PARTIE V, CHAPITRE XIV
bien aussi accuser on France d'ingérance abusive, sans qu'on l'en accuse le moins du monde en Belgique : — « pour faire faire aux habitants des campagnes l'apprentissage do la mutualité et de l'association, il faudra, dans un grand nombre de cas, leur offrir une société toute faite, dont ils n'aient qu'à adopter les statuts. Ce sera l'œuvre de quelques hommes de zèle et de dévouement ' . »
Nous avons dit plus haut avec quelle vivacité les hommes les pins compétents d'Angleterre désirent voir adopter par le Parlement le bill présenté par M. le marquis de Lansdowne, pour la création d'une société de secours mutuels dans chaque paroisse avec allocation par la paroisse d'une subvention pouvant atteindre 2 5 p . 1 00 du montant des cotisations fournies par les m ombres, et garantie, en cas d'insuffisance de la société pour satisfaire à ses engagements envers ses membres. Ceci est évidemment une forme d'ingérance bien autrement accusée que l'article l"du décret du 26 mars 1852, qui au fond n'est qu'un conseil et un désir. Nous devons ajouter, du reste, que le Parochial friendly societies bill, pour être compris, doit être rapproché de la législation sur la taxe des pauvres, et nous semblerait mauvais sous tout autre régime. Pour l'Angleterre, elle y trouvera vraisemblablement, s'il est adopté, l'heureuse transformation de ce funeste système.
Ainsi donc, dissiper les préjugés, détruire les préventions, démontrer tout ce que la société mutuelle apporte à ses membres de moralité et de bien-être, s'efforcer d'en faciliter les commencements par une intervention personnelle, tel doit être le but de tous les esprits éclairés des campagnes. Malgré ce déplorable absentéisme, dont les effets relativement aussi fâcheux chez nous, — quoique beaucoup moins marqués — qu'en Irlande ^, pourraient d'ailleurs être combattus par des ahments de divers ordres donnés à la vie communale, les propriétaires résidents, doués d'initiative et de bon vouloir, sont encore trop nombreux pour que nous doutions des résultats, pour que nous n'ayons pas Ja
' Rapport pour 18G0, — passage suivant la cilation du fait français du Jura.
2 D'après le livre de VIncle moderne, par Campbell, l'absentéisme des Anglais qui retournent dans la mère-patrie, lorsque leur fortune est assurée, diminue aussi dans des proportions énormes la prospérité des Indes Orientales.
confiance que les campagnes, elles aussi, verront se généraliser, à un moment donné, cette grande et belle institution. L'intérêt de la société tout entière, et celui des classes déshéritées s'unissent ici d'une manière trop étroite pour que le succès ne soit pas chaleureusement poursuivi. 11 y aura une association partout où un homme intelligent et de bonne volonté voudra fermement qu'il y en ait une ' . L'organisation sera beaucoup moins difficile, partout oîi le fonctionnement d'une institution voisine aura fait toucher du doigt aux plus incrédules les avantages positifs de l'idée. Cependant si le lecteur voulait ici savoir le fond de notre pensée, nous lui avouerions que, suivant nous, l'instituteur seul, c'est-à-dire l'institution primaire seule généralisera absolument la création des sociétés de secours mutuels ^.
* Se plaçant à un point de vue spécial, on a espéré que l'accroissement des sociétés mutuelles dans les campagnes y amènerait une augmentation utile dans le nombre des médecins, lesquels, eux aussi, sont de plus en plus attirés vers les villes. L'espoir d'une clientèle dont les éléments se trouveraient dans les relations créées par la visite des sociétaires, serait un stimulant pour les praticiens. Cette considération mérite de ne pas être oubliée.
2 Mentionnons à cette place l'intelligente initiative du Grand-Conseil de Marseille, qui, « au moyen de succursales et de correspondants dans les chefs-lieux d'arrondissement, de canton, de commune, s'efforce de préparer les voies et de vaincre les répugnances de la majorité des habitants des campagnes et parfois, il est pénible de l'avouer, de leurs municipalités. » — La dernière partie de l'obst-rvation est malheureusement trop vraie. On pourrait citer telle localité oii une réunion de l.'iOà'îOO ouvriers, désirant la formation d'une société de secours mutuels, a vu la mairie et le conseil municipal lui objecter que l'existence d'un hôpital et d'un bureau de bienfaisance dans la commune, rendait une telle fondation inutile