‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 213 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE Xll

klin, leurs bibliothèques de circulation. Que quelques membres honoraires, dans chaque société, entrent avec un peu d'élan dans cette idée, presque instantanément des milliers de sociétés de secours mutuels auront leur bibliothèque * et une œuvre d'une portée incalculable aura été fondée '.

Utopie ou non, en admettant qu'il faille décidément appeler utopie de ce côté-ci du détroit ce qui se passe sans encombres d'aucune sorte de l'autre côté, nous avions rêvé pour les sociétés mutuelles à un moment donné beaucoup mieux encore que les bibliothèques circulatoires du meilleur choix.

Eu Angleterre les mechanic institutions^ les working men clubs^ cercles destinés aux artisans et aux ouvriers, — dont l'illustre Locke a donné l'idée et dont la fondation effective remonte à près de 50 ans, — offrent non-seulement des bibliothèques \ non-seulement des musées industriels, des collections de journaux et de revues, mais encore des cours sur les sciences appliquées aux arts et sur les branches les plus usuelles des connaissances humaines. On a fait le calcul que quatre cents de ces établissements possédaient ensemble plus de cinq cent mille volumes dans leurs bibliothèques, et donnaient plus de quatre mille leçons sur des sujets divers. Ils sont tellement appréciés chez nos voisins qu'un acte du Parlement de 1843, les a affranchis de toute contribution locale. Nous ne parlons pas des bibhothèques annexées aussi, chez nos voisins d'outre-Manche, à plusieurs grandes manufactures, et destinées aux travailleurs qui y sont employés {tvorkmens librairies).

' Quant au règles d'ordre dans l'intérieur de la société, elles sont de la plus grande simplicité. La Société Franklin envoie du reste des registres ad hoc. Pour l'ensemble des livres d'une bibliothèque populaire, d'après le Lecteur (recueil mensuel), il suffit d'un catologue ou registre préparatoire de livres, d'un livre des abonnés ou sociétaires, et d'un livre de caisse. Les sociétés doivent se hâter d'autant plus d'avoir des bibliothèques, qu'elles seront particulièrement utiles à leurs malades et à leurs convalescents.

2 Ce n'est pas, disons-le, sans quelque élonnement, que dans aucun des écrits sur les bibliothè(iues populaires, nous ne voyons citer les sociétés de secours mutuels comme des forces qui peuvent amener celte création. Il est évident que les sociétés de secours mutuels ne sont pas connues et que beaucoup de personnes, même très-éclairées, n'y voient qu'un moyen, pour les ouvriers, de s'aider dans leurs maladies.

3 Les ouvriers emportent les livres chez eux moyennant une légère rétribution. Certaines mcchanics institutions sont même pourvues d'un casino (à Sliel'field, par exemple}. Le plaisir s'unit donc à la science. A côté du musée industriel et de la salle de cours s'ouvrent, à certains jours, les salles de danse et de concert.

ilO DU PAITÉRISME.

A coup sûr, nous sommes singulièrement loin en France de pareils résultats '. Cette initiation industrielle, qui suit l'ouvrier anglais d'un bout à l'autre de sa carrière ' ; ces cours usuels et élémentaires de dessin industriel, de chimie, de comptabilité, de géométrie, de physique et de mécanique appliqués aux arts ^ ; ces leçons d'hygiène, ces petits musées de modèles industriels et même artistiques, collections d'épreuves agissant sur l'esprit par les yeux ; tous ces bienfaits enfin assurés, non pas par l'État, mais par des associations privées, on ne peut préciser l'époque où nos sociétés de secours mutuels agrandies en tenteront seulement l'application, l'époque où nos ouvriers sociétaires procéderont par eux-mêmes à cette entreprise si difficile de leur éducation artistique et intellectuelle. Une application utile des usages anglais et américains pourrait cependant être tentée : nous voulons parler de ces lectures du soir qui ont tant de succès à Paris depuis quelques années, que l'administration elle-même cherche à répondre dans les centres les plus éloignés * et qu'on ne multipliera jamais dans d'assez larges proportions.

Heureux l'ouvrier parisien qui peut laisser là les plaisirs grossiers, et les théâtres à exhibitions plastiques, pour aller entendre les maîtres de la pensée et de la parole, satisfaits et honorés de contribuer à rapprocher les classes vouées aux travaux de l'esprit, de celles qui demeurent livrées à des travaux matériels. Bénies soient les années qui ont vu ces premiers contacts, car » la paix sociale de l'avenir est dans le rapprochement libre et tranquille de tout ce qui pense et de tout ce qui voudrait penser *. »

' A Mancli.slpr, les liàtiments seuls du cercle, ont coulé 800,000 fr. ; la bibliothèque a 10,000 volumes; 32 professeurs enseif;nent 3,000 élèves.

2 D'après le frrantl principe formulé par le célèbre économiste italien (iioja, « iiuc l'action intellectuelle est aussi nécessiiirc au |iliénomèue de la iiroduction que l'aclion physique. »

3 On a été jusqu'à fonder des cours nomades pour les populations clair semées de la Suède et de la Norwé^e. ÎSotre département du Douhs a eu quel<|ues-un8 de ces cours nomades.

* Circidairede M. Duruy, du 1" octobre 1864. ' De Rémugat, Journal des d/boU, '20 août 1804.

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