PARTIE VII, CHAPITRE
dent loyalement : vis-à-vis de cette catégorie de nos adversaires qui, dans le commerce actuel cherchent et trouvent les gros bénéfices, nous nous posons formellement en concurrents. Nous avons le droit de dépenser notre salaire oii et comme il nous plaît. Nous faisons pour notre avantage collectif ce qu'ils ont été les premiers à faire dans leur intérêt privé. Qu'ils se transforment en producteurs s'ils le jugent utile. Quant aux détaillants pauvres, beaucoup de rouliers ont fini par être attachés au service des chemins de fer. Au lieu de chercher à soutenir contre nous une lutte impossible, que les détaillants viennent dans nos stores. Us y trouveront du moins le pain qui fait vivre et l'épargne qui garantit l'avenir.
Nous avons déjà parlé plus haut des intermédiaires '. Il est certain que si la génération présente, prise en masse, semble devoir être peu sensiblement afiéctée à ce point de vue par les nouvelles institutions, on ne peut que conseiller la prudence à tout individu voulant s'appliquer désormais à vendre des objets de consommation aux classes pauvres ^
Tel est donc cet établissement de Rochdale que nous venons de prendre pour type de toutes les sociétés de consommation, encourageant à la fois la consommation et l'épargne, et dont le lecteur aura une idée à peu près complète quand il saura ^ que les Equitables Pionniers ont aussi créé une société de secours mutuels [The Rochdale équitable provident, sick and Burial Society),— dans laquelle on n'admet que les seuls membres ou les familles des membres de la grande « Rochdale équitable pionniers Society *. » —
La plupart des sociétés dont nous avons fait plus haut le dénombrement ont simplement appliqué l'organisation de Roch-
' Voir 5« partie, p. 355 et 356.
2 La vente des coopératives stores n'y est pas limitée strictement entre les seuls associés.
3 Nous laissons volontairement de côté pour en parler plus loin (au chapitre des sociétés de production) le moulin et la fabrique de coton de Rochdale. Quant aux stores ils comprennent aujourd'hui sept divisions : pour les articles épicerie, boucherie, draperies, vêtement, chiuissureset enfin la division des produits en gros Une centaine d'ouvriers associés sont employés dans le grand magasin et dans les seize succursales.
* Mais on peut se retirer de cette dernière société, sans cesser d'être membre de la première.
492 DU PAIPÉRISME.
dale. — Le raisonnement « gagner d'autant plus qu'on dépense davantage » devait à lui seul frapper l'imagination populaire. — Malheureusement nous lisons dans les rapports du registrar qu'un certain nombre de sociétés ne s'en sont pas tenues rigoureusement au principe des transactions au comptant. La facilité des opérations, le bénéfice de l'escompte, le bon marché obtenu ainsi dans les approvisionnements, l'élimination de toutes les chances de perte, mais surtout l'éducation morale des sociétaires exigent impérieusement qu'on revienne au principe tutélaire du comptant.
Il y aurait injustice de notre part si nous quittions les sociétés de consommation anglaises ' sans mentionner la société industrielle de HuU établie en 1793, mais qui avait vécu obscurément jusque dans ces derniers temps ^; la grande association de Leeds, fondée en 1848, — dont les moulins vendent annuellement pour 1,500,000 fr. de farine, qui possède 11 succursales et compte 4,0o0 membres ' — la Manchester et Salford équitable coopérative Society, fondée en 1859, avec quelques membres et un capital de 2,350 fr. et qui, un an plus tard, comptait 5 succursales et 650 actionnaires ; la société de Halifax, qui possède 4,300 membres (c'est le chiffre le plus élevé) et un capital de 700,000 fr. *; la. Liverpool coopérative provident association, — 34
• Le mouvement qui s'était produit dans le Lancashire eut été bien autre s'il n'avait été enrayé dès son début par la crise cotonnièrc. Les sociétés ne faisant généralement régulariser leur situation qu'après un temps plus ou moins long, il ne faut pas considirer du reste, le cbilTre de 104 sociétés enregistrées à la fin de 1863, comme représentant le chiffre réel des coopératives stores à cette époque.
2 Elle avait en 1803, 3,818 membres et un capital de 4,77(5 livres sterl. La deuxième association en date est de 1835 ; la troisième, celle de Wooiwich, est de 1842, et la quatrième est celle de Roclidale en I84'i. IMusicurs personnes, du reste, ne considèrent pas les associations antérieures aux Pionniers de Hoclidale, et notamment celle de Hiill, comme de véritables essais de coopération, mais seulement comme d'intelligentes associations commerciales.
' Leeds a coiiiim-ncé jiar la minoterie et c'est son moulin du peuple {Penple's mill), qui a donné à Hoclidale l'idée du sien. Kn revanche, les coopérateurs de Leeds ont emprunté à iiochdalc, ses stores, ses abattoirs, ses maisons de confection, el aussi son lieu de réunion avec journaux et bibliothèque.
* .\ii nombre des associations qui avaient rcfu aussi un grand développement, figurait l'ashocialion entre travailleurs de l'induslric el de l'agriculture à Coventry (le (/ovenlry delà légende de hnly (jodiva ipie Tennyson à prise pour sujet d'une de ses ballades) HÔQ membres; nue vente annuelle dépassant 300,000 fr., des bénéfices s'éle-