans un village. — Cabarets et lectures. — Un mot sur l'enseignement musical du peuple : l'orphéon, les concerts populaires de musique classique.

L'exemple de l'Angleterre est là pour nous apprendre le bien immense que font les bibliothèques privées. C'est l'ouvrier qui cultive son àme en lisant les chefs-d'œuvre de la littérature j c'est la femme de l'ouvrier qui, le soir à la veillée, retient son maii au logis, près du berceau de ses enfants, La famille y gagne tout ce que perd le cabaret; la société y gagne tout ce que gagne la famille. On ne peut mettre de l'or dans toutes les bourses,mais on peut enri chir toutes les âmes.

(Ed. Laboulaye.)

Nous avons indiqué le rôle qui peut appartenir aux sociétés de secours mutuels dans l'enseignement intellectuel, moral et même professionnel des enfants des sociétaires. L'éducation cette puissance immense qui, prise dans son sens le plus général, paraissait à Leibnitz receler l'empire ou la transformation du monde * devra à l'association dans nos classes populaires des développements de plus en plus sensibles. Action tutélaire, et que personne ne saurait critiquer, dans quelque mesure qu'elle

« Donnez-moi l'enseignement public pendant un siècle, je changerai le monde. »

se produise ! Car, si beaucoup de personnes voient dans la théorie de l'enseignement plus ou moins obligatoire, l'État absorbant l'individu et se substituant plus ou moins à l'autorité paternelle, nul, nous l'avons dit, ne pourrait blâmer des ouvriers, des chefs de famille s'imposant réciproquement à eux-mêmes l'obligation d'envoyer leurs enfants aux écoles, des associations n'admettant que des individus consentant à s'imposer cette obligation. Étant donné notre système de liberté légale, en cette matière, l'influence purement persuasive des agrégations mutuellistes amènera pour sa part des résultats, sinon aussi importants, du moins plus méritoires que ceux qui eussent pu être obtenus par la contrainte. Elle est donc dispensée dans la mesure la plus large, cette éducation première qui, dès aujourd'hui heureusement, ne se contente plus de l'absolu nécessaire, cristallisé dans la vieille formule : lire, écrire, chiffrer, et va chercher dans l'ensemble des connaissances humaines des éléments de plus en plus étendus de savoir, c'est-à-dire de conservation. Il est combattu sous toutes les faces, dans la première période de la vie, ce dénûment moral qu'on appelle l'ignorance, aussi triste vraiment que le dénûment matériel ! L'instruction professionnelle elle-même est procurée, l'apprentissage sérieusement organisé; l'enseignement des premières années a répondu à la double condition de tout enseignement de cet ordre : il a été à la fois général et spécial. Mais est-ce là tout?

C'est quelque chose sans doute que l'enfant, quelque chose que l'apprenti ; mais nous avons affaire aussi à des hommes ; à des hommes chez qui il convient de ne pas laisser perdre la semence si laborieusement jetée; à des hommes dont l'intelligence, si elle n'est pas soigneusement maintenue dans la région des connaissances acquises, surexcitée même au delà de cette région, s';itrophiera au fur et à mesure que se développeront les aptitudes physiques dans un milieu de travail manuel.

Supposons que l'instruction élémentaire d'un ouvrier ait été sérieuse. Celte instruction, comme l'instruction secondaire ellemême pour ceux qui l'ont reçue, n'a été pour lui qu'une préparation à la vie, n'a pu que lui ouvrir l'esprit. Mais cette intelligence, qui a reçu le choc de l'idée, se fermera bien vite si elle ne reçoit pas jouruellemeut une impulsion nouvelle. Que

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