‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 277 sur 331 · PARTIE VII, CUAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE VII, CUAPITRE III

capital et le sentiment sont deux choses distinctes, voilà que le désordre moral et l'injustice entrèrent dans la filature, non par le fait du travail, mais par le fait du capital. De nouveaux venus, contre-maîtres et ouvriers attirés par l'appât des bénéfices, parvinrent à s'assurer la majorité et contrairement aux statuts, firent adopter la proposition de ne plus attribuer de dividende au travail. Tous ceux qui aiment l'association coopérative ont personnellement ressenti le chagrin et presque la honte des premiers Pionniers de Rochdale, lorsqu'ils virent une telle décision entrer brutalement sur le terrain des faits accomplis. Ouvriers qui recherchez l'association, — ceci n'est pointmalheureusement un apologue, — c'est un fait, — et des plus tristes. Qu'il vous serve de leçon par la répulsion qu'il a provoquée et qu'il soit reprouvé de vous tous le jour où vous aurez réussi, comme il l'est certainement aujourd'hui. Que jamais un pareil argument ne soit fourni encore aux ennemis de l'association ouvrière '.

Maintenant quelques mots sur les faits : outre les minoteries de Rochdalet de Leeds et la filature de Rochdale, l'Angleterre compte déjà un certain nombre d'associations pour la production : à Preston, à Colne, àClitherœ, à High Wycombe, àBury, à Edimbourg ^.

Pour l'Allemagne on peut en citer vingt-deux, parmi lesquelles deux fabriques de châles à Berlin, une fabrique de tissage de fil et de coton à Halle, de peignes à Nuremberg, de lampes et de vannerie à Berlin, de pianos à Hambourg, deux fabriques de cigares à Berlin et une association de tailleurs à Dresde. En An-

♦ Les plus florissantes parmi les sociétés de production françaises, les tailleurs en limes, les maçons, etc., ont du reste admis à diverses épo(iues, de nouveaux associés, et l'on parle ici pour l'avenir plutôt (pie pour le présent. Une association qui, après le succès, non-seulement refuserait d'admetire de nouveaux membres, ce qui est son droit strict, mais se montrerait plus dure pour les conditions du salaire que les chefs d'ateliers individuels, mériterait d'être mise au ban de la classe ouvrière.

Dans des sociétés reposant sur le principe de la coopération admis comme tel au début, il est aussi injuste que le capital refuse au travail participation aux bénéfices, que serait injuste ei, mal fondée la prétention du travail à celte participation dans des entreprises créées par le cai>ital dans les conditions ordinaires de l'industrie.

2 L'association générale d'approvisionnement existant à Londres, a tenté, en 18G4, la création d'une minoterie et d'une boulangerie métropolitaine, mais faute d'iui capital suffisant, et par suite de l'étendue de la ville, la tentative a échoué.

gleterre, où les dépenses de l'ouvrier tendent constamment à dépasser ses ressources, les associations de production sont nées des associations de consommation, qui avaient permis de constituer l'épargne préalable. En Allemagne, oii les besoins de chaque jour sont moins grands, elles sont sorties des banques du peuple '.

En France, on ne compte guère encore qu'une quarantaine de sociétés de production '^ parmi lesquelles les plus prospères sont celles des tailleurs en limes, des tourneurs en chaises, des facteurs de pianos, des ouvriers bijoutiers, et surtout celle des ouvriers maçons, dont le chiffre d'affaires est de plus de un million 500,000 fr. Tout le monde connaît, en outre, les associations de M. Leclaire, peintre en bâtiments et celle de l'imprimerie Remquet ^ Chez nous la plupart de ces associations proviennent, nous l'avons dit, d'un mouvement d'idées antérieur à l'œuvre de coopération anglaise et allemande, mais qui ne s'est guère traduit dans les faits qu'en 1848. Celles que nous venons de citer et qui ont résisté aux difficultés naturelles de l'idée comme aux événements, sont vraiment presque aussi dignes d'admiration que d'intérêt.

On a dit dans les régions les plus opposées *, appliquant une opinion économique bien connue ^ que si les sociétés de con-

• L'Ftalie a déjà aussi un certain nombre de sociétés de production.

2 Trente à Paris, dix en province. En 1863, à Paris, 16. associations comprenaient 366 ouvriers et un rapital de 1.336,000 fr.

•' Le 1"^ avril 18i9, M. IlenKiuet réunit 14 ouvriers, qui s'enj^agent « à travailler dix ans avec lui et à ne recevoir pendant ce temps que les trois quarts du salaire de leur travail aux pièces. Si, à l'expiration de la dixième année le (lualrième quart existe, il sera rendu; si, en outre, il y a des bénéfices, lisseront partagés au centime le franc de la somme laissée par chacun sur son salaire.

Dix ans après, les quinze ouvriers, réduits à dix |)ar les décès, avaient économisé 92,000 fr. et gagné 56,500 fr., soit un total de 149,000 fr. Chacun recevait au jour du partage, une somme variant de 7,000 fr. pour la plus petite part, jusqu'à 17 et l«,0f)0 fr., en |iassant par les intermédiaires de 10 et 12,000 fr., « peu à celui qui a moins travaillé ; plus à Cflui qui a beaucoup fait. »

♦ M. lie Ketteler, évétiue de Maycncc, ilans .son livre : La question du travail et le Christianisme , le journal [nmi^AinVAssacintiim, n" 1, page 12.

'^ La théorie de Ilirardo, (pic le salaire se proportionne aux frais (l(! subsistance; <\\\>: plus les frais de subsistance baisseront, |ilus le salaire dilniniiera. Disons à ce sujet (|ui' M. de Krtieler a conclu en faveur des associations luoductives et de la création d'ateliers et dt; fabriciues sociétaires, dans des conditions spéciales, il est vrai.

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