PARTIE VI, CHAPITRE il
pas osé en recommander l'usage, cette table construite d'après 100,000 observations positives et indiquant la probabilité des maladies depuis 20 ans jusqu'à 70 ans, doit être considéi'éc comme le premier travail sérieux qui ait été entrepris pour calculer la loi de maladie. M. Finlaison, qui avait été consulté par le Parlement sur le mérite de la table écossaise, dressa lui-même en 1829 *, au moyen de 18,619 observations fournies par une société d'ouvriers de Londres, une table qui fut d'un usage général jusqu'à l'apparition du traité de M. Ansell ^.
Ce traité, publié sous les auspices de la célèbre société des connaissances utiles [useful knowledge society), renferme des tables d'après des observations recueillies de 1823 à 1828 et portant sur 24,323 faits déduits de 20 à 70 ans. La quantité de maladies qui en résulte est plus considérable que celle de la société écossaise. En 1846, et en même temps que sa détermination du taux de la mortalité, M. Neison procédant encore d'après les 1,147,143 faits fournis par le registrar des sociétés d'Amis, et soumettant ces faits à la méthode d'analyse la plus rationnelle, publia une table de maladie. Suivant cette table, la somme moyenne de maladies que doit probablement éprouver un individu des deux sexes est, à l'âge de 10 ans de 0,46 de semaine ou d'environ une demi-semaine; à 20 ans de 0,83; pour les âges intermédiaires au-dessous de 40 ans, de 0,93 ou de près d'une semaine ; à 50 ans de près de deux semaines (1 ,96); à 60 ans de plus de 4 semaines (4,16); à 65 ans de 8 semaines moins 2 jours. Elle augmente ensuite de 7 semaines par période de 5 ans jusqu'à 80 ans. La santé comme la longévité offrent de meilleures conditions dans les campagnes que dans les grandes villes ; n'hais les maladies y sont plus longues et on y arrive plus tôt à la période des maladies chroniques. Il existe une différence en moins de 4 jours par an entre la table écossaise et celle de M. Ansell. La même différence se retrouve entre les deux tables de MM. Ansell et Neison. La table écossaise évalue en effet à 687 jours de maladie la somme des risques auxquels une société s'expose pour un seul individu de 21 à 70 ans; la table de
' A la suite d'un essai infructueux tenté en 1827. 2 Treatise on friendly sociclics.
M. Ansell évalue ces risques à 863 journées en totalité; celle de M. Neison à 1,053 (13 jours par an pour la première, 17 pour la deuxième, 21 pour la troisième). Contrairement à la loi posée parle docteur Price, et généralement admise, il n'y a pas, d'après M. Neison, de relation de cause à effet entre la maladie et la mortalité; une somme de maladie considérable peut coexister avec une loi de mortalité très-favorable. La mortalité, plus forte dans les sociétés écossaises, bien que la somme des maladies y soit moindre, est la preuve de ce fait.
Quand nous aurons cité les calculs de M. Ratcliff opérés en 1846, 1847 et 1848 en vue de rassurer la société des old fellows vivement alarmée par les résultats des tables de M. Neison, nous aurons mentionné les plus importants des travaux statistiques anglais jusqu'à la grande enquête de ces dernières années. Quand nous aurons rappelé les trois lois suivantes : 1° Accroissement des chances de maladie avec l'âge ; 2° influence trèsnotable de la profession et des lieux sur la somme des maladies à chaque âge ; 3° chances de maladie plus grandes pour la femme que pour l'homme * ; loi de mortalité plus favorable pour la femme, nous aurons résumé les résultats les plus importants que ces travaux s'étaient accordés à faire ressortir.
L'enquête dont nous venons de parler et qui a été faite par ordre du Parlement sous la direction des lords de la Trésorerie ^, s'est basée sur des résultats quinquennaux réunis par le registrar et constatés jusqu'au 31 décembre 1850. Les observations portent sur 300,000 individus, et les documents qui ont été publiés à cette occasion forment 40 volumes in-folio de six à sept pouces d'épaisseur — En autorisant une telle dépense ', leParle-
* Les calculs un peu liypolhéliques de M. RatclifT, — hypothétiques, dans ce sens qu'ils sont fondés sur un triip petit nomiire d'observations, pour être opposés à ceux de M Neison et fonsliluer une véritable loi, ~ ont été adoptés par beaucoup de sociétés parce (pi'ils perineltcnt de demander aux sociétaires une cotisation moins élevée (jusqu'à 5ô ans, ils donnent 1 jour de maladie environ de moins par an; de 57 à 05 ans, près de deux jours de plus; au delà de (iô ans, de "i\) à Oô jours de moins suivant les années d'âge).
3 On sait <|uo, d'après nos premiers travaux statistiques français, les maladies des femmes, si elles sont plus nombreuses, sont plus courtes (|ue celles des hommes.
^ Le conseil de l'Institut des actuarics avait offert d'entreprendre lui-même la tâche d'analyser les rapports et de dresser les tables, mais les lords de la Trésorerie jugèrent qu'il était préférable que la tâche fut conllée au bureau même des friendly societies .