‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 214 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE XII. 4H · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE XII. 4H

Les mutuellistes des petites villes ou des communes rurales ne peuvent avoir de semblables privilèges. Mais d'abord ce n'est pas, nous le répétons, à des milliers de lieues de nos côtes et sans imitation possible que lord Carlisle, par exemple, a parcouru tout un grand pays pour raconter de ville en ville aux ouvriers anglais ce qu'il avait remarqué parmi les ouvriers des États-Unis? Ce n'est pas dans un pays imaginaire que lord Brougham et cent autres ne laissent pas échapper une occasion de s'adresser à un auditoire de travailleurs. Ensuite, — et sans attendre pour commencer, de pareilles bonnes fortunes, — qui empêcherait, au fur et à mesure que l'instruction se répandra, qui empêcherait tout simplement un homme de bonne volonté, un membre honoraire intelligent, d'appeler de temps en temps autour de lui les sociétaires dans le local habituel de leurs réunions, et de faire, non pas une leçon académique, mais une conférence instructive et pratique sur tel ou tel sujet approprié, une lecture avec commentaire, au besoin une simple lecture? Il a été dit plus haut avec quel succès avaient eu lieu déjà les conférences médicales sur l'hygiène ; ceci serait pour l'esprit une non moins utile application. Nous avons vu mentionner quelque part une pétition de carabetiers d'une petite ville de province contre des séries de lectures qui les avaient privés d'une grande partie de leurs clients. Puissent un jour pétitionner ainsi les cabaretiers de la plupart de nos villes. Les hommes qui, sans autre pensée que celle du bien public, auront mis à profit leur expérience, et provoqué de telles désertions, pourront les considérer comme un fait honorant leur vie.

Quoi qu'il en soit de ces aspirations diverses, une chose est dès à présent, et sur l'heure même, praticable; c'est la bibliothèque ; et pour cela nous sommes bien sûr de ne pas prendre le désirable pour le possible, le rêve pour la réalité. La collectivité gagne tout ce que gagne l'individu. Cette pensée est trop fortement gravée dansl'esprit des sociétés mutuellistes, pour qu'elles n'en fassent pas sortir peu à peu toutes les déductions qu'elle renferme. La bibliothèque populaire, instruisant et moralisant le lecteur autour même de son foyer, sera certainement l'œuvre de cette mutualité intelligente qui déjà, dans un ordre d'idées parallèles, comprend l'action tutélaire des amusements sur l'es-

prit de rhomme ' ; dont les fêtes « appellent le concours des arts et font goûter aux sociétaires les plaisirs délicats de l'intelligence ^, » et qui peut même apporter son contingent au développement de cet autre grand moyen d'enseignement et de cohésion des classes pauvres, la musique.

Résumant les idées très-proiondes d'un auteur allemand sur le pouvoir social de la musique, M. Cherbuliez dit que ce pouvoir résulte de ce que la musique « agit sur le développement intellectuel et moral, individuel et collectif des membres de la société. La musique est à la fois un moyen d'éducation et un moyen d'association. Elle peut lutter contre la démoralisation et l'individualisme, c'est-à-dire contre ce qui constitue précisément les tendances fâcheuses de la civilisation moderne. Elle lutte réellement si elle devient un élément essentiel de la vie sociale, non si elle reste un simple passe-temps des gens du monde et des oisifs ^. «

S'il est vrai que « tous les hommes sans exception possèdent un instrument de musique dont il n'est pas plus difflcile de leur apprendre à faire usage, qu'il ne l'est de leur apprendre à lire, à écrire, ou à compter, » s'il est vrai « qu'aucun degré de misère ne prive l'homme de sa voix et qu'aucun travail ne l'empêche de chanter ou d'entendre de la musique *, » pourquoi les agrégations mutuelles qui dans nos campagnes embrassent déjà sur tant de points tous les jeunes hommes de la commune, ne pourraient-elles aider en rien l'expansion de ces sociétés d'orphéons, dont la Grèce antique eût fait des institutions nationales, dont notre légèreté commence à comprendre la véritable portée ^

• « Amener les ouvriers à se récréer ensemble pour éviler le cabaret et prendre le goût (Je la vie de famille, » est une des (piestions posées et traitées par les ouvriers allemands au conf-Tès de Francfort (con},'rcs de juin I8()3). Les plus intelligents parmi les ouvriers savent bien quelle est l'étendue du mal à combattre sur ce point.

8 Happorl pour 1800, |t. x.

' I-Uudes sur Ifis causes de In misère, |i. 301.

Ciluik, Mozart, la musique larj:e, et en particulier la musique d'église, voilii les éléments les plus sérieux de l'éducation nuisicale du pcujile.

*ubisup.,p.:m.

1^ Est-ce que le pouvoir d'uuiuu et de pacilicatiuu de la iuusi(|ue sur lésâmes les moins préparée» n'est pas attesté jtar l'bistoire?... C/csl après avoir entendu un Te Deum d'Hîrndel, composé à l'occasion de la paix

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