‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 274 sur 331 · LES SOCIÉTÉS DE PRODUCTION · texte numérisé non relu

LES SOCIÉTÉS DE PRODUCTION

Les opinions diverses sur cette forme de société. — Objections et réponses. — La véri table difficulté n'est pas matérielle. — Qualités indispensables à cbaque associé; à la gérance. — L'atelier sociétaire et la fabrique sociétaire. — La filature de coton de Roclidale et la prise d'assaut par le capital, le lendemain du succès. — Les sociétés existantes en Angleterre, en Allemagne, en France. — Ni panacée, ni utopie. — Bon côté des difficultés morales.

Associer tout le monde serait folie; n'associer personne iniquité !... On s'associera, on ne s'associera pas selon les conseils de la prudence et de la sagesse ; si, méconnaissant ces conseils, on se trompe dans son choix, on en portera la peine, et l'on ne pourra s'en prendre qu'à soi... Ici de petits patrons deviendront ouvriers, là des ouvriers, en prospérant deviendront patrons. La puissance des faits établira l'équilibre etrégleralessituationsmieuxquenele sauraient faire les prévisions divinatoires des règlements artificiels, la tyrannie des injonctions obligatoires, l'intervention des subventions et des secours.

M. Rexocard.

Conscients ou inconscients, et à des degrés divers, l'association ouvrière pour la production nous semble avoir trois genres d'ennemis : les timorés, les adversaires, les enthousiastes.

Des timorés, des gens qui tremblent à tout mouvement en avant des classes travailleuses, nous ne dirons rien. Cependant puisque la pensée du prolétariat les effraie à ce point que sa seule immobilité serait susceptible de les rassurer, ils devraient, — en considérant qu'il faut renoncer à la tranquillité sous cette forme, — le voir avec satisfaction chercher par la liberté, et sans rien réclamer de l'État, cette fois-ci, le voir chercher à diminuer l'étendue de ses cadres. L'espoir du salut, cet espoir reposât-il sur des moyens chimériques , contient moins de dangers sociaux que le découragement, avec ses heures de fièvre succédant aux heures de prostration. Quant aux adversaires, il est bien diffî-

cile qu'ils prennent aujourd'hui une autre attitude que celle-ci : mettre sans cesse en lumière les difficultés évidentes de l'association; la discréditer d'avance en aggravant ses échecs, en ne voulant pas voir ses succès. Ils sont, du reste, très-loin de lui contester en général la légitime liberté de ses mouvements. Les enthousiastes ont tout droit à être classés côte à côte avec les adversaires, parce que les merveilles qu'ils annoncent ne devant positivement pas se réaliser, au moins dans les proportions qu'ils leur assignent, il résultera de la comparaison des choses obtenues avec les choses promises un très-funeste découragement. Or, tel est précisément le résultat que peuvent amener aussi les négations, par trop partiales, des avantages de l'association. Seulement, dans le premier cas, le découragement peut s'emparer des ouvriers avant toute tentative ; dans le second cas, il .succédera souvent à la première phase de l'action, et l'ouvrier, au lieu de se dire avec le coopérateur anglais : « Notre premier insuccès n'a prouvé qu'une seule chose, c'est que notre détermination de réussir n'étant point encore assez forte, » considérera comme une illusion pure et simple ce qui n'était qu'une entreprise difficile.

En dehors de ces catégories de personnes, il y a celles, assez nombreuses , qui sont sympathiques à l'association , et voudraient la voir réussir sous cette forme, la plus complète de toutes, mais qui, doutant très-sincèrement de son succès, considèrent comme imprudents les encouragements dont on entourerait ses débuts.

Il y a enfin ceux qui ne voient pas le salariat supprimé, les entreprises individuelles condamnées et tous les biens obtenus par l'atelier, et même par la fabrique sociétaire, mais qui pensent que l'association de production est éminemment propre à permettre aux plus capables et aux plus dignes parmi les salariés, c'c.>?t-à-dire à un nombre d'individus toujours croissant, de s'élever au-dessus du salariat. Pour ceux-là, l'incomparable avantage de la société de production, c'est d'exiger, pour réussir, la vahMU' morale et l'aptitude professionnelle, les qualités de l'esprit et du caractère ; c'est d'être un instrument d'amélioration sociale et d'éducation. Nous déclarons nous ranger dans cette dernière catégorie.

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