PARTIE VII, CHAPITRE IV
permet ces applications tout à fait diverses. On le voit, rien n'empêche, dans telle ou telle circonstance, dans tel ou tel milieu, de superposer une société de consommation à une société de secours mutuels, en comprenant dans la nouvelle société, soit tous les membres, soit un certain nombre d'entre eux (les adhérents). La caisse de maladie resterait une caisse d'assurance affectée à la maladie ; le fonds de consommation serait régi par de tout autres principes.
On sait quel est l'obstacle principal des sociétés de consommation dans les grandes villes. « Aux débuts d'une association de coopérateurs, a dit M. William Cooper, un des organisateurs du mouvement de coopération anglais, et secrétaire des Pionniers de Rochdale ', il est absolument nécessaire de mettre en contact fréquent les membres qui la doivent composer pour que chacun d'eux connaisse parfaitement le but, la situation, les difficultés et les ressources de la société, ainsi que le caractère de s"es membres. » « Mais, remarque à ce sujet M. Holyorke ^, la grande difficulté qu'on éprouve à Londres est précisément de réunir les gens. » La Quaterly review dans ses articles spéciaux, a insisté aussi sur cette difficulté du mouvement coopérateur dans les grandes villes : « Les habitants ne s'y connaissent pour ainsi dire pas entre voisins. »
Nous le demandons, les sociétés de secours mutuels — dont tous les membres se connaissent, —ne répondent-elles pas à cette objection décisive et formulée par des juges aussi exceptionnellement compétents que les fondateurs de Rochdale? Ajoutons ici le témoignage déjà produit de M. Neumann, directeur de la société de consommation de Berlin, au congrès des associations allemandes, en 1864 : Il faut apphquer dans les grandes villes le système des achats chez tous les marchands, au moyen des cartes délivrées par la société, laquelle aura passé préalablement des traités spéciaux de réduction de prix ^. N'est-ce pas là le système appliqué à Paris depuis près de dix ans par la Société de
* Un des fondateurs de 1844.
2 Dans son Histoire des Pionniers de Rochdale.
•* Les stores de consommation à établir par les sociétés elles-mêmes, devant surtout dans cette opinion (partagée par M. Seingueriet, journal le Temps), fonctionner dans les petites villes et les campagnes.
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secours mutuels du faubourg Saint-Denis? De quelque manière ■qu'on envisage la question, les sociétés de secours mutuels, on le voit, n'ont pas à s'abstenir relativement à la consommation coopérative.
Passons aux sociétés de crédit. Après avoir reconnu que «c'est toujours un avantage d'utiliser des cadres déjà en activité, en y ajoutant des éléments nouveaux ', » M. Batbie pense qu'il y aurait cependant danger à enter une Worschussbank sur une société de secours mutuels.
« La raison en est que l'une est une institution de crédit et l'autre une institution d'assistance, que l'Une est fondée sur le cautionnement et l'autre sur l'assurance contre les risques de maladie ou de cliômage. Or les deux services différents se nuisent, et l'un ne prend de l'extension qu'au détriment de l'autre. Si une société de secours mutuels prête beaucoup, elle sera portée à restreindre les secours pour augmenter ses bénéfices ; le crédit tuera la bienfaisance. Si elle réserve ses fonds pour secourir plus largement les associés malades, le crédit languira et ne rendra que peu de services. »
Nous croyons avoir répondu déjà tout à l'heure et d'une manière catégorique à cette objection par ces simples mots : la spécialisation des fonds, la séparation absolue des caisses. On ne se doute décidément pas de l'élasticité de ces sociétés mutuelles qui peuvent s'appliquer aux principales circonstances de la vie des ouvriers (incessant besoin pour eux, témoin leur goût excessif pour la corporation ) , sans diminuer leur liberté et sans qu'une application nuise à une autre. « Une banque doit , en principe , s'abstenir de commanditer l'industrie, parce que sa mission consiste surtout à favoriser la circulalion et que la commandite engage des capitaux qu'il faudrait toujours tenir disponibles ; » mais c'est parce que les capitaux de cette banque sont principalement affectés à la circulation. Sur telle société de secours mutuels actuelle, on grefferait, au contraire, une Wurschussbank, que le service des avances ne nuirait nullement, en se développant, au service des malades, attendu que les fonds des deux opérations seraient complètement distincts ^. Ou objectera : Alors quelle sera l'utilité de la
< Le Crédit populaire, \). '278.
2 Si la raisRc de niiiliidies prêtait A la caisse d'avances, ce devrait être dans les conditions ordinaire» de» prêt» et moyennant intérêts, etc., et comme s'il s'agissait d'un autre |ilacenient.