‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 23 sur 331 · PARTIE IV, CHAPliiii: III · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPliiii: III

bres ou dangereuses : c'est-à-dire, d'une part, ceux qui travaillent le mercure, le cuivre, la céruse, l' eau-forte, l'huile de vitriol, etc. ; d'autre part, les couvreurs, les carriers, les badigeonneurs, les mineurs, les puisatiers, les chauffeurs, quelquefois même les maçons, les charpentiers, les peintres en bâtiments, les fumistes. — Une société de la banlieue de Bordeaux déclare que tout membre qui ferait partie du corps des sapeurspompiers de cette ville n'aura droit à aucun secours pour blessures provenant d'incendie. —

Certes, ces diverses exclusions sont déplorables, en se plaçant uniquement au point de vue de l'humanité ; car elles frappent les travailleurs qui, plus que tous les autres, ont besoin des avantages de la mutualité : on ne saurait pourtant reprocher sérieusement, aux sociétés qui les prononcent, de veiller à leur propre conservation ^ M. de Gérando, cherchant dans son Traité sur la bienfaisance, la solution de cette difficulté, recommande aux ouvriers des professions exclues d'organiser des sociétés entre eux, en s'astreignant à un taux de cotisations plus élevé. Ou a fait remarquer avec raison que le salaire des ouvriers de la plupart de ces professions n'étant pas sensiblement plus élevé que ceux de leurs camarades, l'organisation conseillée n'était guère possible en fait ^. Le jour où il serait prouvé cependant qu'il est complètement impossible aux travailleurs des professions dont nous parlons, soit de créer utilement des sociétés entre eux avec les ressources de leurs propres salaires, soit de se faire admettre dans les autres sociétés, il serait difficile de ne

' Le projet de règlement conçu en 1844, par M. Debouteville sti|iule pour les sociétés la faculté de ne pas admettre les ouvriers des professions défavorables à la santé.

2 D'après M. Villerraé {Annales d'Jiygiène, t. III, p. 261), une association de tisserands, composée de 1,115 membres, a compté, pendant une année, 23,800 journées de maladie, tandis qu'une société d'ouvriers bijoutiers, dont la journée de travail se paie bien plus que celle des tisserands, composée de 2,747 individus, n'a eu que 17,675 journées de maladie ; en sorte que les maladies des premiers ont été à celles des seconds, eu égard à leur fréquence ou à leur durée, dans les rapports de 21.35 à 6.43; c'est-à-dire que les tisserands ont essuyé, l'un dans l'autre, trois fois autant de maladies que les ouvriers bijoutiers.

M. M. de Jonnès, dans un article sur la consommation de la viande, cite la société mutuelle de la boucherie de Paris, ((ui compte un grand nombre de membres constamment occupés aux travaux les plus rudes, et qui cependant, — nous le constaterons plus loin nous-méme, — a moitié moins de malades que les autres sociétés.

pas faire céder la rigueur du principe en matière de prévoyance et de ne pas reconnaître l'utilité des membres honoraires comme venant rétablir l'équilibre et combler le déficit produit dans ces associations spéciales. Quand il s'agit d'hommes travaillant pour tous sans compensation suffisante dans leur salaire et sacrifiant leur existence pour assurer notre bien-être *, qui aurait le courage de rester dans la spéculation pure ^? Pour certaines d'entre les professions dont il est question ici, — et en ce qui concerne les accidents proprement dits (charpentiers, maçons, etc.), — la caisse générale d'assurances dont il a été parlé plus haut^ est sans doute destinée à être du plus grand secours.

Les causes d'exclusion prévues par les statuts sont assez nombreuses. Aucune société ne se départit, relativement à ses membres, des conditions de moralité qu'elle exige de ses candidats : le sociétaire qui a subi une condamnation judiciaire pour un fait contraire à l'honneur; celui dont la conduite donne lieu à des reproches permanents, ou dont l'intempérance est habituelle, est impitoyablement exclu. Il en est de même de ceux qui, chargés des fonctions de visiteurs, ne rendraient pas un compte exact de leur mission; des administrateurs infidèles, ou même des membres qui ne paient pas leurs cotisations aux époques indiquées par le règlement. (L'exclusion, en ce cas, est prononcée après un délai qui varie de trois à six mois*, et qui, en fait, est souvent prolongée.) Il est clair que les suspensions provenant de circonstances particulières dignes d'intérêt ne doivent pas être traitées, en ce qui concerne la mesure de ces prolon-

* On rem;irqueen tête du règlement des doreurs sur métaux celle touchante inscription : « Re|ioussés de |inrtout, ils se soutiennent eux-mcnies. »

En octobre 1803, il s'est tenu à liariiesley, dans le comté d'York, en Angleterre, une grande asscmldée de l'union des mineuis. A celle réunion, où assistaient 10,000 mineurs venus de toutes les mines du pays (il y a 300,000 ouvriers dans les mines de charbon d'An^'lelerre), un orateur lit connaître ceci: Tandis que la vie moyenne de l'ouvrier agricole anglais est de quarante-trois ans ; celle du mineur ne s'élève pas à plus de vingt -sc|tt années !

■■'M. Huhbard recommande jiour ce cas la |iarlicipation active des membres honoraires.

» Pages 8 et suiv., t. ii.

* Avant l'expiration de ce délai, on décide quehpiefois que le membre arriéré ne recevra du trésorier aucune feuille de visite, cl par conséquent ne participera à aucun des avantages de la société. C'est au médecin à atténuer dans la pratique la rigueur de

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