‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 234 sur 331 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

DE LA CRÉATION d'uN SYSTÈME DE MUTUALITÉ AU SECOND DEGRÉ ENTRE LES DIVERSES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS.

Les précédents anglais, français, belges. — Importance mais difficultés de l'idée. — Discussion de la Société d'Économie charitable sur la question. — MM. Balbie, de Melun, A.Lemercier, Ducpétiaux, etc. — Le pour et le contre. — Conclusion; réduction de l'idée à ses véritables proportions. — La balance du bien et du mal. — Il n'y a pas de créations sociales sans dangers.

L'association est l'idée dominante de la classe ouvrière^ — Elle constitue une question qu'on pourra réussir à ajourner quelque temps, mais qu'on u'éludera pas. — Il faut prendre un parti sur le fond même de la demande. . . Je ne conteste pas que l'association n'ait été et ne puisse être encore l'instrumontde grands maux, mais qu'est-ce que cela prouve, sinon que c'est une puissance qu'il est comme toutes les autres possible de tourner à mal .

(Michel Chevalier ».)

Nous avons mentionné en faisant l'historique des sociétés de secours mutuels le projet que sir Morton Erden émettait dès la fin du siècle dernier d'un « établissement public, permanent, solide, respectable ^,» destiné à grouper autour de lui les sociétés amicales. Nous avons mentionné aussi le projet que sous le nom de la Grande-Famille^ et vers 1842, on essaya de réaliser en France d'une association centrale, ayant pour but de venir en aide aux sociétés locales ^ Nous avons relaté enfin * l'organisation spéciale des 30 exploitations distinctes des caisses de mineurs du Hainaut, exploitation possédant chacune une caisse spéciale de secours mutuels, mais toutes se réunissant pour constituer, en outre, une autre caisse commune de secours, véritable association réciproque des j sociétés entre elles. Nous

< Journal des Débats, du 18 novembre 1864. 2 Voir 1. 1, p. 276.

avons montré la caisse commune, véritable société d'assurances, répartissant sur les trente exploitations les sinistres qu'une seule ne pourrait supporter, et étant donc pour chacune de ces trente exploitations ce que chaque société distincte est ellemême pour chacun de ses propres membres.

Ce système d'une mutualité au deuxième degré partiellement appliqué déjà, a donc frappé depuis longtemps certains esprits. L'examen de l'idée sur lequel il repose rentrait naturellement dans le cadre de ce livre. Nous ne nous dissimulions pas cependant que c'est là une question épineuse et qu'il peut être assez dangereux d'aborder sur le terrain de la pratique... Une discussion dont elle a été l'objet récemment dans le sein de la Société d'économie charitable, et où les arguments favorables et défavorables à l'idée ont été tour à tour exposés, nous viendra en aide.

D'après M. Batbie * qui a introduit l'idée dans le sein de la société en question, une telle mutualité favorisant les mouvements de fonds entre les sociétés qui peuvent prêter et celles qui, à raison de circonstances extraordinaires, auraient besoin d'emprunter, offrirait des avantages réels. Puisque certaines sociétés sont exposées à subir des charges extraordinaires, tandis que d'autres vivent dans l'abondance, quoi de plus naturel que de songer à organiser entre elles un certain mode d'assistance. Réaliser cette pensée ne conduirait en aucune façon à absorber les sociétés. La combinaison consisterait à faire verser par chacune d'elles une cotisation déterminée entre les mains d'un comité central, et à constituer ainsi une sorte de fonds commun, destiné à venir en aide aux sociétés dans le besoin. Sans doute il y aurait des difficultés, des inquiétudes possibles ; moins gi'andes cependant dans le système de nomination des présidents par l'État que dans le système contraire. M. Batbie, tout en préférant l'élection, consentirait encore plus volontiers à voir le comité central nommé par l'État qu'à renoncer à la combinaison qu'il propose. L'individualité des sociétés subsistant, aucune absorbtion, aucune centralisation fâcheuse.

M. de Kergolay craindiait que le projet n'ait pour effet de diminuer la confiance que les sociétés doivent avoir en elles-mêmes et qu'il faut au contraire fortifier actuellement. Selon lui il y a inopportunité. L'expérience spontanée a ses périls, mais surtout ses avantages.

M. Gibert appuie le projet. 11 aurait justement pour effet d'augmenter la force des sociétés actuellement faibles; s'il y a là de la centralisation; c'est

< Couronné par l'Académie des sciences morales et politiquçs pour son mémoire sur le crédit populaire, aujourd'hui professeur d'économie politique à l'école de droit de Paris.

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