‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 265 sur 331 · LES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT · texte numérisé non relu

LES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT

Aperçu général. — Le crédit, moteur et non créateur^es capitaux. — Crédit réel, crédit personnel. — Quels sont, dans les classes dépourvues de capital, ceux qui peuvent rechercher utilement le crédit? —Courant actuel des capitaux d'épargne; en formation, une fois formés. — Les banques populaires doivent-elles être les banques générales; doivent-elles être des banques spéciales? — Les banques d'Ecosse. — Leurs opérations à découvert. — Le cautionnement. — Solidité de ces banques. — Leur popularité. — Combien elles aspirent puissamment les capitaux d'épargne. — Banques d'avances de l'Allemagne. — L'ouvrier cautionné par ses pairs ; l'emprunteur, patron de la banque. — M. Schulze-Delitzsch. — Les débuts. — Les résultats. — Statuts de la banque-type de Delitzsch. — Effets économiques. — Rehaussement des caractères, — La France et le crédit sociétaire. — Similitudes et dissemblances. — La Société mère du crédit mutuel. — La Société du crédit au travail : commandite des associations, avances aux souscripteurs. — Solidarité illimitée. — Responsabilité limitée.

Selbst-hulfe.

On ne dira jamais ni assez de bien, ni assez de mal du crédit. Qu'il s'agisse des nations, qu'il s'agisse des individus, il peut, suivant la manière dont on en use, perdre ou sauver ceux qui ont recours à lui. Les premières ne peuvent utilement emprunter que les capitaux qui existent quelque part non engagés, ou mal engagés ; les seconds ne peuvent emprunter sans péril qu'en vue d'un avenir probable qu'ils escomptent, et s'ils ont en mains les éléments de cet avenir. Le crédit n'est pas le créateur, mais simplement le moteur des capitaux. Il multiplie indéfiniment leurs services; il accélère leur mouvement comme le rail accélère la circulation ; il supprime les phases du temps comme la vapeur supprime les distances, mais il ne crée pas. Il découvre, il réveille, il féconde; il n'invente pas '. Il

' Telle est, à part quehiues divergences, considérables il est vrai (M. Macleod , Eléments offolitical economy), l'opinion de la plupart des maîtres de la science.

500 bll PAUPÉRISME.

est une puissance merveilleuse sans laquelle le mouvement économique n'existerait pas; il n'est pas une panacée. Même avec des valeurs effectives immenses, il ne peut tout faire, et avec rien il ne fera jamais quelque chose. Seulement avec presque rien, nous allons bien le voir, il fait des prodiges.

Tout le monde connaît la classification : crédit réel, crédit personnel* le premier qu'on n'accorde que parce que la promesse est fortifiée d'un gage ou d'une hypothèque ; le second qui résulte uniquement de la confiance du créancier vis-à-vis du débiteur. Dans le véritable sens du mot, crédit ne voulant pas dire autre chose que confiance [credo], le crédit est surtout personnel : le prêteur sur gage ou sur hypothèque ne se confie pas précisément au crédit. Le crédit est personnel; mais le mode de garantie peut différer suivant les conditions particulières dans lesquelles se trouvent placés les emprunteurs. Garantie personnelle ou garantie collective, garantie individuelle ou garantie solidaire, il faut toujours que la sûreté offerte au prêteur existe sous une forme ou sous une autre. Ces vérités, élémentaires pour les économistes, ne sont pas inutiles à rappeler au commencement de ce chapitre. Il convient que les personnes de plus en plus nombreuses, qui auront a traiter dans les faits les questions de crédit populaire, ne les abordent pas avec des idées empruntées à un autre régime ; il faut qu'elles sachent bien que le crédit populaire, c'est le crédit.

J.-B. Sayaécrit,— et c'est une des rares erreurs qu'ont eu à rectifier ses successeurs dans la science, — que « s'il est heureux pour la société que le crédit soit généralement répandu, il y a une situation plus favorable encore : c'est celle où personne n'a besoin de crédit ; oii chacun, dans sa profession, a assez de capital pour subvenir sans emprunter aux avances que sa profession exige. » On a répondu, — et la réponse est sans réplique, — que le capitaliste qui ne travaillerait qu'avec ses propres fonds serait forcé de restreindre considérablement la somme totale de ses affaires, et, par conséquent, que la production générale en souffrirait. Si le crédit est utile aux capitalistes, — et il n'y a pas lieu de leur faire, de noire temps, des dissertations sur cette utilité, — combien n'est-il pas plus nécessaire à une certaine fraction des classes qui ne possèdent pas du capital propre; à cette fraction,

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