PARTIE IV, CHAPITRE IIF
nent qu'à titre de faveurs intermittentes '. » L'ivrognerie n'étant nulle part plus rare que dans les pays de vignobles, plus que les sociétés do tempérance peut-être, qui ont supprimé l'usage pour attaquer l'abus, l'abondance du vin guérirait les paysans bretons comme les ouvriers flamands et anglais de leurs consommations alcooliques. Quant aux pays ou aux collectivités pour lesquels il ne s'agit pas de ces débauches effrénées, mais seulement de réunions amicales où on dépasse peut-être quelque peu la limite de ce qui conviendrait, on ne poiirra que restreindre l'excès, mais on ne détruira pas la coutume. Serait-il désirable, du reste, pour nos sociétés de secours mutuels comme pour l'ensemble du peuple, qu'elle disparût tout à fait? Doiton aller ici au delà des désirs d'une amélioration? Pourvu que les réunions de plaisir ne se reproduisent que tous les ans, se renferment dans des limites raisonnables et surtout soient couvertes par des souscriptions spéciales, ne serait-il pas plus que rigoureux de porter ses vœux au delà? Ne serait-ce même pas se méprendre sur ce qui est désirable ^ ?
Un usage qui mérite d'être signalé, car il ne contribue pas peu à entretenir, chez les membres des sociétés qui l'ont adopté, des habitudes de propreté et de respect de soi-même, qui les font remarquer entre tous, c'est celui qui exige que les sociétaires assistent aux réunions publiques et même aux séances ordinaires dans une tenue convenable. Plusieurs règlements de sociétés rurales spécifient même, avec force détails, « que les sociétaires devront être rasés de frais ou de la veille au plus ; qu'ils devront avoir un chapeau noir, une chemise blanche ; que les sabols ne sont tolérés que pour les trois mois d'hiver, qu'encore ils devront être cirés, etc.c( La cent vingtième société de Lyon dit : « Les blouses et les casquettes en bon état seront tolérées.»
Des gens qui croient tout résoudre par une épigramme raillent ces dispositions « primitives. » Il n'y a rien en effet qui
' Journal des Économistes, octobre 1862, p. 12.
2 Le conseil municipal de Marcq-en-Barœul (Nord) accorde tous les ans 500 IV. à la société de cette conimune pour célébrer sa fêle patronale. Ces 500 fr. diminuent d'autant l'allocation faite au bureau de bienfaisance, considéré avec raison comme allc{;é par l'existcnco de la société.
semble moins important au premier abord. La forme extérieure des actions humaines, ou en d'autres termes les manières, découlent pourtant en général du fond même des mœurs. Or la tenue chez le peuple n'entre-t-elle pas pour une part appréciable dans ce que les classes plus élevées appellent les manières ; n'est-elle pas dans la vie privée de l'ouvrier le commencement et comme le côté tangible de cette dignité personnelle qui, au dire des meilleurs juges, consiste partout et pour chacun à se montrer toujours à sa place, ni plus haut ni plus bas? Les naïvetés de rédaction et la simplicité des mœurs dont on s'égaie ne prouvent rien contre le fond des choses. S'il est vrai, comme l'a dit un illustre écrivain libéral, que rien ne fasse plus de tort à la démocratie que la forme extérieure de ses mœurs ; s'il est vrai que beaucoup de gens s'accommoderaient volontiers de ses vices qui ne peuvent supporter ses manières, pourquoi n'encouragerait-on pas tout ce qui pourrait contribuer à modifier à la longue, non pas le tour simple et libre des façons du peuple ; non pas ses allures franches ni son absence d'imitation servile des manières d'une autre classe, mais cette affectation de rudesse et d'incorrection qu'il revêt quelquefois ? Quant à cette chose vulgaire, et pourtant si indispensable, la propreté, les soins du corps et des vêtements, la progressive Belgique en a bien compris la haute portée en décernant des prix de propreté à ses classes laborieuses.
Quelques sociétés, celles de Mende, de Bclley, d'Écully; la cent dixième de Lyon, etc., ont adopté des dispositions contre 1(^ chômage du lundi et même dans le sens du repos obligatoire du dimanche, il est évident qu'en pareille matière, ou ne peut agir que par voie de persuasion. Il est évident aussi qu'il est loisible à chacun de s'imposer à lui-même telle règle qui lui convient. Des sociétés isolées pourront toujours entreprendre sur ce point ce qui leur semblera bon, ce qu'il serait inique et impossible de demander à une loi. Mais, en présence des besohis nuillijtit's et permanents de la cousommalion, surtout pour certaines proi't'ssiuus luaniiclles ' ; en piéseucedes habitudes générales de l'industrie et de mille circonstances indépendantes sou-
* Uoulaii|,'eis, cordonniers, pcTruipiicrs, tiiillours, etc.