PARTIE IV, CHAPITRE IV
quelques sociétés rurales, dans celles surtout où la caisse n'a pas à payer les soins du médecin et les médicaments, — l'indemnité quotidienne étant remplacée par les échanges de travail, — la cotisation n'atteint même pas 50 centimes. Il est inutile de dire que c'est en raison des circonstances, de la situation des populations, et de la moyenne des salaires, que le chiffre de la cotisation doit être fixé. Ce qu'il importe, c'est que le plus grand nombre possible de personnes soient mises à même de se faire agréger, au moyen d'un sacrifice compatible avec leurs ressources, et que, d'un autre côté, la quotité de ce sacrifice soit suffisante pour qu'on puisse leur promettre en échange des avantages sérieux. Dans les usines, le chiffre de la cotisation est ordinairement proportionné au salaire des ouvriers. Dans la société des marins de Dieppe, la cotisation des membres participants consiste en un faible prélèvement sur le produit brut des pêches. La société des marins d'Arcachon l'a fixée pour chaque officier-marinier, matelot, novice et mousse, à 3 fr. par an ; pour chaque maître au cabotage, à 5 fr.; pour chaque capitaine au long cours, à 10 fr. '
Dans la société de Demigny (Saône-et-Loire) ^, la cotisation se divise ainsi : une partie fixée très-bas (7 fr. 50 par an), « une partie proportionnelle à l'impôt direct (5 centimes par fr.) sur le principal de toutes les contributions directes, payées par le sociétaire dans la commune ou dans toutes celles où il a des propriétés. Si n'habitant pas Demigny, il est admis par exception à faire partie de la société de cette commune, cette cotisation est perçue par douzième en même temps que la cotisation fixe. » Ainsi le propriétaire rural payant 200 fr., ou 500 fr., ou 1,000 fr. d'impôts, donne 10 fr., 25 fr., ou 50 fr. en sus de la cotisation fixe. Il n'y a pas dans cette société de membres hono-
' « Tous les dimanches, c'est-à-dire le lendemain delà paie du samedi, il fallait verser l'argent de la semaine, l'administration de la société de secours mutuels n'admettant jamais de retard ; et pour entretenir l'habitude de l'économie, elle n'autorisait personne à payer d'avance plus d'un demi-mois. » (M. Rondelet, Mémoires d'Antoine, p. 124.) — Est-ce un va;u? est-ce un fait résultant du règlement d'une société qui aurait servi de modèle à la société idéale de l'auteur? Nous ne savons. Contentonsnous de désirer l'exactitude dans les paiements et déclarons-nous satisfaits si elle est obtenue.
2 Approuvée.
72 DU PAUPERISME.
raires proprement dits, dans ce sens que « tous ceux qui habitent même temporairement la commune, le riche comme le pauvre, ont droit aux mêmes avantages ; et si le riche refuse ordinairement d'accepter pour lui-même l'indemnité au travail, le secours aux veuves, la retraite, il reçoit parfaitement bien pour lui et les siens, les soins médicinaux dont il a besoin sans autre rétribution que celle que lui impose le règlement commun ot dont le rôle du percepteur détermine la quotité. La charge n'est donc pas sans compensation, loin de là. »
M. Jules Seurre, membre du conseil général de Saône-et- Loire et président distingué de la société de Demigny, recommande avec chaleur l'adoption de ce mode « partout oîi les éléments locaux, c'est-à-dire les propriétaires dans l'aisance qui forment ailleurs les membres honoraires voudront bien s'y prêter et devenir eux-mêmes membres participants. » Il cite l'exemple de sa société où un tel système fonctionne avec succès depuis 1849, il y voit la réalisation « d'un désir éminemment conservateur et progressif tout à la fois, la proportionnalité des charges et l'égalité absolue des avantages. » 11 invoque énergiquement les objections.
Sans entrer avec détails dans l'examen de ce système qui, croyons-nous, ne peut-être destiné à se généraliser, ne pourrait-on pas faire observer à M. Seurre d'abord que son désir de proportionnalité ne saurait être sérieusement rempli avec le mode qu'il propose? Il cite les usines oii le système de la proportionnalité est en usage. Bien différentes cependant sont les situations. Dans les usines la proportionnalité a une base certaine,— le salaire qui est là connu de tous. — Mais aujourd'hui et avec la dissémination de la richesse mobilière, l'impôt direct même dans les campagnes, représentc-t-ils bien la fortune ou simplement l'avoir de chacun? — Il n'y aurait donc pas de proportionnalité. — Y aurait-il seulement mutualité? A ce cultivateur qui paie un rhinVc absolument insignifiant d'impôt direct (nous avons cité plus haut un(; statistique des cotes françaises, bien curieuse à ce point de vue), à ce cultivateur (car nous ne croyons pas que M. Seurre réclame l'adoption de son système pour les villcs),vous donnez pour 7 fr. 50c.à8fr. qu'il paiera sou-