SOCIÉTÉ DES ARTISTES DRAMATIQUES
S'il était une tâche difficile à remplir, c'était celle qui consistait à faire germer la prévoyance dans les régions privilégiées de la fantaisie et de l'imprévu ; une mission hérissée d'obstacles, c'était la création d'une société de secours mutuels parmi les artistes dramatiques. Un homme qu'il suffit de nommer pour caractériser la philanthropie intelligente, le dévouement de toute une vie à une idée élevée, M. le baron Taylor, est venu à bout de cette lâche, a mené à bonne lin cette mission ^.
Fondée depuis 1840, reconnue comme établissement d'utilité publique en 1848, modifiée par décret rendu sur l'avis du conseil d'État en 185G, la société des artistes dramatiques compte aujourd'hui plus de 2,500 membres des deux sexes, et possède un capital inaliénable de 1,257,000 fr. représenté par une rente annuelle sur l'État de i»lus de 55,000 fr. Après avoir encaissé depuis 1840 une recette totale de i)rcs de 2,500,000 fr., cette société a dépensé, soit en pensions, soit en secours pécuniaires éventuels, dans une période de 19 années, près de 000,000 fr. Plus de 50,000 fr. sont donnes, chaque année, à une centaine de pensionnaires. Le principe fondamental de l'association con-
* Nous avons dit plus liaut combien Ciit liéreclucuse au début la composition de la société.
2 Discours d'inauguration de 1850.
3 Diins la seule année 180'2, 1,2:{9 socii'taircs avaient reçu l'indemnité de maladie et les soins médicaux el [)liarmac('ulii|ues.
* Chacun suit ([ue l'oMivre ilu iiaroii Taylor ne s'arrête pas aux artistes dramatiiiiics, mais endirasse les (;<!ns de icllrcs, les artistes musiciens, peintres, graveurs, etc.
siste à employer en acquisition de rentes sur l'État toutes les recettes encaissées annuellement et h ne dépenser en pensions et secours, y compris les frais d'administration, que les revenus mêmes de la société. C'est grâce à ce système, d'une application possible dans une institution l'ondée smtout en vue de la vieillesse et d'éventualités éloignées, que l'œuvre du baron Taylor est arrivée à son développement actuel.
Le droit d'admission est de 40 fr., la cotisation mensuelle de 12 fr. Des ressources exceptionnelles ; loteries, représentations, spectacles, forment un appoint considérable aux recettes régulières. Le cliit&e des pensions est de 300, 400 et 500 fr. suivant que les sociétaires ont 20, 25 ou 30 années de la profession dramatique.
Ainsi que le faisait observer il y a déjà quelques années M. Eugène Pierron dans un compte-rendu * , la société des artistes dramatiques qui est à coup sûr l'une des plus intéressantes parmi les sociétés françaises est dune aussi l'une des plus importantes ^. C'est par l'ensemble des qualités que suppose la pratique d'institutions de ce genre que les comédiens dissiperont ce qui subsiste encore çà et là contre eux de préjugés séculaires, et qu'en donnant une véritable stabilité à lem* carrière ils mériteront « cette considération morale qui s'acquiert par les actes personnels, cette indépendance du talent qu'on ne peut devoir qu'à la sécurité de l'avenir 3. »