‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 268 sur 331 · PARTIE VII, CHAPITRE II. oOo · texte numérisé non relu

PARTIE VII, CHAPITRE II. oOo

ne pas perdre même l'intérêt d'un jour : c'est la caisse d'épargne, institution de crédit.

Notre emprunteur qui doit à la banque de sa \ille les ressources dont il attend sa future prospérité et qui, intérêt à part, aurait pour elle ces sentiments d'affection et de confiance, dont le secret n'a pas été trouvé ailleurs pour les débiteurs des banques, ne va pas faire exception à un pareil courant. Il paie donc ses matières premières, ses ouvriers, son loyer, avec des chèques sur la banque et use largement ainsi de la faculté qu'il a d'y verser tout l'argent qu'il reçoit en paiement. Double avantage pour la banque qui trouve moyen de placer à un taux d'intérêt supérieur la majeure partie des dépôts, et qui connaissant toutes les affaires de son client peut élargir, diminuer ou même supprimer le crédit ouvert; double avantage pour le client qui ne perd pas un sou d'intérêt et conquiert de plus en plus la confiance de la banque.

Voilà les banques d'Ecosse. Si on ajoute à ces opérations du cash-crédit les opérations générales de toutes les banques, l'escompte du papier ordinaire de commerce, etc., — opérations plus importantes par les chiffres, mais non certainement par les résultats — on connaîtra la belle institution, dont le négociant John Rolland a posé les fondements, Guillaume III, étant roi d'Angleterre ; l'institution à laquelle, disons-le en passant, on attribue, par l'application localisée de toutes les épargnes du pays, la plus grande partie des améliorations agricoles si connues de Ecosse.

Mais l'Ecosse est un petit pays, dira-t-on, et la circulation de toutes ces banques n'atteint pas cent millions de francs. Cela est vrai, et on pourrait même ajouter que si grande est la réserve des banques, si illimitée est la confiance des populations, que la circulation effective est toujours de beaucoup inférieure à la circulation légale ; et de plus, que les coupures d'une livre sont celles qui restent de beaucoup le plus longtemps dans la circulation active.

Du reste, l'étendue d'un pays ne change rien aux principes en matière do crédit; et on peut même affirmer que dans les pays où on sait le véritable emploi du numéraire et des billets, un numéraire très-abondant n'est nullement nécessaire comme

instrument d'échange à l'activité plus ou moins grande des transactions '.

Un fait qui prouvera, au surplus, l'importance, même absolue, des services rendus par les banques d'Ecosse, c'est celui-ci : à une époque où la banque d'Angleterre, avec son capital beaucoup plus considérable, n'avait attiré que 10,000,000 de livres à titre de dépôt, les dépôts effectués dans les banques d'Ecosse, et qui sont sa vraie richesse, ne s'élevaient pas à moins de aO, 000,000 (730,000,000 de francs).

Nous venons de voir le crédit personnel accordé, grâce au cautionnement, aux classes pauvres, par des banques qui l'attribuent en même temps aux classes riches. Le lecteur peu familiarisé avec les faits qui marquent cette question, pourrait croire que dans cette sorte d'égalité entre des positions différentes, réside la dernière limite du progrès ; qu'il est impossible de souhaiter autre chose pour la fondation du crédit populaire, et qu'il ne s'agit plus que d'implorer les diverses banques existant en Europe, pour qu'elles se décident à importer le système écossais, ou, à leur défaut, d'aspirer à la création de nouvelles banques universelles, comme celles qui viennent d'être décrites.

En attendant que ces vœux, — utopiques, sans doute, pour le premier point; quant à présent, d'une réalisation que rien n'annonce comme prochaine pour le second, — reçoivent du progrès des idées, des événements et des modifications dans la manière de voir très-positive des capitaux, des chances quelconques d'application, la méditative Allemagne nous prouve, et cela par plusieurs exemples très-vigoureux d'initiative, qu'une étape restait encore à franchir ; qu'il y avait encore quelque chose d'aussi digne d'attention pour le moins que de voir le capitaliste actionnaire des banques, devenu propice à l'homme sans capital, c'est de voir l'homme sans capital trouvant le

• Témoin la Irès-forte inégalité du ntimcrairc anglais vis-à-vis du nôtre ; inégalité rendue indilTércntt' par les compensations, les chèiiues, les liquidations au C/cari«j(-/iousc.

Si l'on rompare maintenant l'tcosse et l'An^'Ieterre, le même chilTre d'anaircs exige une r.irculation encore bien moins forte en numéraire et en monnaie liiduciaire dans le premier pays (pie dans le second. Quant aux l)an(|ui's d'Iîcosse considérées comme modèles à importer chez nous, beaucoup d'esprits libéraux les coiisidèrent, nousdevons le dire, comme « reposant sur des habitudes et sur des mœurs polilicpies et commerciales très-diffi-renles des nôtres, sur des traditions que nous ne possédons pas. »

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