PARTIE V, CHAPITRE XV
vie*. Non-seulement elles ne font appel à aucun sentiment mauvais, mais, à la différence de toutes les autres assurances, elles ne s'adressent en rien à l'intérêt personnel du contractant. Elles exigent qu'il fasse un effort sur son égoisme ; — c'est sa famille qui seule profitera lorsqu'il ne sera plus, des sacrifices qu'il se sera imposés. Il n'aura pas même de son vivant cette fière et amère satisfaction de l'homme qui voit ses privations personnelles les plus dures profiter à ceux qu'il aime, pourvus d'abondance et de bien-être parce qu'il n'a pas songé à lui. En' vain dira-t-on que la vie est hors de prix et ne peut devenir la matière d'un contrat. La vie est, au contraire, si la sécurité d'une famille en dépend, une valeur dont la quotité est tous les jours appréciée par les tribunaux, lorsqu'il y a eu mort accidentelle et que l'accident peut être imputé à un tiers. Nos mœurs, si souvent plus accessibles aux innovations anglaises, ont repoussé longtemps ces fortes combinaisons de l'assurance sur la vie qui reposent cependant sur un principe identique à celui sur lequel s'appuient les assurances maritimes, les assurances en cas d'incendie, les assurances en cas de pertes agricoles : la répartition sur la masse par le moyen de l'association des dommages provenant d'un accident isolé. Depuis plus d'un siècle les mœurs de la famille anglaise, surtout dans les classes aisées, avaient été révolutionnées par des applications qui commencent à peine aujourd'hui à se faire examiner, et ensuite accepter chez nous.
Et maintenant si les classes aisées, si le père de famille qui laisse un patrimoine ou un commencement de patrimoine à ses enfants, reconnaissent les avantages de l'ingénieuse institution qui améliore des situations ébauchées ou acquises, de quelle utilité ne serait-elle pas pour ces classes moins favorisées dans lesquelles les deux bras d'un homme sont le plus souvent les seuls capitaux de tous les siens?
Très-bien, fera-t-on observer, — mais le salaire? Comment économiser sur un salaire insuffisant cette nouvelle prime dont l'accumulation seule pendant de longues années amènera le résultat désiré, à savoir : la sollicitude paternelle de l'ouvrier
' T. II, p. 182 à 184.
survivant à l'ouvrier lui-même et protégeant ceux qui désormais doivent se passer de lui? Ceux qui ont lu celivre depuis sapremière page savent que cette objection-là n'est pas nouvelle : nous l'avonstrouvée essayant de battre en brèche lescaissesd'épargne, les caissesde retraites, les sociétés de secours mutuels dans leurs rapports avec la maladie. Les faits y ont déjà répondu et ils y répondront encore pour l'application nouvelle. Les salaires sans doute doivent être augmentés ; les efforts de la civilisation détermineront chaque jour avec plus de justice la part revenant au travail dans le produit industriel ; les ouvriers eux-mêmes, — les plus intelligents d'entre eux, — ont déjà pris la question en mains et s'associeront de plus en plus, par exemple, pour rapprocher le producteur et le consoram.ateur. L'avenir apportera donc des améliorations certaines. Mais, même dans l'état actuel des choses, il n'y a pas entre les salaires anglais et les salaires français une différence telle que ce qui est possible, que ce qui est recherché avec tant d'ardeur de l'autre côté de la Manche, ne soit pas possible, ne puisse pas être recherché et obtenu chez nous. Profitons donc de l'expérience de nos voisins; profitons même de leurs fautes. Seules les combinaisons fondées sur les grands nombres peuvent réaliser la probabilité vraie et amener le succès réel de l'assurance. En Angleterre quelques-unes des immenses sociétés que nousavonsdécritessonten situation de s'assurer ellesmêmes, de recevoiret de faire fructifier elles-mêmes les cotisations de leurs membres en vue du décès. Si les sociétés dont nous parlons sont loin d'avoir toutes réussi dans cette tâche, c'est à beaucoup d'égards leur faute, nous l'avons vu, et il est à croire que la secousse que leur a récemment imprimée le Government annuities act les amènera à donner des preuves plus positives de ce qu'elles peuvent quoique isolément. Même en Angleterre cependant, les plus grands efforts des hommes spéciaux ont porté, — sans succès jusqu'à présent, nous devons le dire, — vers l'affiliation des friendly socielies aux compagnies spéciales d'assurances afin de mieux garantir tous les risques ^.
« Nous avons sous les yeux un prospectus et un compte de la Royal liver. On ne se douterait pas à lire ces textes qu'il s'agit d'une des friendly socielies contre lesquelles a le plus fulminé M. Gladstone en 1864 (voir t. !, p. 308).
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