‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 236 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE XVII

mutuel, accordant des prêts et en surveillant rigoureusement le remboursement? Il est certain que si une épidémie prolongée décimait toutes les sociétés françaises à la fois, le fonds commun serait impuissant; mais dans ce même cas, la subvention de l'État ne le serait-elle pas aussi? Pour des associations fondées sur la prévoyance, mais exposées individuellement (car il ne peut être question que des malheurs partiels) à des chances déjouant la prévoyance, y aurait-il une comparaison à établir entre un fonds préparé par la prévoyance et le recours à la charité ou à la subvention de l'État? Emprunter et rembourser, ces deux choses ressemblent-elles à solliciter et recevoir à titre de don?

L'assimilation avec le fonds commun départemental, dût-elle être plus entière, dans ce sens que l'obligation du remboursement ne serait pas imposée, les sociétés n'en auraient pas moins formé elles-mêmes, par leurs versements particuliers, la somme totale qui permettrait, à un moment donné, de venir en aide à l'une d'elles. Il n'y aurait donc pas plus de rapport entre cette manière d'être aidé et les secours de l'État ou de la charité, qu'il n'y a entre l'indemnité de maladie payée au mutuelliste et le secours du bureau de bienfaisance. Les sociétés auraientelles des récriminations sérieuses à faire contre des décisions qui ne seraient dans aucun cas des distributions gracieuses, mais soit des prêts discutés dans une certaine mesure comme une opération de crédit, soit cette espèce particulière d'allocation tout à fait spéciale à la mutualité, et dont la valeur spécifique est justement de pouvoir dépasser de beaucoup la mise personnelle sans entamer la dignité de celui qui reçoit? Est-ce qu'une société qui, relevée au moyeu d'un prêt, et ayant repris son niveau, n'aurait pas fait tous ses efforts pour se dégager vis-à-vis du fonds commun, serait plus admise à se plaindre du comité central, s'il lui refusait désormais un autre prêt qu'un actionnaire de la banque de France, qui, faisant escompter par elle son papier de commerce, aurait failli volontairement à sa signature, et se verrait refuser désormais l'escompte ? Est-ce qu'on ne pourrait pas, en outre, établir que jusqu'à concurrence de telle proportion, il y aurait attribution sans remboursement, et ensuite simplement pvêl? Si l'espoir du prêt doit tuer l'économie dans

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sa source, la même objection ne frappe-t-elle pas, et à plus forte raison, la subvention?

Dans tous les cas, pour juger sainement à ses divers points de vue une institution semblable, il ne faudrait pas discuter le fantôme d'une organisation, absorbant de gré ou de force toutes les agrégations fragmentaires, et revêtant la forme d'une centralisation sur tous les points. Il faudrait ne voir que ce qu'il y a, suivant nous, dans l'idée : une institution simplement financière, infiniment plus modeste, et à laquelle se rallieraient sous ce rapport particulier de leurs finances, les sociétés qui le jugeraient utile à leurs intérêts '. Voilà comment dans un premier aperçu nous comprendrions la mutualité au second degré ; la mutualité d'ordre supérieur n'ayant plus pour objet de s'occuper des individus mais des collectivités ; la mutualité des sociétés mutuelles.

Sans doute, et même avec ces restrictions, on pourrait abuser de la création ; mais n'est-ce pas l'honorable président de la Société d'économie charitable, qui a dit lui-même et presque dans la même discussion : « S'il s'était laissé arrêter par la possibilité des abus, Dieu lui-même n'eût pas créé le monde.... Osons donc faire le discernement dans les vœux des ouvriers entre le vrai et le faux, entre le juste et l'injuste, et demander qu'on leur accorde tout ce qui nous paraîtra reposer sur l'équité. Us abuseront, nous dit-on, de ce que vous aurez fait pour eux. Cela peut-être, mais soyez sûrs qu'ils abuseront encore bien plus de ce que vous n'aurez pas fait, ils tireront un plus grand mal de vos refus que de vosconcessions^,» Ne sont-elles pas empruntées à la même source ces paroles relatives à la proposition de Al. Batbie : « La question a d'autant plus d'importance que déjà les associations de secoure mutuels ont, en plus d'une circonstance, exprimé le vœu d'établir des liens entre elles et d'organiser un centre commun qui permette à chacune de profiter de l'action et aussi des ressources de toutes '. »

• Est-ce que le système du centre commun, mais avec un objet beaucou|i plus {,'énéral encore ([ue dans l'idée examinée ici, n'existe pas aujourd'hui pour Vassociotivn ijdnéralc dea médecins dt. France'/

^ Hevue d'Économie c/trt'ttcnne, juillet 1864, p. 102.

■i Ibid., p. l'^O.

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