PARTIE VII, CHAPITRE
avoir désintéressé le capital et avoir pourvu à certains besoins déclarés de première nécessité, tels que la création d'une bibliothèque ', c'est aux acheteurs qu'on dit : Nous vous avons vendu trop cher, nous vous restituons. Le mécanisme est d'une grande simplicité. L'ouvrier admis au titre de sociétaire est tenu de prendre cinq actions d'une livre chacune, soit 12o fr. '^^ payables par à-comptes hebdomadaires de 31 cent. Il se fournit au store et reçoit, à chaque achat, des jetons qui constatent ses dépenses. Quand vient l'apurement des comptes, et s'il y a eu bénéfices, il a droit à un dividende proportionnel à la somme de ses jetons. Il laisse ou il ne laisse pas ce dividende au crédit de son compte dans l'association (le plus souvent il le laisse), mais il a touché quelquefois jusqu'à 12 p. 100 par trimestre, de bénéfices afférents à ses achats. C'est ainsi que certains sociétaires sans avoir jamais versé directement à la société plus de l'action obligatoire de 25 fr. se trouvent, par ce seul fait qu'ils ont acheté au store, possesseurs de 12 à 1,500 irancs. Quelle caisse d'épargne peut être aussi attrayante ^ ?
Le troisième moyen de succès des Pionniers, c'est la probité absolue dans la vente. C'est ainsi qu'ils sont parvenus, non sans peine, à faire comprendre à la population de Rochdale qu'il vaut mieux manger un pain salutaire à l'estomac qu'un pain éclatant de blancheur, et qu'ils ont obtenu d'elle de n'être pas dans l'obligation — qui les chagrinait fort, comme on pense, — de sophistiquer avec de l'alun les produits de leur moulin **.
Une des grandes difficultés de tout store coopératif, c'est, au
' Le quarantième des bénéfices est consacré à l'instruction.
^ On peut verser supplémentairement jusqu'à 5,000 fr.
^ A Uoclidaie, du reste, la faillite de la Sarimjs-bank fit prendre d'autant plus à l'épargne le chemin du store des Pionniers. A un moment de crise, en 1850, le store tint tète en |)ayant à bureau ouvert, à une panique de la jjJupart de ses actionnaires, panique occasionnée par de faux bruits répandus sur l'entreprise du moulin.
Une femme qui avait laissé en dépôt 1,000 fr., toutes ses économies, résistait à tous ceux qui l'engageaient à retirer son argent. « Si le magasin manque, disait-elle, il n'emportera que ce qui est à lui. Tout ce que j'ai a été prélevé sur mes bénéfices, c'est à lui que je dois tout ce (|ue je possède. » Bien vite rasuirés, les capitaux revinrent à l'envi.
* !ls déclarèrent aussi que pour être surs de leurs affaires, ils devaient se ménager un certain profit et ne jamais faire de rabais. 'Is ne voulurent engager aucune concurrence, ni s'y laisser entraîner.
début, la conquête des femmes. Le raisonnement que les produits -viennent directement des docks de Londres et sans sophistication ' ne les séduit pas, tout d'abord. L'absence de crédit, l'absence des petits bénéfices, la suppression des causeries familières avec un grand nombre de fournisseurs qu'on abandonne' quand on veut, c'est-à-dire souvent, pour les reprendre et les quitter encore; l'inutilité de discuter des prix fixés d'avance, voilà quatre motifs de répugnances : autant de redoutes à emporter.
Philosophes ingénieux, les Pionniers équitables prirent les femmes par l'orgueil : ils leur firent admettre qu'il est assez flatteur d'avoir un magasin à soi et de commanditer une entreprise commerciale. Les plus raisonnables comprirent bien vite d'ailleurs, que l'impossibilité pour le mari de dépenser au Public-house l'argent qu'il fallait avoir à la main en allant au store, valait bien l'abandon d'un préjugé — et le préjugé fut vaincu. — Des thés publics accompagnés de discours honnêtement insidieux sur l'utilité de la coopération, et même quelquefois de bals dans la salle de lecture achevèrent l'œuvre "^^ mais ce sont là des phases que toute société coopérative doit subir.
Les Pionniers de Rochdale ont leurs enthousiastes; — ceux-là voient les neuf articles du programme beaucoup plus que le store, moyen matériel, simple instrument pour en réaliser les promesses ; — ils ont aussi leurs sceptiques ; nous ne sachons pas qu'ils aient leurs détracteurs. Nous nous trompons : ils ont des adversaires obstinés et dont beaucoup sont dignes de sollicitude ; ce sont les petits commerçants, dont la raison d'être disparaît devant le store coopératif ',
Les déductions tirées de la loi du progrès et des industries qui tombent pour faire place à d'autres, sont médiocrement goûtées des détaillants. A leurs plaintes, les coopérateurs répon-
* Il a m^me été qucslion d'établir des agences d'achats en gros, sur le principe de la coopération cl d'essayer en même temps de créer un entrejiôt central. Jns(|u'à présent en efTft, àpart les Pionniers de Hoeiidalc et (lue^iuesautres sociétés, la plupart des coopérative socielies n'oiilpu s'approvisionner (|ue chez les marchands en gros, comme le petit commerce.
2 I, 'usage de ces réimions do |il;iisir, c'est-A-dire de es délassements honnêtes dont h- peuple il été trop privé jusrpi'ici, scndilc du reste se généraliser parmi les coopérateurs. * Le commerce de détail a trouvé un or^ianc pour défendre ses intérêts; c'est un journal spécial dont le titre indi;|ue p.irl'ailement la mission : il s'appelle J/te ^rocer.