PARTIE VI, CHAPITRE I
de conversation ; on décidait que les contributions ne seraient plus recueillies à domicile. En 1864, la société de Rochd aie possédait moulins, fabriques et entrepôts, le nombre des associés dépassait 4,000; le capital s'élevait à 1 million de francs, le chiffre des affaires à six millions 500,000 francs.
M. Tidd-Pratt que nous retrouvons ici (car dès le début, les promoteurs s'étaient placés sous le contrôle de la loi, en faisant enregistrer l'entreprise d'après le provident societies act et ils ont généralement été imités plus tard), M. Tidd-Pratt constatait qu'au 31 décembre 1863, il existait en Angleterre 454 sociétés coopératives enregistrées; 381 avaient envoyé un rapport sur leur situation. Mettant à part les chiffres de Rochdale, il reste pour les autres sociétés 102,198 membres participants, et 55 millions 380,000 fr. de consommation, soit environ 540 fr. par tête. Les bénéfices réalisés par l'ensemble des sociétés, c'està-dire l'économie faite sur la dépense et constituée en épargne, s'élève pour cette même année 1863 à 5 millions 340,000 fr. ', C'est, a-t-on judicieusement observé, comme une souscription faite par les ouvriers à leur propre profit, plus considérable que tout ce que nous avons pu réunir en France pour les ouvriers cotonniers, sans compter que cette sorte de souscription se reproduit tous les ans.
Si les tisserands en flanelle, James Daley, Charles Howart, James Smithers, John Hill et John Kent, au lieu d'être quelque peu ambitieux dans leurs conceptions de réforme, — tout en ayant, on l'a dit, pour se pondérer, ce sens droit et ces convictions fortes qui firent les Arkwright et les Stephenson — avaient eu pour mobile unique le désir de vivre à meilleur marché, ils auraient peut-être plus ou moins réussi dans leur tentative personnelle, mais l'Angleterre ne posséderait pas ces nombreux, bientôt sans doute ces innombrables coopérative stores que nous voyons et que nous verrons ; Richard Cobden n'aurait pas eu à exalter si éloquemment la coopération; M. Bright '■* u'au-
* Les chiiTres des 381 associations pris ensemble peuvent se résumer ainsi :
Membres 108,588 285 Moyenne.
Chiffres d'affaires 65,668,525 172,358 —
Bénéfices 5,340,575 44,043 —
2 Rochdale est le lieu de naissance de M. Bright et a l'honneur de l'avoir pour maire.
488 mi PAUPÉRISME.
rait pas raconté l'histoire des pionniers à la Chambre des communes ; lord Brougham n'aurait pas dit au congrès des sciences sociales de 1864 ' : « Les bienfaits incalculables de la coopération pour le bien-être et l'indépendance des classes laborieuses sont encore dépassés par l'avantage que retire la société de la réconciliation des différentes classes qui la composent, » Il n'y aurait pas un journal, le Cooperator, qui est lu avec un genre d'intérêt que ne provoque pas la lecture de toutes les feuilles publiques.
Indépendamment de la foi, ce levier-maître,, quels sont donc les moyens pratiques qu'ont employés les Equitables pionniers, pour arriver à ce succès tant célébré et si complètement digne de l'être ^? Ces moyens sont au nombre de trois : le premier est la suppression du crédit — n'en point demander, n'en point accorder— acheter et vendre au comptant '. A l'ouvrier endetté, pu seulement arriéré vis-à-vis de ses fournisseurs habituels, dont il est devenu la chose, il fallait, pour liquider le passé et se tenir obstinément à cette résolution immuable de l'achat au comptant, une force d'âme extraordinaire * : ou l'avait. Le second moyen fondamental est le système de répartition des bénéfices entre les acheteurs. Les pionniers décidèrent en effet que, déduction faite d'un intérêt de tant pour cent payable au capital et d'un fonds de réserve convenable, le reste ou bénéfice réel serait distribué entre les acheteurs en proportion du montant de leurs achats. Cette remise est considérée comme une simple restitution d'un surplus dans les prix de vente, surplus payé par suite d'une évaluation trop considérable des frais généraux et autres risques du commerce.
Dans toutes les entreprises analogues, on avait jusque-là divisé les profits entre les membres ou actionnaires, en proportion de la mise de chacun dans l'affaire; ici, au contraire, après
< A York.
■■' Voyez notamriiciil deux articles (tu Frazer's magazine en ISfil cl de la (JuaUc.rhj /{/•ujcïf, Iradiiilspar la Hsiuebrilanniquc ; \ahroi-h\irc sel f-helfbe ihe ppople, History of coopération m nochdale,\MirVj.i. HolyoHk;/a coopf'rnMori, iiarM. F'ilisi^e Reclus.
' Aversion du crédit, le point le pins solide de la doctrine d'Owcn.
* La coopérateurs ont imaginé depuis un moyen fort simple pour libérer leuru sociétaires, vis-à-vis de leurs anciens fournisseurs, c'est d'applitpicr les dividendes et hénéflces, en les mainlenant dans la caisse sociale, à la dite hbération.