PARTIE VI, CHAPITRE III
caisse générale unique de prévoyance et de secours *, a été critiqué comme reposant sur un calcul erroné : M. Mourgue s'était fondé sur le rapport du nombre des malades traités dans les hôpitaux de Paris avec celui des indigents inscrits. Il avait perdu de vue que les hôpitaux reçoivent beaucoup de malades non inscrits au nombre des indigents et que beaucoup d'indigents malades sont soignés à domicile.
Dans son Traité sur la bienfaisance publique '^, M. de Gérando, admettant la corrélation du nombre probable des cas de maladie avec la probabilité du décès, énonce que la probabilité de maladie par an pour chaque habitant de Paris est de 8 à 9 jours.
En 1844, M. Debouteville construisit et publia en s'aidant des résultats de la table écossaise ^ et en les rectifiant d'après la table de mortalité de Carlisle, des tables de cotisations proportionnelles aux différents âges, desquelles il ressort une moyenne annuelle de 18 jours 1/2 de maladie pour les âges de 26 à 70 ans, moyenne qui s'abaisse à 12,77 quand on calcule de 21 à 65 ans. Ces évaluations peuvent être exactes, mais elles reposent sur une simple hypothèse.
Enfin en 1 852 M. Hubbard, sous la direction du comité pour la propagation des sociétés de prévoyance, a construit le premier sur des documents fournis par 25 sociétés de Paris et comprenant 41,460 observations, une table française de maladie. Cette table présente des résultats beaucoup plus favorables que ceux dés tables anglaises puisqu'elle établit qu'un sociétaire n'est malade dans l'intervalle de 21 à 70 ans que pendant 402 jours. On est fondé à penser qu'elle repose sur un trop petit nombre d'observations et qu'un groupe de 25 sociétés n'a pu fournir des éléments suffisants de calcul. En pareille matière, dit M. Jouaneau dans un excellent article critique sur le travail de M. Hubbard *, « l'erreur à laquelle on est exposé devient deux fois ou trois
• Plan analogue à celui qui avait été conçu quelques années auparavant par Duvillard, et qui avait reçu l'approbation de l'illustre Laplace.
2TomeUI, p. 159.
3 La pensée de se servir de cette table en la corrigeant d'après le rapport de la mortalité entre la France et l'Angleterre, avait été émise par M. Villermé.
* Annales de la charité, année 1852, p. 685.
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fois OU quatre fois moindre lorsque le nombre des valeurs observées est quatre fois ou neuf fois ou seize fois plus grand. La précision du résultat moyen croît avec le nombre des observations et proportionnellement à la racine carrée de ce nombre. » Cette appréciation reçoit une grande autorité d'un rapport présenté à l'Académie des sciences à l'occasion du concours ouvert en 1833, pour le prix de statistique. « Qu'on suppose un instant, dit le rapporteur ', les travaux faits en Angleterre plus conformes à la réalité que ne le sont ceux de M. Hubbard, ne conduira-t-il pas les associations de prévoyance à la ruine que tous ses conseils ont pour but de prévenir?... » Ainsi les tables dont il s'agit ont rencontré de sérieuses objections ; mais il restera acquis à l'histoire des sociétés de secours mutuels que le livre de M. Hubbard, un des premiers, a appelé l'attention sur la nécessité de donner à ces institutions des bases scientifiques et a démontré que tant que ces bases n'auraient pas été trouvées, l'assurance mutuelle ne serait qu'une loterie et pour les sociétés et pour les sociétaires. A ce titre, et quel que soit le degré de certitude que les sociétés de prévoyance puissent atteindre pour le règlement de leurs cotisations, la tentative de M. Hubbard laissera toujours sa trace.
En 1856, M. A. Vergues, ingénieur des ponts et chaussées, président de la société de Sarlat, a publié enfin une remarquable étude ' qui a ceci de particulier que, par opposition à MM. Debouteville et Hubbard, les calculs embrassent le paiement des pensions par les sociétés. Cette étude a en vue les sociétés telles qu'elles sont régies par la jurisprudence résultant du décret organique de 18o!2, Par opposition aux lois absolues déduites des travaux anglais, elle admeten outre «des infractions modérées» aux exigences rigoureuses de la théorie.
D'après le système de M. Vergues les cotisations doivent produire les ressources réclamées par les maladies et les frais funéraires, et permettre, surtout comme occasions de rapports entre les sociétaires et la caisse des retraites, des versements annuels à cette caisse eu faveur de tous les sociétaires n'ayant pas atteint
* M. Itienaymé.
2 l'aris. — Paul Du(ion).