‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 215 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE XII

Indépendamment du fait des orphéons, l'initiation du peuple aux grandes jouissances de l'art s'est du reste marquée dans ces dernières auiiées par un autre fait non moins important : la fondation des concerts populaires de musique classique. On avait dit mille fois qu'il n'était pas besoin d'être un savant musicien, pour percevoir les beautés souveraines de Mozart, d'Haydn ou de Beethoven, pas plus qu'il n'est nécessaire d'être peintre pour jouir de la vue d'une œuvre de Nicolas Poussin ou de Véronèse. Les milliers d'auditeurs attentifs et intelligents qui, l'hiver, se pressent chaque dimanche dans un des plus vastes amphithéâtres de Paris, et dont un très-grand nombre appartiennent à la classe ouvrière, ont donné à cette vérité la démonstration de l'évidence. Ils ont prouvé, en outre, que le peuple qui, par désœuvrement, est capable de pousser jusqu'à l'orgie l'abus des refrains stupides ou ignobles, ne demanderait pas mieux que d'être amusé autrement. Ceux qui écrivent à propos des excursions en province du directeur des concerts populaires, que « M. Pasdeloup a voulu commencer par Rouen ses prédications musicales » écrivent une chose, outrée comme expression, mais qui, au fond, est plus qu'un paradoxe d'artiste. La réunion des publics les plus divers dans les mêmes sympathies, les mêmes émotions, les mêmes admirations saines et fortifiantes, est une œuvre de haute civilisation '.

d'Utrecht, que le roi Georges I" signa, comme illuminé par une impression subite, une amnistie qu'il avait peu auparavant opiniâtrement rel'usée. Le chant d'Haydn : Dieu con&erve l'Empereur! passe pour avoir excité, dans un genre d'effet différent, autant d'enthousiasme que notre Marseillaise. D'autres exemples très-nombreux indi(iuent qu'il y a certainement autre chose qu'une fantaisie de rêveur dans cette pensée de l'auteur allemand, dont nous parlions tout à l'heure. « Le peuple, en prenant du goût pour les études musicales, deviendrait plus a[ipliqué, plusrénéchi, jdus accessible aux émotions douces, l'ruit de l'effet de l'harmonie. Il comprendrait la liberté individuelle, datis ce sens que sacrifier quelque chose, dans l'intérêt de tous, c'est augmenter les idées d'ordre, c'est se rendre utile à ses semblables, c'est gagner leur affection et se placer haut sur l'échelle des choses morales. L'homme qui sait se subordonner en musique dans l'intérêt général, de l'exécution parfaite d'une composition musicale qu'il aura ajipris à aimer, le saura bientôt dans le monde social. »

' Pour ne citer qu'un exemple entre mille, dans les écoles de réforme belge la musique est enseignée comme un moyen de moralisation.

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