‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 280 sur 331 · PARTIE VII, CHAPITRE IV. o · texte numérisé non relu

PARTIE VII, CHAPITRE IV. o

des applications récentes. L'auteur de ce travail n'est pas homo unius libri, c'est-à-dire l'homme d'une seule idée, et il n'aura pas la puérilité de prétendre que des associations parvenant à donner aux classes dépourvues de capitaux l'autonomie dans le travail, réservée jusqu'à présent à une seule classe, leur permettant de tirer de leur labeur une rémunération plus élevée, ne constitueraient pas un progrès bien autrement décisif encore que le premier. Les sociétés de secours mutuels, l'assistance et la prévoyance étant d'ordres essentiellement différents par leurs résultats économiques et par les idées dont elles s'inspirent et qu'elles font naître, le succès de la coopération, — laquelle procède cependant du même ordre que les sociétés de secours mutuels,— serait un fait plus considérable encore : cela ne peut en rien être contesté ici. Mais parce que quelques merveilles ont été accomplies çà et là, parce que de nouveaux horizons s'entr'ouvrent, serait-il raisonnable, serait-il pratique de dédaigner le présent, qui est assuré et qui est si loin d'avoir donné les fruits qu'il renferme, pour poursuivre exclusivement un avenir difficile, douteux sur quelques points, et que les seuls forts pourront dans tous les cas atteindre? A entendre certains partisans excessifs de la coopération, tout ce qui n'est pas elle serait ici de peu de prix. Les sociétés de secours mutuels en particulier, sont envisagées plus ou moins explicitement comme une institution excellente et estimable, mais, au fond, comme une sorte de pis-aller médiocre et assez peu digne de fixer l'attention des penseurs sérieux. Quelques-uns faisant preuve du reste en ceci, d'infiniment peu de réflexion, semblent persister à les confondre avec les bureaux de bienfaisance où des tiers assistent les pauvres. Les autres savent bien que les pauvres s'assistent ici fièrement eux-mêmes et sans aucune aide ; mais qu'est-ce que la classe ouvrière à l'abri de la maladie ; qu'est-ce que la vieillesse rendue digne, l'orphelinat et le veuvage secourus, l'instruction facilitée ou même procurée par la mutualité, les funérailles décentes et toutes les autres applications dont nous ne pouvons recommencer ici la nomeuclature! Qu'est-ce, en un mot, que la distribution rationnelle, morale, productive, on peut le dire, du salaire existant ou successivement augmenté? La société de secours mutuels est le burgraviat de la pré-

voyance '; le dividende sociétaire mérite seul l'ambition de l'ouvrier. — Eh bien, nous le disons hautement, si la manière de voir que nous essayons de caractériser ici se généralisait; si en amoindrissant ainsi à ses yeux le but à atteindre, on détournait l'ouvrier de propager les sociétés de secours mutuels, nous aurions prouvé une fois de plus notre inaptitude aux fondations sérieuses et une irréparable erreur serait accomplie.

11 est possible, comme on le dit, qu'elles ne soient qu'une goutte d'eau dans la mer, ces sociétés de secours mutuels qui, en Angleterre comprennent six millions de membres et 600 millions de capital; qui en France, en Belgique, en Italie, embrassent déjà plusieurs centaines de milliers d'hommes; quant aux services qu'elles rendent, on peut rêver, mais on ne peut pas prévoir un état social dans lequel ils deviendraient inutiles. L'Europe entière serait couverte de manufactures fonctionnant d'après le système coopératif (et peut-être sommes-nous assez loin d'un si prodigieux état de choses!), l'ouvrier salarié serait dans les rangs profonds des travailleurs bénéficiaires une exception rare, — vestige intéressant des temps passés ; — les bénéfices se traduiraient partout en chiffres imcomparablement supérieurs à la rémunération actuelle, qu'il faudrait toujours de telles institutions, ne fût-ce que pour les plus faibles et les moins heureux. Personne en Angleterre, — et nous nous en sommes enquis àde bonnes sources, — personne, dans ce pays oîi la coopération peut montrer de tout autres chiffres que chez nous, personne ne croit à la disparition, ou même à r-iffaiblissement des friendly societies^ devant les sociétés de coopération. Rochdale du reste comme Delitzsch, n'a-t-il pas sa société de secours mutuels?

M. Fr. Yigano, un des adeptes les plus fervents de l'association ouvrière en Italie, a écrit ceci : « Les sociétés de secours mutuels se sont répandues dans ce pays avec une rapidité surprenante. Le second pas ou degré de la coopération italienne est celui des suciélés de prévoyance, qui sont ordinairement nées dans le sein même des sociétés de secours mutuels, la mère de la coopération aussi en Angleterre '. » M. Vigano a été plus juste

' Qu'on nous pardonne cetle expression qui nous semble mieux préciser que des circonlocutions, la niiiniére de voir contre laquelle nous réagissons ici. 3 Journal \'.issocialion,n' 1, [> 58.

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