PARTIE IV, CHAPITRE
conder le germe qui prouve sa vitalité en poussant de luimême, que de chercher une vie factice, sous prétexte de régularité. »
(( L'association par corps d'état, dit enfin la savante pubHcation des Ouvriers des deux mondes, substituant à la prévoyance qui fait habituellement défaut, la solidarité qui résulte d'une communauté de travaux et d'intérêts est en général mieux comprise et engage plus effiacement les ouvriers à sortir de cet état d'isolement dont ils aperçoivent peu les dangers inévitables sous les apparences d'une liberté qui implique trop souvent l'abandon et la misère. Il paraît donc utile de tenir compte de ce fait pour donner aux sociétés de secours mutuels une base solide, et il semble plus convenable, surtout dans les grandes villes, de réunir les ouvriers par corps d'état, que par circonscriptions administratives *. »
A ces diverses considérations, on peut ajouter dans le même sens que les sociétés exclusivement professionnelles — dont la formation et la mise en pratique sont du reste le plus faciles — sont celles où la mutualité se dégage le plus de tout alliage avec les idées d'intervention intempestive de l'assistance publique ou privée. Ce sont celles qui se suffisent le mieux à elles-mêmes, celles enfin où les chances encourues par chaque sociétaire sont les plus égales, où le calcul en est le plus facile et le plus sûr, pour lesquelles la confection de tables de maladie et de mortalité sera la plus sérieuse, a D'après les dangers spéciaux à chaque genre d'occupations, disait tout récemment dans une discussion spéciale sur la mutualité le premier journal d'Angleterre, la question des maladies doit être beaucoup plus aisément et fructueusement traitée par les sociétés séparées pour chaque métier ou chaque genre de travail que par toute autre société '. » Dans nos grandes villes enfin d'où les anciennes mœurs disparaissent de plus en plus, et où le voisinage même le plus immédiat ne suppose plus guère de relations réellement affectueuses, les rapports d'atehers et les intérêts communs représentent
' Nous avons men lionne (p. 270) la préférence (juc le gouvernement belge donne aux sociétés professionnelles.
'^ Le Times du ^27 septembre 1864.
b DU PAUPERISME.
bien autrement une agrégation ressemblant à la famille qu'une proximité fortuite de quartier, proximité qui d'ailleurs se borne le plus souvent à une communauté de circonscription '. Quant aux professions qui ne seraient pas assez nombreuses dans une ville pour former des sociétés particulières, rien n'empêche qu'elles ne se constituent en sociétés communes. Dans les villes un peu considérables, les seules oîi il y ait lieu de fonder des sociétés professionnelles, cette réunion des groupes épars sera toujours possible.
On le voit : si les sociétés professionnelles paraissent quelquefois pouvoir présenter certains inconvénients, ces inconvénients trouvent tout au moins leur contre-poids dans les nombreux avantages qui en résultent. La classification par métiers n'étant possible que dans les grands centres industriels, elles ne seront jamais numériquement qu'une exception dans la famille des sociétés de secours mutuels, telle que la verra se développer un avenir prochain; mais elles méritent à coup sûr encouragement et appui, et c'est à elles que la mutualité devra toujours son type le plus pur '*. Au surplus et dans ces grands centres, la tendance des classes ouvrières vers la cohésion professionnelle ressortant évidente et même étant dans la nature des choses, ne vaut-il pas mieux la laisser s'épanouir dans des cadres ouverts, dans des agrégations à but déterminé que de la combattre avec plus ou moins de décision? Ici, comme ailleurs, c'est l'cndiguement du fleuve ^.
* Du reste, s'il est vrai que l'habitation d'un même quartier soit une des conditions les plus favorables à des réunions d'ouvriers pouvant former des sociétés de secours mutuels, à Paris, du moins, cette cotisidériition |K;ut être invoquée en faveur des sociétés professionnelles. L'enquête de la Chambre de commerce de 18G'i constate eu effet qu'à part le bâtiment et l'alimentation, qui sont nécessairement répandus partout, chaque industrie a, comme autrefois, un sié^'e principal sur un point particulier de la grande ville. Ainsi l'ébénislerie est représentée dans le faubourg Saint-Antoine par 708 fabricants, le travail des bronzes et la pelite orfèvrerie sont renfermés dans le quartier du Temple. Dans ce» mêmes arrondissements (le deuxième et le troisième) se trouve aussi concentrée la métallurgie qm comple dans l'un 707 et dans l'autre G14 établissement». L'im|»iimerie, la gravure et la papeterie sont en général groupées sur la rive gauche, dans le (|uarlier des écoles, etc.
'■' Le rapport présenté ù rinslilut en 1803, sur le concours Morogues, leur donne la prélérencc sur les sociétés par quartiers.
* Un reviendra longuement sur les sociétés prorcssioniiellcs à propos de la question du chômage.