‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 271 sur 331 · PARTIE VII, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE VII, CHAPITRE II

Caisse d'épargne, banque d'avances, tel est donc le double fonctionnement des caisses allemandes. L'épargne rendue attractive par les hauts prix que trouvent les placements ; le crédit si utile et si difficile assuré ; les habitudes de loyauté et d'exactitude devenues indispensables pour obtenir la garantie des co-sociétaires ; sous l'influence de la responsabilité personnelle, le caractère se transformant en même temps que la position s'améliore; le capital, cet ennemi si détesté, devenu peu à peu un ami parce qu'on est devenu capitaliste soi-même ; l'initiation au mécanisme des affaires et aux lois économiques se produisant universellement et dissipant par l'expérience personnelle les préjugés de l'ignorance ; l'influence moralisatrice et l'influence économique, l'une aussi salutaire que l'autre, se faisant sentir à la fois, tels sont donc quelques-uns des aspects sous lesquels on peut envisager la nouvelle institution.

Quant à l'importance des résultats obtenus, nous n'avons pas besoin d'insister après les. chiffres que nous avons donnés tout à l'heure; il s'agit de milliers d'hommes , il s'agit presque déjà de centaines de millions. Il n'y a jamais eu un étabUssement de crédit qui se soit développé aussi rapidement dans des proportions semblables ' .

qui ne prêtent que sur nantissement et dont les déposants ne participent en rien aux bénéfices. Du reste, l'associé retrouve en partie, à la fin de l'année, ce que le préteur a déboursé en intérêts et en frais de commission.

' Les (rorc/ius6a7i/iett allemandes ont une réunion annuelle {Vereinstag]— qui a toujours servi d'occasiun à M. Scliuilze pour recommander la prudence et la réserve,— une agence centrale dirigée par le promoteur du mouvement, et un journal mensuel, la Corporation de l'avenir. Des unions provinciales restreintes {Unterverbaende), au nombre de quatorze, servent d'intermédiaires entre l'agence centrale et les associa lions. Grâce à l'agence centrale, il s'est constitué en 18G4, à Berlin, au capital de 250,000 thalers, une banque des associations allemandes (commandite par actions ; surveillance de diverses notabilités, MM. Benseraann, Frocbner, etc. ; direction de M. Siergel, ancien directeur de l'association d'escompte d'Eileben). M. Schultze-lîelitzsch a voulu atténuer ainsi les hésitations du crédit dans les moments de crise. N'omettons pas de dire qu'il a versé dans le fonds de la banque, le capital s'élevant à 170,000 fr. qui lui a été oflért par la souscription des travailleurs reconnaissants.

La coopération anglaise aaussi , outre le cooperaU'ie directory du registrar, ses journaux spéciaux, le Cooperator; (les irades-unions ont le leur, la Bee Itive); sa propagande, la ligue univei'seile pour l'amélioration du sort des classes ouvrières, et l'association pour le développement de la coopération, composée de délégués des sociétés coopératives et de membres libres (notanimeut de J. Sluart-Mill, le professeur Neumann, W. Conningham, Thomas Hugues, etc., etc.).

Répétons ici ce que nous avons indiqué plus haut (même vol, p. 368) les loan-societies

512 BU PAUPERISME.

Cette organisation si simple et si rationnelle des banques Schultze-Delitzsch est-elle susceptible d'avoir autant de succès en France qu'en Allemagne? Ici nous devons distinguer. Si on les considère principalement comme des caisses d'épargne perfectionnées, pouvant recevoir indéfiniment les épargnes du travailleur ', lui donnant un haut intérêt et employant les dépôts à faire des avances à ces petits entrepreneurs que nous avons plusieurs fois déjà caractérisés, oui, elles peuvent et doivent se généraliser, rendant service à la fois à l'ouvrier salarié pour le placement de ses économies et au petit entrepreneur pour le développement de ses affaires. Mais si on les envisage surtout comme banques d'avances et en se plaçant au point de vue de l'ouvrier salarié, non, elles ne peuvent pas et mêmes elles ne doivent pas recevoir chez nous l'extension qu'elles ont reçue de l'autre côté du Rhin.

L'Allemagne était dans des conditions toutes particulières, pour s'appropier instantanément, — en Prusse comme en Saxe, dans le Mecklembourg comme dans le Hanovre, — l'institution des Vorschussbanken. Ces corporations que nous avons détruites en une heure, suivant le procédé sommaire qui nous est propre, mais qu'il n'est pas dans le génie allemand d'imiter jamais, les corporations s'épanouissent encore en Allemagne dans toute la splendeur de leur réglementation inextricable.

Si le système dit des concessions industrielles gouverne par une sorte de tempérament la grande industrie, la petite industrie n'en vit pas moins encore sous le régime qui a été décrit dans la partie historique de ce livre : la maîtrise, l'apprentissage, l'examen pour la fabrication des corbeilles d'osier; la lutte judiciaire

d'Angleterre pas plus que \es Ihdpbanks (banques de secours) des Pays-Bas ne sont des associations coopératives de crédit, autonomes et exemptes de tout alliage de bienfaisance comme les b;iii(|Mes allemandes. A Milan, à Côme, à Asold, a Florence, à Hrescia, à Lodi, rilalie, mi toiitraire, a de vraies ban(|ues d'avances. La Bclgiciue a les siennes, à Liège, à Moleiibeek, a Sainl-Jean-lcs-liruxelles, etc., etc. Lexpiinsion du crédit sociétaire ne s'arrête pas du reste à i'Luriipe, »'t M. Horn, a récemment jeté en ^^gyple, à Alexandrie, ville qui renferme iO.OUO ouvriers européens, les bases d'une banque populaire qui semble devoir imiter les exemples de Delilzscli ettle Hocbdale.

* Tandis (|ue les sociétés de consommation |)ar exemple, une fois ([u'elles ont en mains les capitaux nécessaires à buir lonclioniiemeiit régulier, ne pourraient recevoir les fonds de leurs membres, faute de pouvoir leur donner un emploi utile.

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