‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 266 sur 331 · PARTIE Vil, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE Vil, CHAPITRE II

qui est en situation de travailler pour son compte personnel : artisans, petits industriels, petits commerçants, etc., etc. Parmi les ouvriers eux-mêmes, l'ouvrier d'élite qui pourrait s'établir avec fruit; l'ouvrier en chambre qui veut acheter dans telle ville industrielle un métier, dont la possession le dispenserait d'abandonner à un tiers la moitié de ce qu'il gagne; dans d'autres cas, et simplement des matières premières, à quel prix le trouvent-ils, ce crédit dont ils ont un besoin de plus en plus intense, et qui leur permettrait de lutter sans une inégalité trop écrasante, de se développer, de vivre de leur vie propre ! A toute époque, et quand ils consentaient à répondre à de pareils besoins, les capitaux privés, — et sans qu'on puisse pour cela leur jeter bien sérieusement l'anathème, — faisaient en général tellement payer le risque que l'opération était inutile, sinon ruineuse pour l'emprunteur. Aujourd'hui le courant des placements publics emporte dans d'autres directions ces capitaux eux-mêmes, ces capitaux des « petites gens » arrivés aux « petites gens » qui sont en marche.

Reste le mont-de-piété, lequel, dans notre espèce, commence trop souvent ptir priver de son outil, c'est-à-dire de l'instrument de son travail, l'ouvrier qui s'adresse à lui pour être mis à même de travailler '. Et cependant, on l'a remarqué bien souvent déjà, la classe ouvrière a des capitaux à elle ; elle a notamment réuni plus de 400 millions dans les caisses d'épargne; elle possède les éléments tout à fait effectifs du crédit. Seulement, et jusqu'à l'heure actuelle, le crédit n'a pas dégagé ces éléments-là, au moins en les utilisant vis-à-vis de ceux qui les ont fournis parcelle par parcelle ; il n'a pas accompli vis-à-vis de ces derniers sa véritable fonction de crédit : la distribution après l'aspiration ^. En même temps qu'elles seraient utiles à l'ensemble du public, — lequel saurait bien se diriger au milieu de diverses banques d'émission, comme il se dirige actuellement dans le choix des banques de dépôt ou de virements, malgré la nécessité

* Restent aussi les divers genres de prêts d'honneur. (Voir même vol. p. 388 à 394.)

- Lacune d'autant plus fâcheuse pour les classes ouvrières que les économies de

l'ouvrier, — avec les placements dont il peut disposer — lui rapportent cinq à six fois

moins qu'au fabricant les siennes. L'un les quintuple, les décuple même par les nouvelles

affaires (lu'il entreprend, pendant que l'autre les double à peine par l'iiitérét composé.

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du choix, et ne renoncerait pas plus à l'emploi de la monnaie fiduciaire qu'il ne renonce aux opérations ordinaires de banque chez des banquiers qu'il faut choisir *, — des modifications libérales au régime général des banques ne pourraient-elles pas résoudre aussi le problème spécial du crédit ouvrier? Les banques populaires ne pourraient-elles être simplement les banques de toul le nipnde, ainsi que le pensent quelques esprits très-distingués? Les banques d'émission et de dépôts, — la plus grande partie de leurs ressources consistant en capitaux plus ou moins instantanément rappelables et l'obligation du billet remboursable à vue pesant constamment sur elles, — seraient- elles au contraire dans l'impossibilité, pour la plupart des cas, de faire aux classes travailleuses des avances d'une durée trop longue et d'une rentrée parfois difficile? Des établissements spéciaux sont-ils préférables? C'est là une question dont l'exposé le plus analytique sortirait absolument de notre cadre. Bornons-nous à énoncer ce que l'association, la solidarité et le cautionnement ont pu faire en matière de crédit, soit pour les classes travailleuses confondues avec la masse de la population, soit pour les classes travailleuses séparément.

Quelques mois à peine après la création de la banque d'Angleterre,— c'est-à-dire de l'établissement qui, parle droit d'émission continue des billets de circulation et des avances au commerce sous la forme de prêts et d'escomptes, a réellement inauguré la série des banques modernes, — un négociant de Londres, aidé de onze capitalites écossais, fondait la banque d'Ecosse [Bank of Scotland) '^ Le 17 juillet i 693, — l'acte du Parlement est de ce jour, — marque la date de la création qui, par ses développements successifs, a constitué le plus large système de banques, le plus fécond et le plus solide qu'on ait encore appliqué jusqu'à l'heure présente. Trois banques incorporées [incorporated]^ c'est-à-dire pourvues d'une charte qui leur assure exceptionnellement l'avantage d'une responsabilité limitée; neuf, dans les-

* IjSl liberté des banques ne ferait pas naître flu reste plus de baoques que les besoins rôeJR n'en corn|iortent.

3 C'est d'après le |ilan d'un gentilhomme écossais, William Pntterson, si connu par la malheureuse (in de l'oxpédiiinn de l'isthme de Duricn, (|u'uvait été créée la banque d'ADb'let«rre.

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