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entre le cordonnier et le marchand de souliers en caoutchouc, le tailleur et le marchand de confection. Et du reste, la plus grande partie des travailleurs, il faut le dire, ne se sent nullement opprimée ; les émigrations quotidiennes aux États-Unis, de ceux qui ne peuvent trouver place dans les cadres officiels, ne leur apportent à ce sujet aucune lumière. Ce ne sont pas les chefs du parti de la croù, c'est un congrès d'ouvriers, — le congrès de Weymar, — qui disait récemment : « Que les économistes ainsi nommés nous recommandent si vivement les associations et les banques d'avances, cela doit suffire pour nous les rendre extrêmement suspectes. Le congrès déclare positivement qu'il est l'ennemi acharné de la liberté d'industrie. C'est contre elle que nous sommes réunis. La liberté de l'industrie, c'est la décomposition sociale, etc. » Est-il étonnaut que cette petite industrie— qui d'ailleurs n'a pas seulement à lutter contre l'agitation en faveur de la liberté du travail, mais elle aussi, contre les manufactures, — ait saisi avidement les moyens qui s'offraient à elles, outre les associations pour l'achat et la vente en commun, de trouver facilement et fructueusement du crédit? Notre situation est loin d'être la même.
La liberté de l'industrie a créé depuis longtemps chez nous les grandes masses d'ouvriers salariés. Pour la plupart de ceuxlà, le prêt serait trop souvent un aliment au lieu d'être un instrument ; il s'appliquerait aux besoins de la vie et non aux affaires; il serait donc plus funeste qu'utile. L'ouvrier de fabrique, s'il est bien avisé, devra donc ge borner à déposer ses épargnes à la banque d'avances jusqu'au moment où l'accumulation lui ayant mis entre les mains un petit capital, il pourra quitter l'atelier et entreprendre un travail personnel. Ce jour-là, mais ce jour-là seulement, il recourra avec fruit au crédit qui doublera ses ressources.
Par un étrange enchaînement qui a déjà été remarqué, il aura prêté tant qu'il était pauvre, il empruntera quand il ne le sera plus.
Nous sommes à mille lieues de vouloir dire que les banques ne rendront pas en France, môme au point de vue du seul crédit, d'immenses services. La très-grande importance de la petite industrie, le nombre considérable des ouvriers travaillant n. 33
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isolément à leur compte à Paris seulement ', nous donneraient un démenti mérité. Ce que nous avons \oulii préciser seulement, c'est d'une part que la petite industrie n'est pas dans l'ensemble de notre pays ce qu'elle est encore en • Allemagne, et d'autre part que si le crédit seul manque à certaines couches ouvrières pour s'élever à une position supérieure, il en est d'autres qui ne doivent pas avoir recours légèrement au crédit. Tel ouvrier bieu trempé et dépourvu absolument de capital, pourra quitter la manufacture et. avec le crédit qui lui donnera l'instrument du travail et les objets sur lesquels s'accomplit le travail, modifier complètement sa position ; tel autre, moins habile ou d'une volonté moins énergique, ferait une tentative vaine. Quant aux ouvriers si nombreux qui travaillent en chambre avec leurs outils, le crédit sera pour eux inappréciable. En somme les banques et l'ouvrier lui-même se trouveraient également mal d'agir ici sans discernement.
Ces distinctions établies, on ne saurait trop désirer la rapide propagation dans notre pays des sociétés de crédit mutuel. lien existe à Paris, à la fin de 1864, une quarantaine environ, dont la plus ancienne, la Société mère du Crédit mutuel, Aaie de 1857. Fonctionnant d'abord comme simple caisse d'épargne, elle est arrivée, par des cotisations hebdomadaires de 1 à 2 fr., à se constituer un capital de 12,000 fr. au moyen duquel elle a fait, pendant les trois ou quatre dernières années, 150,000 fr. d'avances à ses membres ^. Elle est administrée par un gérant assisté d'un comité, comité et gérant nommés en assemblée générale ^ Jusqu'à présent, chose assez étrange, cette société a tenu à opérer avec ses propres fonds, sans contracter au dehors aucun emprunt.
' Nous avons donné sur ci; point les chiffres de la dernière enquête de la chambre du commerce.
'■i Depuis 1857, la société— qui ne refuse jamais un emprunt allant au delà du double de l'actif du sociétaire,— a déclaré n'avoir perdu ([ue 5 fr. dus par un ouvrier qui est allé chercher foi lune ni Angleterre et elle a la conviction (pie ces 5 fr. seront rendus. Les rap|>orts personnels des sociétaires sont entretenus jiar la rèf-'le suivante : la collecte liehiloraadaiie faite par chaipie sociétaire à son tour. L'a société est d'environ rinquaiile iiieinhres; chaque memhre a donc à faire cin(|uanle visites environ.
'•* L'asseiiihlée est présidée par un président spécial, et non par le gérant, à cause de la reddition >h'.n comptes de ce dernier.