‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 210 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE XII

nouveau monde. « Il n'y a guère de cabane de pionnier, dit l'illustre auteur de la Démocratie en Amérique, oii l'on ne rencontre quelques tomes dépareillés de Shakespeare. Je me rappelle avoir lu pour la première fois le drame féodal d'Henri V dans une Log-House. «Sont-ils cependant plus instruits que nos ouvriers, ces Américains émancipés? Ont-ils reçu plus qu'eux cette éducation littéraire qui n'est, au surplus, nullement nécessaire pour comprendre les beautés générales de la littérature?

Sont-ils enfin d'une moralité plus vigoureuse que nos ouvriers français? La réponse n'a pas besoin d'être formulée '.

M. Léon Faucher, dans ses Études sur V Angleterre, raconte que l'on a vu quelquefois des mechanics institutes se donner jusqu'à l'aristocratique plaisir d'entendre , à raison de vingt livres sterling par soirée, M. Ch. Kemble leur lire une pièce de Shakespeare ^. Qui n'a remarqué parmi nous, lors de ces fêtes qui convient le peuple à la représentation des chefs-d'œuvre de notre scène, les transports d'admiration et l'émotion profonde que provoquent chez lui les mâles pensées de Cinna, de Polyeucte ou d'Horace ? Ah ! sans doute les délicatesses de convention et les effets cherchés qui séduisent d'autres esprits , laissent le peuple insensible : il n'entend guère la langue de Marivaux, ou des auteurs qui en procèdent; mais qui oserait dire qu'il n'est pas accessible à la vraie grandeur et à la rude réalité des maîtres; que Corneille, Molière, et même Schiller, ou Gœthe, ou Shakespeare, le laisseraient indifférent?

' Il s'agit ici, nous le savons, de bibliothèque et non de théâtre ; la lecture n'a pas les leçons immédiates et pénétrantes de la scène ; mais, nous le savons aussi, l'école des livres est toujours ouverte, et son rayonnement continu. Ce que l'enseignement ne

' Dans le seul État de New-York, l'institiitinn des bibliothèques d'écoles, recevait avant la yuerre, du trésor public de cet Ktat, une subvention de 280,000 francs par année, et la commune s'imposait annuellement une somme éyalc. D'après le rapport officiel de 1850, les bibliothèques d'écoles ne comprenaient pas moins de 1,409,15'! volumes.

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On cite aussi un seul magazine publié à Edimbourg, et qui, lu surtout dans les districts manufacturiers, circule à 85,000 exemplaires dans la Grande-Hretagne. I.e seul Lanci^hire en reçoit 20,000 exemplaires.

peut avoir en mouvement et en puissance, il le gagne donc par un commerce de toutes les heures.

En résumé rejetant tout à fait ici les conventions qui ont cours dans certaines régions littéraires, — que l'émotion obtenue est tout ce qu'on peut demander àl'écrivain, — il faut avant tout une morale inflexible, humaine généreuse. Il n'y a du reste qu'une morale ; il faut celle là. Mais il faut aussi parler au peuple la vraie langue, la seule langue. S'abaisser comme on le fait quelquefois dans l'intention de l'attirer plus vite, à la langue qu'il parle avant son émancipation intellectuelle est de toutes les pensées la plus fausse. Une littérature, quelle qu'elle soit, n'aura jamais assez de chefs-d'œuvre pour faire vibrer l'âme neuve et forte de l'ouvrier.

« Tous ceux qui ont étudié notre littérature au XVII* et XVIII^ siècles, a dit un des juges les plus compétents de ce temps-ci ', ont remarqué que ce qui en fait la force et le charme, c'est un fonds commun d'idées générales, un patrimoine de sentiments à la fois simples et grands, qui la rend aisément universelle.... Nos grands poètes et nos grands écrivains ont eu l'art d'exprimer mieux que la foule les grands sentiments et les idées générales de l'humanité,... de dire mieux que tout le monde ce que pense et ce que sent tout le monde... » Que les premiers parmi ceux qui tiennent une plume essaient donc de donner une voix à cette âme profonde de la foule; qu'ils appliquent leur génie à un but dont aucun autre ne dépasse la grandeur et ils verront ce génie se retremper. La vibration sera renvoyée à sa source et le maître lui-même profitera de la leçon qu'il aura donnée : de littéraire, il sera devenu éloquent. Telles sont, suivant nous, les saines idées en matière de bibliothèques populaires ; voyons maintenant et en quelques mots, ce qui a été tenté jusqu'à présent.

Ici, et nul n'en sera étonné, les premiers efforts viennent de la propagande religieuse. De même que les Anglais ont the pure literature Society, the religions tract Society, the Christian Knowledge '*; les Suisses, la Bibliothèque iCédificatiun ; V Union chré-

< M. Sainl-MarcGirardin : Discours |irunuiicé à l'ouverture des conférences uu piulit dus blessés polonais, 1804.

'•< Les associations qui soutiennent et l'omlenl les écoles fournissent les mobiliers scoliiifs et publient îles journaux; la Socii'ld nationale, la Société dvs écoles brilan-

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