PARTIE IV, CHAPITRE III
mission des femmes dans toutes les sociétés, reconnaissent que dans la pratique et dans les grandes villes surtout, il y aurait des inconvénients à confier aux femmes le service ordinaire des visiteurs. Le mode contraire entraînerait, pour se pratiquer convenablement, des catégories sans nombre.
Tout en invitant chacun des sociétaires à assister au convoi funèbre d'un confrère, il nous semble que l'obligation ne devrait en être imposée sous peine d'amende, tout au plus qu'à une délégation de la société. Le sacrifice de temps qui résulte de l'usage contraire est beaucoup trop onéreux. Certains règlements réservent le droit aux membres de la société et leur imposent le devoir de porter eux-mêmes le cercueil de leurs co -sociétaires. D'autres les astreignent à assister aux obsèques de la mère et des enfants des sociétaires.
Dans cette assistance des sociétés aux funérailles de leurs membres, réside très-certainement un des principaux motifs de leurs succès, un des éléments les plus moralisants et les plus élevés de leur institution. Y a-t-il en effet quelque chose qui puisse plus serrer le cœur de l'ouvrier que de voir le convoi de son camarade de travail, suivi à peu près seulement par la veuve et les enfants de celui qui vient de mourir? N'y a-t-il pas là pour le travailleur une trop ample matière à d'amères réflexions sur l'isolement et l'abandon oii il est laissé?... Qu'on juge de ce qui se passe au contraire dans son esprit, quand il conçoit la certitude d'être accompagné à sa dernière demeure par un nombreux cortège composé de ceux qu'unissent à lui non pas seulement des liens d'intérêt matériel, mais des liens de fraternité et d'affection; par ses amis et ses frères, désormais, quoi qu'il arrive, protecteurs assurés de sa famille !...
Chacune des sociétés de Marseille faisait dire autrefois, le lendemain de sa fête, une messe pour tous les membres qu'elle avait perdus. Cet usage a été remplacé par un service funèbre que le Grand Conseil fait célébrer chaque année, pour honorer la mémoire de tous ceux qui appartinrent àla mutualité marseillaise. Toutes les sociétés assistent en corps à ce service qui est obligatoire pour chaque membre. Ce jour-là, l'église des Prêcheurs de Marseille offre un spectacle certainement digne d'attention.
On a blâmé avec raison, comme peu digne, l'habitude de plu-
sieurs sociétés de Grenoble, d'accorder moyennant rétribution, les honneurs funèbres à des personnes qui leur sont tout à fait étrangères. Nous considérons aussi comme fâcheux l'usage de quelques-unes de ces sociétés, de dispenser leurs membres, moyennant un abonnement annuel, d'assister aux assemblées et aux inhumations. Cette dispense n'est accordée, il est vrai, qu'à ceux que leurs occupations empêchent réellement de se rendre aux convocations; mais ceux-là pourraient, sur la simple énonciation de leurs motifs, et sans qu'on les astreignît au payement d'un abonnement, être exemptés de l'amende infligée en cas d'absence.
Dans beaucoup de communes du Midi, les sociétés ont une bannière qui les précède dans les cérémonies publiques. Le membre chargé de la porter fait partie, de droit, du bureau. Pour les funérailles, on attache à la bannière une couronne d'immortelles et un crêpe de deuil. Une décoration particulière désigne dans leurs solennités les membres des sociétés de secours mutuels.
Beaucoup de sociétés ont coutume de se réunir, une fois par an, en un banquet, ordinairement le jour de leur fête. Ces réunions, aux frais desquelles il est, en général, pourvu par une contribution extraordinaire, ne donnent heureusement lieu à aucun des abus que de nombreuses ordonnances ' signalaient dans les banquets, disnées, conviées, et autres assemblées des anciennes confréries, où trop souvent, on le sait, se dissipaient, sous ombre de messe ^ les fonds ramassés pour une tout autre destination. Elles n'ont aucun rapport non plus avec le festin commun d'une société anglaise citée par Morton Erden, laquelle, sur quarante-six articles composant son règlement, en avait employé seiz(j ou dix-sept uniquement aux détails de ce festin. Nosassociations ont du reste à peu près perdu l'habitude de se réunir dans les auberges et on ne saurait trop les en féliciter. Elles se séparent totalement des réunions de ces trop nombreuses sociétés angliiises dont nous avons parlé plus haut, «considérées par le tavernier, — qui leur prête sun local sans rétribution, mais qui s'y ntiniivc— comme faisant partie de sa propriété; vendues et
' Celles do Villers-Cotlcrds, d'Orlùans et de Blois, par ox('iii|ilc.