‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 226 sur 331 · PARTIE V, CUAPITRE XV · texte numérisé non relu

PARTIE V, CUAPITRE XV

dation mutuelle serait à coup sûr pour l'individu qui en deviendrait l'objet, d'une bien autre efficacité que le simple don qu'on lui aurait attribué de la même somme ; mais de cet individu on aurait fait le bénéficiaire d'une opération ingénieuse tentée pour lui, en dehors de lui, et non un homme s'élevant sans cesse à un plus haut degré de valeur morale, par ce renoncement à l'instinct de chaque jour, qui est la plus mâle de toutes les vertus. On aurait créé une catégorie particulière de secourus et non des membres libres d'une société mutuelle. Nouvelle et émérite application de l'assistance, mais uniquement de l'assistance !

Il existe en France et ailleurs certaines sociétés de réciprocité qui sont plutôt des caisses d'assurances que de secours mutuels ; 011 les souscripteurs ne se connaissent pas entre eux et qui, par conséquent, moins que d'autres peut-être ^ , éprouveraient de répugnance à recevoirdes tiers des versementsau nom de tel ou tel souscripteur fictif. Encore une fois, sans contester que ce mutuelliste d'un ordre inférieur puisse, suivant un tel procédé, recueillir 100 quand on aura versé 10 pour son compte, nous verrions avec regret que même auprès de ces caisses un pareil précédent fût établi. Notre regret serait le même si, chose plus difficile, plusieurs grandes institutions charitables, se mettant en devoir d'assurer elles-mêmes leurs pauvres, les réunissaient en tontines spéciales en payant une prime pour chacun d'eux.

Dans ces applications tronquées, il y aurait selon nous pour la mutualité sérieuse et digne la possibilité d'une confusion, d'un temps d'arrêt, ou même d'une déviation des plus funestes.

Peut-être avons-nous été trop loin dans cette sorte de critique anticipée d'une idée très-sommairement déduite; et qui se borne, sans doute, à vouloir favoriser Vintroduction des ouvriers dans les sociétés de secours mutuels, sauf à les laisser ensuite demander à leurs propres forces les ressources nécessaires pour s'y maintenir. Quoi qu'il en soit, ces quelques observations n'eussent-elles servi qU a mettre en lumière une fois de plus de

' Il est grandement douteux, en effet, qu'il se trouvât, en définitive, beaucoup de sociélcs mutuelles consentant à admettre des membres dans de telles coiulilioiis. II. • '2.S

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quelle utilité les institutions de bienfaisance générale peuvent être pour les sociétés mutuelles au point de vue d'un patronage intelligent et mesuré ', elles n'auraient pas été tout à fait inutiles.

C'est le moment de spécifier, aussi que, suivant nous, et dans les limites qui viennent d'être tracées, le rôle que la législation anglaiseattribueraprochainement, suivant toutes lesprobabilités, aux paroisses en matière de création et de protection des sociétés mutuelles *, nous semble devoir, e'n France, être rempli par les institutions charitables, par les sociétés philanthropiques. Ainsi se resserrera très-utilement pour tous et sans secousse aucune le cercle de l'assistance ; ainsi s'élargira celui de la pré- \oyance et de la dignité personnelle, de la vraie moralisation ^.

Le nombre des membres d'une société doit, nous l'avons dit, ne pas être assez considérable pour qu'ils ne puissent pas se connaître individuellement et exercer les uns sur les autres une surveillance utile ; il doit cependant être assez grand pour permettre l'application des calculs deprobabiHtés, empêcher l'existence de la société d'être menacée au moindre accident imprévu et ne pas laisser la puissance de l'association s'énerver par l'éparpillement indéfini des groupes. Tous les jours cependant, et bien que la propagande soit certainement l'un des principaux devoirs de tout sociétaire intelUgent, nous voyons des sociétés dans l'obligation de se dissoudre faute d'associés.

M. Pétrus Passant, président de la 120* société de Lyon, a eu, à ce sujet, une idée très-ingénieuse qui nous semble mériter d'être généralisée dans les débuts des sociétés : c'est de rendre obligatoire pour tous leurs membres, sous peine d'une amende, le recrutement de la société, jusqu'à ce qu'elle ait atteint un effectif déterminé.

CoiisuU^rant, a dit la société dont nous parlons, que les membres du bureau ne sauraient rester seuls chargés de veiller h raccroisscment du personnel sans laisser en souiïrance d'autres parties non moins importantes du service qui leur est conlié ;

* Kl, (iiins ce sens, il est évident que leur action pourrait être immense et qu'elle ne sautait être excessive.

3 Uili Shelhurne.

^ Voir, (luns ce sens, Rapport belge, 1861, p. 13.

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