‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 5 sur 331 · PARTIE IV, CUAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CUAPITRE I

A Strasbourg, les sociétés professionnelles offrent une particularité remarquable. Elles ont, pour la plupart, un délégué investi de la mission d'inscrire, dans un livre tenu à cet effet, les chefs d'ateliers qui demandent des apprentis ou des ouvriers, et de tenir note également des offres faites par les jeunes gens qui désirent apprendre un métier oa être placés comme ouvriers : ce délégué, nommé par l'autorité municipale, s'appelle placeur. Il sert d'intermédiaire officieux entre les ouvriers et les patrons, et règle, par son intervention, les conditions du contrat qu'ils entendent former.

Sous le régime des corporations, une confraternité très-étroite liait, par toute l'Allemagne et jusqu'en Suède et en Danemark, les maîtres et les compagnons de certains métiers. Fidèles au titre qu'ils se donnaient de confédérés ou d'hospitaliers, ils accordaient réciproquement des secours aux confrères en voyage ; l'ouvrier étranger était donc toujours sûr de trouver à Strasbourg, et dans d'autres villes, le logement gratuit dans le gîte du métier, et la. passade ou viaticum *, c'est-à-dire un léger secours de route, dont le fonds provenait de collectes particulières et d'amendes disciplinaires. Le droit à'hébergerie des corps de métiei's était accordé, par privilège, à certains cabaretiers ou aubergistes. Défense était faite à tous autres de « gîter aucun compagnon de métier ambulant; » ils devaient, au contraire, « les renvoyer à leurs hébergeries accoutumées, à peine de 20 livres d'amende. » La passade et le viaticum survécurent, en fait, à. Strasbourg, à la destruction légale des corporations ; mais les ouvriers étrangers, ne trouvant plus dans la ville de caissier chargé de leur fournir le secours traditionnel, allèrent le ramasser de porte en porte, et même se laissèrent trop entraîner à réclamer dans les rues, de la charité du passant, un supplément de viaticum. Pour mettre un terme à ces inconvénients, l'autorité municipale de cette ville prit, en 1813, un arrêté qui restaura l'ancien privilège d'hébergerie, en usage avant 1789. Les fabricants et maîtres des diverses professions furent invités, par cet arrêté, « à se cotiser, dans le cas où ils voudraient assurer des secours ou viatiques aux ouvriers de leur profession,

' Viaticum, ou en allemand Zehrpfenning.

de manière à ce que l'hôtelier ou le placeur pussent faire directement la remise à l'ouvrier voyageur. » On remarque encore aujourd'hui, sur l'enseigne de certaines auberges strasbourgeoises : « Gîte de telle ou telle profession. » Le placeur de quelques sociétés professionnelles est encore chargé de procurer au compagnon étranger, qui vient chercher de l'ouvrage, l'hospitalité gratuite. Il lui remet, à cet effet, un bon donnant droit au logement pendant une nuit, et au souper : ce bon est remboursé à l'hôtel du gîte à la fin du mois. Ce vieil usage, vestige curieux des plus anciennes habitudes du compagnonnage allemand, tombe de plus en plus en désuétude. Les ouvriers de Strasbourg ont pensé qu'il était plus qu'inutile de surexciter eux-mêmes, par une prime, la concurrence des ouvriers étrangers '. Nous aurons à revenir, à un point de vue spécial, sur l'importance de l'institution des placeurs de Strasbourg.

Toutes les professions fournissent leur contingent à la statistique des sociétés professionnelles. « Parmi tous les états, a dit la Commission supérieure^; chez l'agriculteur, le vigneron, l'ouvrier de l'industrie, l'employé du commerce, le médecin, l'instituteur, l'artiste, il y a des exemples, des modèles d'associations de secours mutuels ; en sorte que personne n'a plus le droit de dire que les éléments manquent, que la fondation est impossible. » Le contingent des professions libérales et des arts est notable; nous ne citerons que les associations des médecins et celles qui sont établies entre les artistes dramatiques, les peintres, graveurs, etc... et à la formation desquelles M. le baron Taylor a si fortement concouru ; celle enfin qui, sous le titre de Syndicat des photographes, cherche d'abord a réunir en vue de leurs intérêts professionnels, toutes les personnes s'occupant iiidustriellement de photographie, mais qui se propose, suivant un article de ses statuts, de créer plus tard avec les mêmes éléments une société de secours mutuels. Les sociétés typographiques sont également très-nombreuses '.

' M. Ariii-diV lltTinfMiiiin, d'iilxird dans iino hrorhiire |iiilili(';e en 1848 et inliliilée : • De l'Or'ianindliondn la statistique du Irovail cl du pincement des mcvriers, ensuite dans Ifs Annales de la charité dt; lui)!, ii doiin»'; les plus cuiii'ux cliHails sur l'usage Klra*l)Ouri-'cois.

^ Uupport df! 18S(j,

* A l'ari», outre la tnciété typofjrcplwjue parisienne, la plus importante de toutes

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L'introduction de la mutualité, dans les classes supérieures et dans les professions libérales, sera bientôt jugée comme un des grands faits politiques de ces dernières années. Elle est un élément considérable de solution pour la plus sérieuse des difficultés qu'au milieu de tant d'avantages la constitution actuelle de la société française ait faites à nos générations : la rupture des liens entre les hommes de professions et de situations analogues. « Toutes les classes et toutes les conditions ont dans l'isolement individuel leur cause de décadence, leurs chances de ruine; l'association doit appeler, dans le domaine de l'intelligence et de la science, la fortune, le talent et la réputation des uns à protéger l'inexpérience, le malheur, l'obscurité des autres, comme elle appelle, dans la région du travail, la force, la santé, la jeunesse, au secours des malades, des infirmes et des vieillards '. » Nous ferons ressortir plus loin le grand exemple donné, dans cet ordre d'idées, par ï Association générale des médecins de France.

Parmi les ouvriers, les professions qui supposent une instruction plus forte sont celles qui réunissent le plus grand nombre d'associés ^.

(réunion de deux anciennes sociétés, la Société typographique de Paris et Y Association libre du tarif), laquelle joua un rôle important dons l'un des derniers procès qui précédèrent l'abrogation de la loi prohibant les coalitions, on compte notamment la Société des protes, fondée depuis vingt ans et qui compte parmi ses membres honoraires des membres de l'Institut, des éditeurs et des artistes célèbres; la Société philanthropo-tijpographique; la Société de Guttenberg.

' Rapport de 1859.

2 Les métiers les plus infimes se sont, d'un autre côté, organisés en sociétés de secours. On a pu lire, en 1857, dans une publication anglaise, Vlllustrated London News, les plus curieux détails sur la société mutuelle des chiffonniers de Paris; sur ses réunions au Vieux Drapeau, dans le quartier Saint-Marcel (un tonneau retourné le fond en l'air servant de bureau); sur l'allocution du président, lorsqu'il eut pris possession du bureau, allocution vantant l'honnêteté de la corporation des chiffonniers, dont les membres, « toutes les l'ois qu'ils trouvent un objet de quelque valeur, le remettent aux mains de l'autorité et ne paraissent que très-rarement devant les tribunaux, soit pour vols, soit pour autres causes. » Un article des statuts pourvoit à la répartition fraternelle entre les chiffonniers des districts particuliers de tas d'ordures, et défend à tout chiffonnier rie toucher, sous aucun prétexte, au tas d'un autre chiffonnier. Un autre article fixe à 5(1 cent, la c(»ntribution mensuelle, et à 60 cent, l'alloca lion quotidienne des malades. Le membre le plus ancien de la corporation, âgé lie quatre-vingt-cinq ans et surnomme le Général, reçoit une espèce de pension sous forme de tabac et de secours en nature, et est traité dans tous les banquets du Pot tri-

L'idée religieuse, dont il est impossible de ne pas remarquer la trace profonde dans les origines des sociétés de prévoyance, est étroitement mêlée à l'assistance mutuelle dans un grand nombre d'associations : ainsi, beaucoup de règlements portent en tète le nom d'un saint sous le patronage duquel la société se place. Sur 300 sociétés existant dans le déparlement de la Gironde, près de la moitié sont dans ce cas. Marseille, sur 160 sociétés existant en 1862, n'en comptait que 7 qui fussent dénomméesautrement; quelques sociétés conservent même encore le nom touchant de confrérie qu'elles préfèrent au mot actuel. En Angleterre, ne dit-on pas sociétés d'amis? A Lille, de très-nombreuses sociétés inscrivent en tête de leurs statuts ces mots : A la plus grande gloire de Dieu et du glorieux saint N... La grande majorité des sociétés, surtout dans les campagnes, célèbre sa fête par une cérémonie religieuse. Quelques-unes, principalement dans le Midi, affectent une somme à des prières annuelles pour les associés défunts; d'autres s'obligent, dans leurs règlements, à assister en corps aux processions de la Fête-Dieu ; et même, en dehors du jour de leur fête, à assister à la messe de telle ou telle solennité. Bannières, images des saints (quelquefois chapelles spéciales), tout le pieux appareil du passé est alors déployé. Il n'est pas jusqu'aux vieilles questions de préséance à l'église qui ne viennent parfois compléter l'analogie.

11 s'est en outre créé, surtout dans ces derniers temps, un certain nombre de sociétés chez lesquelles le côté religieux prédomine, ou du moins occupe une place tout à fait considérable. Nous citerons, en première ligue, les sociétés de Saiut-François- Xavier, qui ont des ramifications dans les principales villes du Midi, et qui, fondées sur la double base de la religion et de la mutualité, ont deux parties bien distinctes : la société religieuse, la société de prévoyance, destinées à^e prêter l'une à l'autre un mutuel appui. Bordeaux compte trois sociétés de ce genre'.

colore avec toutes soitCH d'iionni-iirs. Au harKiiict <le 1857 un toast fut \)OTté à In prcHge, <|ui u illumine le momie, et piir l'inimcnse consoniination (|u'elie l'ail de papier, permet aux cliiHonniers de fçai^iier leur vie. » Une eollecle en laveur des pauvreh termina li^ liaiM|ut't.

Au fond dr tout ccn, il y a certainement autre eliose (jue le coté pittoresque.

I On peut également metiUonner ici le compagnonnage catholique organisé en Aile-

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