‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 275 sur 331 · PARTIE Vil, CHAPITRE · texte numérisé non relu

PARTIE Vil, CHAPITRE

Nous avons examiné plus haut \ à propos des tentatives antérieures au mouvement actuel de coopération, les trois formes auxquelles peut donner lieu l'association ouvrière : participation des ouvriers aux bénéfices, participation aux risques des pertes, associations entre ouvriers seulement. — Nous avons défini les objections, aussi invariables que graves, qui se dressent devant cette dernière forme : diminution de l'intérêt privé et de l'énergie dans le travail, — contestations entre associés, — manque de discipline, — difficultés de la gérance au point de vue de la fabrication, de l'écoulement des produits, de la gestion, de la comptabilité. Nous avons conclu à l'espoir du succès progressif. La réussite extraordinaire de Rochdale et de Leeds, réussite due, il faut bien le dire, à des hommes exceptionnellement trempés, n'ayant pas plus fait disparaître ces objections, au point de vue de la moyenne des ou\Tiero, que les échecs de 4848 n'ont pu diminuer la confiance qu'on doit encore avoir dans des tentatives mieux équilibrées et absolument dégagées de tout espoir de subvention de l'Etat, nous renvoyons le lecteur à cette partie de notre travail, nous bornant ici à quelques nouvelles et rapides observations.

C'est un lieu commun, mais une inexactitude, de prétendre que l'ouvrier associé pour produire sera annihilé danssapersonnalité. Il ne serapas plus annihilé que ne l'est le capitaliste, par sa participation à telle ou telle entreprise financière. L'ouvrier bénéficiaire, — les bénéfices dussent-ils, comme on l'a dit, n'être pas plus considérables, vu la concurrence des divers groupes, que les salaires actuels, — sera dans tous les cas plus autonome, plus indépendant que l'ouvrier salarié. Il aura, — et quelque forte que soit, que doive être la gérance, — une certaine part de direction ou tout au moins de surveillance qui le relèvera à ses propres yeux. Il se sentira son maître, et cela seul est d'un certain prix. Les groupes de travailleur» associés qui parviendront à s'établir feront un contrepoids utile à l'association absorbante des grands capitaux. Contre balancer n'est pas avoir la prétention d'annihiler. La diffusion des sociétés de consommation et des sociétés de crédit peut amener dans un certain nombre d'industries un

* Tome I, — page 69 à 84.

certain nombre d'ouvriers à cette situation où le capital étant fourni par eux-mêmes, ils n'auront plus qu'à se préoccuper des autres difficultés, fort grandes du reste, de l'exploitation. Prétendre se passer du capital, le travail sait bien aujourd'hui que ce serait folie ; mais il importe peu que ce capital soit fourni par une seule personne, ou par l'agglomération de beaucoup de petits capitaux. Il n'est pas exact de soutenir que l'ouvrier sera moins intéressé à une bonne exploitation et verra par conséquent diminuer son énergie et son initiative. C'est le contraire qui est vrai. On ne peut s'attendre sans doute à ce que l'ouvrier bénéficiaire travaille tout à fait avec la même vigueur que s'il était isolé, indépendant et seul intéressé; mais il travaillera plus à l'atelier sociétaire qu'à celui du chef d'entreprise ; or, c'est là qu'il faut prendre le terme de comparaison '. Il est certain que le principe de l'association ouvrière est d'une application particulièrement difficile à la grande industrie ; mais rien n'empêche que l'on ne commence d'abord par la petite industrie et la fabrication des articles de détail. Toute autre marche serait même tellementirrationnelle qu'on doiten dissuader fortement les ouvriers. Ily a encore en France une petite industrie vis-à-vis de laquelle la société de production peut se mesurer avec avantage ; c'est là et non sur le terrain des manufactures et des grands capitaux que la lutte peut s'engager avec quelque fruit ^.

La grande, la véritable, la seule difficulté, la voici : il faut vouloir; il faut être des hommes... On voit maintenant si nous avons eu tort dans tout le cours de ce long travail d'attacher tant d'importance au rehaussement de l'individu et de conclure invariablement en disant : Ce qui importe plus que les lois, que

' On dit souvent : l'ouvrier a immolé sa liberté à la société de production, et elle a contre elle toutes les chances de la vie individuelle; qu'il arrive un mécompte et l'ouvrier regrette son ancien isolement, son initiative. Est-ce qu'un tel raisonnement ne 8em!)le pas s'appliquer à un ouvrier travaillant isolément, fructueusemeut pour son propre compte et (jui aurait changé cette situation en celle de sociétaire, plutôt qu'à l'ouvrier de fabrique et d'atelier, dont la seule initiative consiste à pouvoir changer d'atelier quant il le veuf^

^ Au congrès des économistes allemands, tenu à Dresde, en 18G3, on a |)roposc aussi, comme moyen pratique, l'institution par association d'ateliers communs avec des machines motrices, laissant aux ouvriers leur indi'pendance personnelle pour leurs métiers.

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