‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 258 sur 331 · PARTIE Vil, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE Vil, CHAPITRE I

mais qui, à aucun point de vue, n'était pour eux d'une exécution facile. Ne pouvant augmenter leurs recettes, ils songèrent à diminuer leur dépense ; ne pouvant obtenir des magasins où ils faisaient leurs achats des réductions de prix que ne permettaient ni les achats à crédit, ni les frais de publicité, ni les nombreux intermédiaires que doit subir le détaillant, ils résolurent de se faire commerçants eux-mêmes et de se vendre mutuellement en détail, après les avoir achetés en gros, les objets nécessaires à la vie. Une fois cette résolution prise, ils arrêtèrent un programme le programme suivant :

« 1° Fondation d'un magasin au profit de tous les sociétaires, magasin où Ton ne vendra pas de liqueurs fortes, et où, dans l'intérêt des clients comme dans celui de l'entreprise, on ne fera crédit sous aucun prétexte ;

» 2" Achat et construction de maisons convenables pour les sociétaires, réforme des logements ;

» 3° Achat ou location de terrain, le peuple anglais ne pouvant être émancipé civilement et politiquement, aussi longtemps qu'il ne sera pas propriétaire ;

» 4° Association pour la production de tous les articles que les associés trouveront plus de bénéfice à fabriquer eux-mêmes qu'à acheter en gros ;

» 5° Emploi de partie des bénéfices à la fondation d'écoles, de bibliothèques, de salons de lectures, etc. ;

» 6° Fondation soit d'une colonie, soit d'une maison commune, avec un Temperance-Hotel;

» 7" Secours fraternels à porter à toutes les associations analogues ;

» 8" Harmonie à établir entre la production et la répartition, entre l'instruction des citoyens et leur influence politique ;

» 9" Enfin fondation, dans la mère-patrie, d'une association basée sur l'accord des intérêts. »

Certes le programme était ambitieux et James Daley, Charles Ilowart, James Smithers, John Ilill et John Kent — qu'on a bien le droit de citer parmi ces ouvriers de la première heure, — ne se croyaient appelés à rien moins, ce semble, qu'à régénérer la société tout entière.

Une contribution de deux pence par semaine pour chacun

des 28 fondateurs, — dont le nombre s'éleva ensuite à 40, — tel était le grand moyen destiné à faire venir à bien une semblable entreprise. Un an après, c'est-à-dire après cinquante-deux collectes, les souscripteurs à 20, puis à 30 centimes par semaine ayant réuni 700 fr. , jugèrent que le moment était venu de commencer leurs opérations. 250 fr. furent employés à louer dans une rue détournée une boutique borgne, et avec les 350 restant, on acheta une mince provision de sel, de beurre, de farine et de gruau d'avoine. Un boutiquier voisin — naturellement enclin à la raillerie, car il ne redoutait guère une telle concurrence — parla d'emporter à lui seul dans une brouette tout le fonds des associés. Tous les samedis soir cependant, dans le trou obscur servant de boutique aux Equitables Pionniers ' chaque associé à tour de rôle venait, non sans quelque timidité, procéder personnellement à la vente. Les premières marchandises,— inexpérience de nos tisserands, — n'étaient pas de qualité excellente; certains acheteurs étaient des hommes de peu de foi : aucune tristesse ne manqua à ces débuts, pas même les défections.

En 1845, les pionniers prirent patente pour la vente du thé et du tabac. Au meeting où fut adopté cette résolution, un membre se fit fort de trouver, sous sa garantie personnelle, une demi-couronne (3 fr.); un autre 5 shellings (6 fr. 25); le crédit d'un troisième allait à une livre ! En 1847, la société comprenait 140 membres, le capital s'élevait à 9,925 fr., et les recettes hebdomadaires à 4,500 fr. La vieille maison dont une chambre avait servi de boutique au rez-de-chaussée, était louée tout entière ; on consacrait aux affaires quatre soirées et autant d'après-midi ; on entreprenait la vente en détail de la viande ; on se réunissait môme dans un banquet à 1 fr. par tête pour célébrer l'anniversaire de l'ouverture du magasin. En 1850, on cumplait GOO membres; ou avait deux garçons de boutique, on établissait des succursales ; on ouvrait une salle de lecture et

• On le devine, a fait remarquer M. le professeur Hubert de Berlin, dans son Traité sur les associations imlustriellns, ros pauvres tisserands n'i'm|uiintaient pas leur nom de pionniers iiux sapeurs dunéiiie militaire. Pionniers s'iippli(|ue à ceux (lui ouvrent de» voies nouvelle» dani> des régions inexplorées; équitables pionniers veut dire, en franchis, pionniers de ré(|uit«^.

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